Les dirigeants européens ont salué chaleureusement l'annonce, dans la nuit de mercredi 24 à jeudi 25 août à La Havane, de l'accord de paix définitif entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC.
« Il s'agit d'une opportunité historique et unique pour la paix en Colombie, l'aboutissement d'une longue négociation qui a nécessité beaucoup de persévérance et de volonté politique », s'est félicitée la Haute Représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Federica Mogherini qui s'est entretenue au téléphone avec le président colombien, Juan Manuel Santos.
L'accord de paix, qui devrait être signé officiellement en septembre par les parties et soumis au peuple colombien via référendum début octobre, prévoit le dépôt définitif des armes par les FARC et la transformation progressive de ce mouvement en force politique.
L'un des éléments les plus controversés de l'accord concerne l'amnistie auquel auraient droit les combattants réintégrant la vie civile. Si les victimes du conflit seront en mesure d'obtenir des réparations via une juridiction ad hoc, les guérilleros qui confesseront des crimes commis n'iront pas en prison mais devront se soumettre à des travaux de dédommagement et/ou d'intérêt général.
L'ancien président colombien Alvaro Uribe mène la campagne des opposants à l'accord de paix qu'ils estiment trop indulgent vis-à-vis des exactions qu'ont pu commettre les FARC.
« Il revient désormais au peuple colombien de décider de leur propre futur dans les urnes », a noté Mme Mogherini. Malgré les « nombreux défis » qui entourent la concrétisation de l'accord, elle s'est dite convaincue que l'accord constitue la base d'une « paix durable » et permettra d'établir « la vérité et des réparations pour les victimes ».
Vieux de 52 ans, le conflit civil colombien est responsable de la mort de 220 000 personnes et de la disparition de 45 000 autres et il a provoqué la relocalisation de plus de 6 millions de personnes.
De retour de Bogota où il a rencontré lundi le président Santos et des opposants au processus de paix, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a évoqué la leçon d'humilité prodiguée par les autorités colombiennes. « Tout le monde pensait qu'un nouveau chapitre de l'histoire de la Colombie était en train de s'écrire », a noté le social-démocrate allemand. Selon lui, la paix favorisera la dissémination des droits et de l'éducation « dans les régions qui avaient jusqu'à présent été coupées du développement économique et social en Colombie ».
L'Union européenne a mobilisé 575 millions d'euros afin de soutenir l'effort de paix en Colombie dont 90 millions provenant d'un fonds fiduciaire ('trust fund') créé spécialement (EUROPE 11560). Ce fonds, qui sera activé au moment de la signature officielle de l'accord, sera doté de la manière suivante: - cinq pays (Espagne, Irlande, Italie, Pays-Bas, Suède) contribueront à hauteur de 3 millions d'euros chacun, le Portugal à hauteur de 200 000 euros, la Slovaquie à hauteur de 20 000 euros et la Lituanie à hauteur de 12 000 euros; - la Commission allouera 70 millions d'euros au titre de la réserve de l'Instrument de coopération au développement plus 2 millions provenant du budget du service ECHO d'aide humanitaire et de protection civile. À la faveur de l'accord, d'autres États membres devraient annoncer leur participation au fonds.
Mme Mogherini a signalé que l'Union et le gouvernement colombien étaient déjà en train de préparer de nouveaux projets notamment dans le domaine de l'éducation à la paix. (Mathieu Bion)