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Bulletin Quotidien Europe N° 11352
Sommaire Publication complète Par article 24 / 24
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1101

*** MICHALIS IGNATIOU: Troïka: La route vers la destruction... Le « sauvetage » de la Grèce par le biais de documents du FMI, des Américains et de la Commission, ainsi que des responsabilités tragiques de politiciens grecs. Éditions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2015, 544 p., 18,90 €. ISBN 978-960-14-2959-5.

Le samedi 21 novembre 2009, cinq responsables de la Commission européenne, de l'Eurogroupe, de la Banque centrale européenne, du gouvernement grec et de la Banque de Grèce, accompagnés d'une poignée d'assistants, se réunissent dans la capitale du Grand-Duché du Luxembourg. Où, précisément ? Dans le bureau du Premier ministre luxembourgeois de l'époque, à savoir Jean-Claude Juncker, qui préside aussi en ce temps-là l'enceinte des ministres de Finances des pays de la zone euro. A ses côtés, on retrouve des personnalités arrivées au Grand-Duché depuis Francfort, Bruxelles et Athènes. Il y a là le président de la Banque centrale européenne, le Français Jean-Claude Trichet, le commissaire Joaquim Almunia, le ministre grec des Finances George Papakonstantinou et George Provopoulos, le gouverneur de la Banque de Grèce. Du très beau monde, en ce temps où la crise déclenchée par les subprimes américain s'étend.

Officiellement, cette réunion intime n'existe pas: elle est même organisée sous la condition inviolable que cette réunion ultrasecrète ne soit jamais révélée. C'était compter sans le travail du journaliste Michalis Ignatiou, correspondant de la chaîne de télévision grecque Mega et du quotidien Ethnos à Washington, soit pas très loin du siège du Fonds monétaire international, entre autres. Grâce à son enquête qui est à la base de ce livre, le secret de la réunion va finalement devenir un secret de polichinelle, sa tenue lui étant progressivement dévoilée par une source confidentielle proche de l'Eurogroupe et, ensuite, confirmée par l'ancien ministre grec des Finances Papakonstantinou. Il apparaît ainsi qu'il a été demandé à la Grèce, lors de cette réunion-fantôme, que « des mesures soient appliquées pour réduire le déficit de 2010 » - et non point celui de l'année 2009. Ce jour-là, MM. Juncker, Trichet et Almunia ont envoyé à George Papandréou, le Premier ministre grec d'alors, un « mini Mémorandum » visant, dans leur esprit, à mettre fin à la crise à sa source. Or, M. Papandréou ne leur a jamais répondu… C'est alors et ainsi que la Grèce s'est engagée sur la voie de la destruction ! Au terme de son enquête, le journaliste est ainsi amené à notamment conclure que le pays avait eu le malheur de tomber entre les mains de dirigeants incapables de comprendre les véritables dimensions de la crise qui allait exploser et même de la gérer.

Pour écrire ce livre, Michalis Ignatiou s'est entretenu avec 139 protagonistes: des représentants du gouvernement grec, du FMI, du gouvernement américain, de la Réserve fédérale, de la Banque centrale européenne et de la Commission. Il s'est aussi appuyé sur la lecture de documents - même secrets - du FMI, de l'ambassade américaine à Athènes et de la Commission européenne. De l'excellent journalisme qui, en tout état de cause, crée déjà énormément de remous dans la capitale grecque !

Thanassis Kalfas

*** GEORGE STAMATIS: La route vers le mémorandum. Le contexte économique et social 2007-2009. Éditions Nissos (14 rue Sarri, GR-10553 Athènes. Tél.: (30-210) 3250058 - fax: 3250058 - Courriel: info@nissos.gr - Internet: http://www.nissos.gr ). 2015, 101 p., 20 €. ISBN 978-960-9535-84-7.

Contrairement à ce que tout le monde pense, la politique des mémorandums n'a pas commencé à être appliquée après 2009, sous le prétexte de la dette publique grecque, mais au mieux dès le début des années 90, au nom de l'idéologie de la « modernisation ». C'est cette route vers le Mémorandum qui se trouve tracée et parcourue dans ce livre par un professeur de théorie économique à l'Université Panteion à Athènes. George Stamatis remonte ainsi aux fondements des objectifs aujourd'hui poursuivis, analysant la politique économique du pays à la lumière de textes qui expliquent l'importance de prix élevés et croissants. Il s'intéresse aussi aux buts poursuivis avec les réformes dans les domaines de la sécurité sociale et de l'enseignement supérieur. L'auteur s'emploie de la sorte à aider le lecteur à se former une image cohérente de ce qui est vraiment en jeu et à comprendre que la politique des mémorandums n'est qu'un effort de "modernisation" qui s'avèrera in fine favorable.

(AKa)

*** PANAGIOTIS ROUMELIOTIS: Témoignage personnel: la toile de fond inconnue du recours au FMI. Comment et pourquoi nous en sommes arrivés au Mémorandum. Éditions Livanis (voir coordonnées supra). Collection « Politique - Économie / La réalité grecque ». 2015, 384 p., 16,50 €. ISBN 978-960-14-2558-0.

