L’évocation d’une guerre ayant Gibraltar pour enjeu et des échanges houleux au Parlement européen ont ponctué la première semaine de négociations du 'Brexit'.
Gibraltar
La semaine dernière, une référence au territoire britannique dans le projet de lignes directrices du Conseil européen sur le 'Brexit' a quelque peu exaspéré le Royaume-Uni (EUROPE 11759). Michael Howard, l’ancien président du parti conservateur, a ainsi rappelé que son pays était entré en guerre avec l’Argentine dans les années '80 au sujet des îles Falkland.
À la suite d’une rencontre à Londres entre le président du Conseil européen Donald Tusk, et le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, une source européenne a déclaré que les deux parties chercheraient à « atténuer les tensions » au cours des prochaines discussions, mais a reconnu que le sujet de Gibraltar « deviendra inévitablement délicat à aborder ».
Un porte-parole du gouvernement britannique a quant à lui précisé qu’il n’y aurait « pas de négociation sur la souveraineté de Gibraltar sans l’accord de sa population ».
Gangsters
Le territoire, qui fait l’objet d’un conflit de souveraineté séculaire entre le Royaume-Uni et l’Espagne, n’a pas été repris dans la résolution du Parlement européen sur le 'Brexit', les députés ayant décidé que cette question était trop complexe pour y figurer (EUROPE 11762).
Cela n’a pas empêché la tenue d’échanges houleux au sein de l’hémicycle, animés notamment par le principal partisan du 'Brexit', Nigel Farage, qui a accusé ses collègues députés de « se comporter comme la mafia » en adressant une demande de rançon au Royaume-Uni sur Gibraltar et la facture pour la sortie de son pays de l'UE.
Le représentant du Parlement européen dans le dossier du 'Brexit', Guy Verhofstadt, a répondu en qualifiant le 'Brexit' de « stupide » et en ajoutant que le Royaume-Uni chercherait un jour à revenir dans l’UE.
Lignes directrices
Ces positions n’auront que peu d’incidence sur l’accord du 'Brexit' qui commence à prendre forme.
Selon plusieurs sources proches des négociations, le projet de lignes directrices du Conseil européen ne connaîtra vraisemblablement pas d’importantes modifications avant la signature du texte lors d’un sommet des dirigeants de l’UE le 29 avril.
Les 'sherpas' des États membres se réuniront, à Bruxelles le 11 avril, pour aborder le texte de neuf pages lors d’un premier tour de négociations qui, d’après une source, aboutira simplement à des « ajustements » ou « clarifications ».
Ils se retrouveront plus tard au cours du mois avant que, d'ici au 29 avril, les ambassadeurs des États membres prennent le relais, et ensuite les ministres des Affaires européennes.
Entre-temps, la Commission européenne a presque terminé de rédiger sa recommandation de mandat de négociation ou « directives » de négociations qui comporteront plus de détails sur les droits des citoyens, le budget de l’UE et l’Irlande du Nord, à savoir les trois principales priorités de l’Union en ce qui concerne l’accord de sortie.
Elle devrait approuver ce document le 3 mai (y compris le commissaire britannique Julian King), qui devra ensuite être adopté à la majorité qualifiée des pays de l’UE (à l’exclusion du Royaume-Uni) lors d’une réunion des ministres européens le 22 mai.
Ce document autorise le négociateur en chef de la Commission, Michel Barnier, à entamer les négociations avec le Royaume-Uni.
Qui s'intéresse à l’aspect général du texte et à son esprit est invité à consulter le mandat de négociation de l’UE pour un accord commercial avec le Canada, ou pour un partenariat en matière de commerce et d’investissements avec les États-Unis.
Ces deux documents comptent un peu moins de 20 pages et exposent, chapitre par chapitre, ce que l’UE souhaite inclure dans l’accord final.
Le mandat peut être affiné au cours des négociations (les directives pour le Canada ont ainsi été modifiées à la suite d’un différend relatif aux tribunaux pour les investisseurs privés). Un autre mandat sera, de toute façon, nécessaire pour négocier un accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni.
La position du Royaume-Uni est arrêtée dans son livre blanc de février sur le 'Brexit' et dans la lettre d’activation de l’article 50 de Theresa May du 29 mars (EUROPE 11757).
Voir le premier numéro de "The B-word": la procédure de divorce entre l’UE et le Royaume-Uni devient réalité (EUROPE 11759).
(Version originale anglaise par Sarah Collins)