La GUE/NGL entretient le suspense quant à un possible soutien au social-démocrate italien Gianni Pittella lors d’un éventuel 4ème tour de l’élection pour la présidence du PE.
Lors d’un échange avec les journalistes, jeudi 12 janvier dans la matinée, la présidente du groupe, l’Allemande Gabi Zimmer, la candidate à la présidence, la féministe italienne Eleonora Forenza, ainsi que le candidat à la vice-présidence, le Grec Dimitrios Papadimoulis, ont ainsi fait part de leurs réserves, voire de leur hostilité, face au candidat du groupe S&D.
Certes, la volonté de rompre avec « la grande coalition » exprimée par M. Pittella a été saluée par Mme Zimmer. La grande coalition constitue « une offense à la démocratie » et, surtout, un « échec » dont l’expression la plus manifeste a été le départ de l’actuel président du PE, Martin Schulz, selon elle.
Pour autant, le candidat du S&D devra montrer patte blanche et donner des gages, a-t-elle ajouté. Interrogée par EUROPE sur la nature de ces gages, la députée allemande a mentionné, par exemple, le soutien à certains amendements, comme ce fut le cas pour le rapport sur le socle européen de droits sociaux porté par la sociale-démocrate portugaise Maria João Rodrigues (EUROPE 11686), qui devrait être examiné en plénière la semaine prochaine.
Eleonora Forenza a eu, quant à elle, des mots plus durs à l’encontre du candidat italien. Pour elle, le groupe S&D a été « le meilleur allié » du PPE. Un soutien de leur groupe ne serait donc en aucun cas acquis. De plus, la candidate italienne a reproché à M. Pittella d’avoir soutenu le projet de réforme constitutionnelle porté par l’ancien Premier ministre italien, Matteo Renzi, et rejeté en décembre dernier (EUROPE 11682).
Lors d’une conférence de presse, qui a eu lieu le même jour, le nouveau président du Parti de la gauche européenne (PGE), Gregor Gysi, s'est montré plus clément. Il a salué la décision de M. Pittella de mettre un terme à la grande coalition, tout en reconnaissant que « ça ne facilitera pas son élection ». Pour M. Gysi, le fait que M. Pittella ait fait cette annonce avant les élections constitue en soi « un signe prometteur ».
Contre M. Tajani et M. Verhofstadt. Alors que la candidature de M. Pittella suscite la prudence au sein du groupe de gauche radicale, le candidat du groupe PPE, Antonio Tajani, semble être unanimement rejeté par les trois représentants de la GUE/NGL. La candidature du Belge Guy Verhofstadt pour le compte de l’ADLE ne suscite guère plus d’enthousiasme. Elle constitue « un gros problème », explique Mme Zimmer, pour qui M. Verhofstadt est un rouage clé de la grande coalition. Surtout, pour l’eurodéputée allemande, la candidature de M. Verhofstadt est « discréditée » depuis l’intégration ratée de la délégation italienne du Mouvement 5 étoiles (EUROPE 11700). L'ADLE pourrait, selon elle, présenter un nouveau candidat d'ici là, en vertu du nouveau règlement du PE qui entrera en vigueur le 16 janvier prochain (EUROPE 116888). L’ADLE « peut le faire et devrait le faire », a-t-elle conclu.
La GUE/NGL ne ferme pas la porte aux membres du M5s. Interrogée par EUROPE sur une possible intégration de députés européens dissidents du Mouvement 5 étoiles, à la lumière des premières défections (EUROPE 11701) (voir autre nouvelle), Eleonora Forenza a indiqué que la GUE/NGL était ouverte, s’il y avait des sollicitations. « Mais pour l’instant, il n’y a eu aucune demande », a-t-elle ajouté. Selon le groupe de réflexion VoteWatch, qui a analysé la concordance des votes entre le M5s et les autres groupes politiques, la GUE/NGL serait le groupe le plus proche politiquement avec une correspondance à 74,2 %.
Une campagne inédite. M. Papadimoulis a indiqué que l’environnement politique avait changé avec la rupture de la grande coalition et présentait une opportunité pour les petits groupes politiques. Mme Zimmer a répété, pour sa part, que son groupe allait soutenir son candidat jusqu’au bout. « Un autre monde est possible, pourquoi pas un autre président », a ajouté malicieusement, Mme Forenza.
L'élection à la présidence du PE se tiendra le 17 janvier prochain, lors de la session plénière à Strasbourg. (Pascal Hansens)