Professeur de droit international et d'économie européenne à l'Université Panteion d'Athènes, Panagiotis Roumeliotis a été ministre du Commerce et de l'Économie du temps où le Pasok était au pouvoir, mais il a aussi et surtout servi en tant que Directeur exécutif adjoint du Fonds monétaire international de mars 2010 à décembre 2011. Dans ce livre, il livre un témoignage sur ce qui s'est passé au FMI au cours de cette période critique pour son pays, procédant à un tour d'horizon objectif des événements qui ont conduit la Grèce dans le Mémorandum. En acceptant les conditions fixées par ses partenaires européens et par l'institution financière, accuse-t-il, la Grèce a dans une large mesure accepté que son économie soit vendue, et pas seulement à ses prêteurs. Afin d'éviter les faillites et d'assurer son maintien dans la zone euro, elle a été contrainte d'accepter les conditions du premier et du deuxième Mémorandum qui lui ont été imposées par ses partenaires au nom de la raison et de la rationalité économiques, celles-ci étant notamment attestées par des journalistes grecs à la solde des maîtres du jeu. De la sorte, note l'auteur, ces partenaires sont même parvenus à créer un compte spécial « néocolonial » qui assurera que les ressources fiscales de la Grèce serviront à rembourser les prêteurs en priorité. La Grèce a ainsi été transformée en une « colonie » moderne de ses créanciers… Elle est par conséquent obligée d'accomplir un « marathon en pente ». Attention toutefois, conclut-il, les prêteurs doivent savoir que « s'ils continuent à charger le bateau appelé Grèce, ils l'enfonceront dans les profondeurs de la destruction humaine et dans le désespoir ». Avec, à la clef, « des conséquences imprévisibles »…

(AKa)

*** ANDREAS ANDIKOPOULOS, CHRISTOS NASTOPOULOS: La crise et le réalisme: l'action, les expériences et les structures en situation de crise en Grèce. Éditions Propombos (53 rue Patission, GR-10433 Athènes. Tél.: (30-210) 5245264 - fax: 5245246 - Courriel: propobos@propobos.gr - Internet: http://www.propobos.gr ). 2015, 272 p., 14,50 €. ISBN 978-618-5036-16-4.

La crise est la résultante d'événements, des expériences des protagonistes et de comportements des structures en cause. Dans cet ouvrage, deux professeurs enseignant les finances et l'administration des affaires à l'Université de la mer Égée expliquent que tout se conjugue pour peaufiner une crise telle que vit la Grèce aujourd'hui, tant il est vrai que la situation aurait été différente si les actions et les trajectoires de ses protagonistes avaient été autres, qu'il s'agisse des dirigeants politiques, de leurs partenaires européens, de la Commission européenne, du Fonds monétaire international, des marchés financiers et, en particulier, des citoyens, les grecs et comme ceux des autres pays membres de la zone euro. Leurs actions sont le fruit de la manière dont ils ont vécu la crise et des réponses qu'ils lui ont apportées pour l'éviter ou l'empêcher de s'aggraver. D'après les auteurs, c'est la somme de ces actions et réactions qui a mis en mouvement les différents mécanismes de la crise, les problèmes institutionnels et les impasses macroéconomiques en Grèce combinés avec l'unité vulnérable de la zone euro ayant conduit l'économie grecque dans une récession sans précédent et l'Union européenne dans une phase de transformation radicale dont on ne mesure pas encore les conséquences finales.

(AKa)

*** PERSEFONI TSALIKI, LEFTERIS TSOULFIDIS: Des essais de l'économie politique. Éditions Tziola (91 rue Philippou, GR-54635 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0247887 - fax: 0210712 - Courriel: info@tziola.gr - Internet: http://www.tziola.gr ). 2015, 415 p., 28,11 €. ISBN 978-960-418-482-8.

Dans ce livre, deux économistes - l'un, Persefoni Tsaliki, enseigne à l'Université Aristote de Thessalonique, l'autre, Lefteris Tsoulfidis, à l'Université de Macédoine - soutiennent que la valeur ou la dépréciation d'une approche économique se juge se juge sur sa capacité ou incapacité à interpréter des phénomènes tels que les prix, les profits, le revenu national, le chômage, l'argent, les taux d'intérêt, les crises, etc. Par conséquent, les auteurs s'emploient mettre en évidence les mécanismes qui régissent le fonctionnement de m'économie capitaliste, au niveau microéconomique (la théorie des prix) et au niveau macroéconomique (théorie du revenu, expansion-réduction de l'activité de production). La crise financière qui a éclaté en 2007 et que les Grecs continuent à subir aujourd'hui a beaucoup surpris les économistes néoclassiques qui avaient adopté l'idée d'un système économique essentiellement en bonne santé et équilibré depuis au moins le milieu des années 80. Comme le relèvent Tsaliki et Tsoulfidis, certains économistes admettent avec une honnêteté désarmante qu'ils ne savent pas comment gérer la situation actuelle, tandis que d'autres mettent en avant des interprétations peu convaincantes. Le but de leurs essais est de contribuer à la compréhension des mécanismes qui régissent le fonctionnement de l'économie capitaliste à la lumière de l'approche classique la plus large, avant de montrer les effets de diverses politiques.

