Partisanes d’une interdiction totale des pesticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles dont les risques aigus sont confirmés par les scientifiques, les ONG environnementales ont donné de nouveau de la voix, jeudi 12 janvier, pour demander à l’UE d’agir radicalement et de rester sourde aux récriminations du lobby agricole, industriel et semencier.
Cette exigence va au-delà du moratoire partiel de deux ans sur l’utilisation des trois néonicotinoïdes les plus dangereux, décidé par la Commission en avril 2013 sur la base des avis scientifiques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et en vigueur dans l’UE depuis le 1er décembre 2014 (EUROPE 10909). L’EFSA a, depuis lors, confirmé les risques aigus de ces pesticides, par deux études publiées en novembre 2016.
Interrogé sur la suite que la Commission entend donner à cette confirmation, son porte-parole pour l'Environnement, Enrico Brivio, a répondu : « Les restrictions en place sont toujours de mise. Deux études réalisées par l’EFSA ont été publiées. Nous avons des résultats préliminaires. Ils seront discutés avec les États membres au sein de différents comités au cours des semaines à venir pour voir quelle suite leur donner ».
Des risques pour les abeilles, mais pas seulement. Au vu d’une nouvelle étude qu’elle a publiée jeudi, l'ONG Greenpeace s’impatiente et presse la Commission d’imposer une interdiction totale des néonicotinoïdes et de promouvoir des solutions de rechange écologiques.
Cette étude, réalisée par les scientifiques de l’Université du Sussex, passe en revue toutes les données scientifiques post-2013 sur les risques environnementaux des pesticides néonicotinoïdes. Elle confirme que ces pesticides présentent des risques graves non seulement pour les abeilles mellifères, mais aussi pour les bourdons, les papillons, les insectes marins, certains oiseaux avec de possibles risques pour la chaîne alimentaire.
« Combien de dégâts faudra-t-il encore avant que l’UE n’interdise ces pesticides ? La science montre clairement que les néonicotinoïdes sont omniprésents et persistants dans l’environnement, pas seulement dans les champs agricoles. On les trouve dans les sols, les voies d’eau et les fleurs sauvages », déclare, dans un communiqué, Marco Contiero, directeur pour la politique agricole de l’UE au bureau européen de Greenpeace.
Agriculteurs et semenciers veulent la levée de l’interdiction. Lors d’une audition qu'ils ont organisée, mercredi 11 janvier, sur les leçons à tirer de la mise en œuvre de l’interdiction des néonicotinoïdes et à laquelle étaient invités des fonctionnaires de la Commission, l’ECPA (the European Crop Protection Association) et le COPA-COGECA ont demandé la levée de l’interdiction partielle pour « maintenir la compétitivité et la durabilité de l’agriculture de l’UE », en invoquant les coûts qu’entrainerait l’interdiction du traitement des semences en contraignant les agriculteurs à dépenser davantage en produits phytosanitaires pour protéger leurs cultures contre les insectes nuisibles.
PAN Europe dénonce un lobbying de désinformation. l'ONG PAN Europe (Pesticide Action Network) a, le même jour, accusé l’industrie des pesticides et le lobby de l'agriculture industrielle de « recourir à des informations erronées ou incomplètes pour jeter le trouble parmi les décideurs politiques », qu’il s’agisse de la Commission ou du Parlement européen.
« Les rapports de l’EFSA sur les néonicotinoïdes sont clairs : il n’existe pas d’utilisation sûre. Ils devraient conduire à une interdiction totale des néonicotinoïdes. Nous comprenons les efforts déployés par l’industrie des pesticides et des semences. Mais le comportement du COPA-COGECA est irresponsable. Depuis 2013, sans néonicotinoïdes, les rendements agricoles sont stables », affirme Martin Dermine, spécialiste des pollinisateurs chez PAN Europe.
L’étude publiée par Greenpeace est accessible en ligne à la page:
http://www.greenpeace.org/france/Global/international/publications/agriculture/2017/neonicotinoid-pesticides.pdf (Aminata Niang)