En hausse depuis plus de trois ans au niveau de l'Eurozone, la croissance sera positive en 2017 dans tous les pays de la zone euro - une première depuis la crise financière, selon les prévisions économiques d'hiver qu'a présentées la Commission européenne, lundi 13 février.
Face aux incertitudes extérieures, telles que les décisions de nature économique que prendra l'administration Trump, et intérieures, telles que les risques politiques liés à une année électorale dans plusieurs pays de l'UE (Pays-Bas, Bulgarie, France, Allemagne et peut-être Italie), l'institution européenne prône le maintien du cap des réformes et de la stimulation de l'investissement.
« La reprise se poursuit en Europe pour la cinquième année consécutive », a déclaré le commissaire chargé de l'Euro, Valdis Dombrovskis, soulignant l'importance de maintenir un « effort constant de réforme » et de faire en sorte que les fruits de la croissance soient distribués équitablement. D'après le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, la croissance aura des effets bénéfiques sur l'emploi avec une baisse du chômage à 9,6% de la population active en zone euro en 2017 (9,1% en 2018). Il a aussi relevé que la consommation privée était le moteur de la croissance, l'investissement n'ayant « pas réellement redémarré ».
Par rapport à ses prévisions économiques d'automne 2016 (EUROPE 11664), la Commission a revu ses prévisions de croissance légèrement à la hausse. Elle table désormais sur une hausse du PIB de 1,6% en 2017 et de 1,8% en 2018 pour la zone euro, et une hausse de 1,8% en 2017 et 2018 pour l'Union européenne.
Les différences entre les États demeurent notables. La croissance sera la plus forte en Roumanie (+4,4% du PIB), au Luxembourg (+4,0%) et à Malte (+3,7%). Elle devrait être soutenue en Grèce (+2,7%) et en Espagne (+2,3%), de bonne facture en Allemagne, en Autriche et au Portugal (+1,6%), modérée au Royaume-Uni (+1,5%) et en France (+1,4%), poussive en Italie (+0,9%).
Sur le plan des finances publiques, le déficit agrégé et le ratio de la dette continueront de baisser. Au niveau de la zone euro, le déficit agrégé devrait être ramené de 1,7% à 1,4% du PIB entre 2016 et 2017, et de 1,9% à 1,7% du PIB au niveau de l'UE sur la même période.
Là encore, les différences entre États demeurent. Dans la zone euro, l'Espagne devrait être en fin d'année le seul pays dont le déficit dépassera 3,0% du PIB, à 3,5% du PIB après 4,7% en 2016. La France devrait, de justesse, réduire son déficit à 2,9% (3,3% en 2016), condition indispensable à une éventuelle sortie de procédure pour déficit excessif. Les déficits italien, grec, finlandais devraient stagner à respectivement 2,4%, 2,3% et 1,1%. Quatre pays devraient dégager un excédent budgétaire l'année prochaine : l'Allemagne (+0,4%), le Luxembourg et les Pays-Bas (+0,2% chacun) et la République tchèque (+0,1%). À noter que l'amélioration du déficit public sera sensible en Belgique, ce dernier passant de -2,9% en 2016 à -2,2% du PIB en 2017, en Slovaquie (de -2,2% à -1,4%) ainsi qu'au Royaume-Uni (de -3,4% à -2,8%).
Concernant la dette publique, les différences nationales sont encore plus importantes, même si la tendance générale est à la baisse. En 2017, la dette grecque sera toujours la plus élevée de l'UE par rapport au PIB mais elle devrait recommencer à refluer, passant de 179,7% à 177,2%. Suivent l'Italie (133,3%), le Portugal (128,9%), Chypre (103,2%). À noter que la dette espagnole pourrait augmenter pour atteindre 100% du PIB l'année prochaine. Alors que la dette française devrait augmenter de 96,4% à 96,7% du PIB, la dette allemande suivra le chemin inverse, diminuant de 68,2% à 65,5% du PIB.
Par ailleurs, après avoir enregistré des niveaux très faibles ces deux dernières années, l'inflation devrait désormais s'orienter à la hausse, passant de 0,2% en 2016, à 1,7% en 2017 et à 1,7% en 2018.
Italie. Interrogé sur la perspective de l'ouverture d'une procédure d'infraction à l'encontre de l'Italie pour non-respect du critère de la dette (EUROPE 11713), M. Moscovici a indiqué que la récente lettre des autorités italiennes ne contenait pas de mesures suffisamment détaillées pour incorporer leur impact dans ses prévisions économiques. L'Italie a promis qu'elle adopterait, d'ici à fin avril, des mesures équivalentes à 0,2% du PIB (un tiers d'économies, deux tiers de collectes supplémentaires). Cette promesse pourrait être mise à mal si de nouvelles élections législatives étaient convoquées en 2017, le Parti démocrate au pouvoir s'étant réuni lundi à ce propos.
France. M. Moscovici a indiqué que la Commission maintenait ses prévisions de déficit pour la France (-2,9%), légèrement supérieures à celles du gouvernement français. « Le message est très simple » : pour que la France retrouve durablement sa « crédibilité budgétaire », il faut continuer l'effort de consolidation budgétaire, a-t-il indiqué, qualifiant d' « absurde » les idées du Front national prônant une sortie de la zone euro, voire de l'Union.
L’incertitude américaine. L’élection présidentielle américaine a largement augmenté l’incertitude relative à l’orientation future des politiques intérieure et étrangère des États-Unis, explique la Commission dans ses prévisions économiques d'hiver. Le président Trump n’étant en poste que depuis 23 jours, « les choses vont vite et vont fort », a noté M. Moscovici. Même si le commissaire souhaite connaître les intentions américaines en matière de réglementation financière, l’orientation protectionniste (décret anti-immigration et retrait de l’accord commercial transpacifique) de la nouvelle administration américaine ne semble faire aucun doute. Comme le note le document de la Commission, Donald Trump a fait pas mal de promesses de campagne : coupes budgétaires, dérégulation…
Aux États-Unis, le stimulus budgétaire favorisera probablement la croissance à court terme, mais l’adoption d’une attitude protectionniste a le potentiel de freiner les perspectives à moyen terme. C’est d’ailleurs le principal risque qui entoure l’économie américaine, selon la Commission. Celle-ci prévoit toutefois une croissance outre-Atlantique de 2,3% du PIB cette année et de 2,2% l’année prochaine. (Mathieu Bion avec Élodie Lamer)