(AKa)

*** NIKOS CHRISTODOULAKIS: Les théories et les crises économiques. Un court récit. Editions Kritiki (4 rue Papadiamantolou, GR-11528 Athènes. Tél.: (30-210) 8211811 - fax: 8211026 - Courriel: biblia@kritiki.gr - Internet: http://www.kritiki.gr ). 2015, 304 p., 22 €. ISBN 978-960-218-924-5.

Pourquoi toute personne intéressée par les questions économiques contemporaines doit-elle faire le détour par l'histoire des théories économiques ? Tout simplement parce que l'histoire est toujours utile pour comprendre le présent, même si les circonstances sont différentes. Par exemple, par quelle politique l'Athènes antique a-t-elle évité les famines alors que la technologie et bien des connaissances techniques lui faisaient défaut ? De quelle manière la Rome antique a-t-elle géré la crise de l'immobilier qu'elle a connue ? Pourquoi la politique monétaire de Byzance a-t-elle pu se maintenir huit siècles durant ? Pourquoi la révolution industrielle a-t-elle eu lieu en Angleterre et pas dans la France qui était bien plus puissante, voire même en Chine où des découvertes techniques innovantes étaient réalisées à cette époque ? Pourquoi, plus près de nous, tant d'économistes ont-ils été si lents pour comprendre la crise de 1929 et y réagir correctement ? Pourquoi les économies planifiées ont-elles été vouées à l'échec ? Dans ce livre, Nikos Christodoulakis, professeur d'analyse économique à l'Université économique d'Athènes et ministre grec des Finances dans le gouvernement Pasok de la période 2001-2004, offre un récit critique de la relation, très tourmentée, entre les théories économiques et les crises de l'antiquité jusqu'à nos jours, en décrivant les critères qui permettent leur évaluation et leur comparaison. Plus précisément, il analyse les raisons pour lesquelles la théorie dominante est ébranlée par la crise mondiale depuis 2008, avançant quelques pistes pour prévenir une nouvelle récidive.

(AKa)

*** THEODOROS LIANOS, GEORGIOS BITROS: Les phénomènes économiques dans l'antiquité. Editions Gutemberg (37 rue Didotou, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3642003 - fax: 3642030 - Courriel: info@dardanosnet.gr). 2015, 103 p., 7 €. ISBN 978-960-01-1689-2.

Dans l'histoire, le premier programme de développement d'une économie a été le fait de Xénophon qui, dans son oeuvre très brève intitulée « Sur les rentes », a suggéré des moyens d'améliorer la santé économique de la ville d'Athènes. Un élément central de son programme était d'exploiter les mines d'argent de Lavrion pour augmenter la quantité d'argent disponible. Pour la première fois apparaissait donc une théorie de l'argent, ce qui peut être considéré comme le déclenchement de la théorie moderne. Dans ce livre, deux professeurs d'économie (Université d'Athènes) voient en Xénophon un précurseur de Keynes. Dans l'antiquité, l'argent était en métal et ne pouvait donc pas causer de crises financières. Bien plus tard, l'abolition de la convertibilité de la monnaie de papier en métal précieux a par contre ouvert la porte aux crises monétaires parce que les banques centrales se sont révélées incapables de connaître précisément la situation précise de l'économie. D'autre part, en période de grande incertitude, elles perdent le contrôle de la quantité de monnaie à émettre et des taux d'intérêt d'adéquats. Enfin, expliquent les deux auteurs, d'une manière ou d'une autre, elles ne sont pas indépendantes des considérations politiques des gouvernements.

(AKa)

*** BARTOSZ KUZNIARZ: Farewell to Postmodernism. Social Theories of the Late Left. Peter Lang (1 Moosstrasse, P. O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Modernity in Question - Studies in Philosophy, Sociology and History of Ideas », n° 7. 2015, 321 p., 64,95 €. ISBN 978-3-631-62677-1.

Enseignant à la Faculté de Philosophie contemporaine et sociale à l'Université polonaise de Bialystok, Bartosz Kuzniarz consacre cet ouvrage à des penseurs du postmodernisme qui, à partir de la fin des années 60, ont porté un regard se voulant radical sur le capitalisme. Il offre de la sorte une introduction encyclopédique au travail des artisans de la « gauche tardive » qu'ont été Fredric Jameson avec son « Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif » (1991), David Harvey avec « La condition de la postmodernité: une enquête sur les origines du changement culturel » (1992), Terry Eagleton avec « Les illusions du postmodernisme » (1996) et Perry Anderson avec « Les origines de la postmodernité ». Il s'intéresse aussi à l'auteur slovène Slavoj Zizek qui, par des chemins propres, a travaillé dans le même esprit qui aboutit, in fine, à faire le lit de nouvelles utopies pour sortir des carcans présents.

(PBo)

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