La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a demandé, vendredi 10 février, aux États-Unis de ne pas interférer dans la politique européenne.
« Nous n'intervenons pas dans la politique américaine. (…) Et les Européens s'attendent à ce que l'Amérique n'interfère pas dans la politique européenne. Les Européens sont assez sages pour faire leurs choix politiques pour eux-mêmes. Cela a toujours été le cas dans l'Histoire. Cela continue d'être le cas. Personne ne nous dit ce qu'il faut choisir », a-t-elle expliqué devant des journalistes à Washington. Lors d’une conférence à l’Atlantic Council, Mme Mogherini a été plus loin, estimant que le slogan « Amérique d’abord ('America first') signifiait peut-être aussi que vous avez à vous occuper des États-Unis en premier ».
Interrogée au sujet du futur ambassadeur américain auprès de l’UE, alors que l’autodéclaré à ce poste, Ted Malloch, a durement critiqué l’Union (EUROPE 11718), Mme Mogherini a expliqué que l’intention des Européens était « d'avoir un démarrage apaisé ». « Comme c'est le cas pour n'importe quel ambassadeur n'importe où dans le monde, la base est le respect », a dit la dirigeante de la diplomatie européenne. Elle a rappelé qu’il fallait le consentement actif des 28 États membres pour accréditer un ambassadeur. Mme Mogherini a ajouté que ses interlocuteurs américains lui avaient précisé qu’aucune décision n’avait encore été prise concernant le futur ambassadeur américain auprès de l’UE.
La Haute Représentante a insisté sur l’importance des relations transatlantiques. « Nous croyons que, même si nous entrons dans une période de relations plus pragmatiques et transactionnelles avec les États-Unis, il y a de nombreux domaines sur lesquels nous nous accordons et où il est vital que les États-Unis collaborent avec l'UE et que l'UE travaille avec les États-Unis, que ce soit dans la lutte contre le terrorisme, la croissance économique, la création d'emplois », a expliqué Mme Mogherini. Et si l’UE doit travailler avec les États-Unis, elle veut le faire sur la base de ses valeurs et intérêts, a rappelé la Haute Représentante. « Les politiques à Washington sont toujours en cours de préparation. Nous avons un espace pour définir ensemble, de façon précoce, dans quels domaines nous avons une approche commune, des intérêts communs, des priorités communes », et où les approches sont différentes ou il y a des désaccords, a-t-elle expliqué.
Mme Mogherini est ensuite revenue sur plusieurs sujets de politique internationale. Sur l’Ukraine, la Haute Représentante a précisé que le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, était d’accord avec elle concernant la nécessité d’avoir une pleine mise en œuvre des accords de Minsk et le lien entre mise en œuvre et sanctions. « Nous avons longuement discuté des moyens de soutenir davantage la pleine mise en œuvre des accords de Minsk », a-t-elle ajouté. Mme Mogherini est aussi revenue sur le processus de paix au Proche-Orient, précisant, sans pour autant donner de détails, que, si les priorités étaient partagées, il y avait des différences concernant la façon d’y faire face. Et alors que le président américain Donald Trump a adopté un ton vigoureux à l'encontre de l’accord nucléaire avec l’Iran, Mme Mogherini a expliqué avoir reçu de ses interlocuteurs des nouvelles rassurantes. « L'accord fonctionne et nous devons le préserver et j'ai été rassurée par ce que j'ai entendu lors de mes réunions de l'intention de s'en tenir à la pleine et stricte mise en œuvre de l'accord », a expliqué Mme Mogherini. Plus globalement, « ce n'est pas quelque chose de nouveau que la politique européenne envers l'Iran diffère de celle des États-Unis », a-t-elle rappelé. Mme Mogherini a aussi rappelé que l’UE et les États-Unis avaient une approche différente en termes de migration. Si la politique européenne en termes de migration ne signifie pas que les portes sont ouvertes à tout le monde, cela ne signifie pas non plus que « nous bâtissons des murs ou que nous discriminons sur la base de la nationalité », a-t-elle ajouté, dans une critique à peine voilée à la nouvelle administration américaine.
Par ailleurs, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a annoncé, vendredi 10 février, qu'il allait rencontrer le vice-président américain, Mike Pence, lors de la visite de ce dernier à Bruxelles, lundi 20 février. (Camille-Cerise Gessant)