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Bulletin Quotidien Europe N° 11346
ÉCONOMIE - FINANCES / (ae) grÈce

L'Europe appelle les Grecs à voter pour rester membres de l'eurozone

Bruxelles, 29/06/2015 (Agence Europe) - Les présidents de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et du Parlement européen, Martin Schulz, ont demandé, lundi 29 juin, au peuple grec de voter 'oui' lors du référendum programmé dimanche 5 juillet. Quelle que soit la question posée, cette échéance équivaudra, selon aux et le président français François Hollande, à interroger les Grecs sur leur volonté de rester membres de l'Union économique et monétaire.

« Les citoyens grecs appelés aux urnes doivent pouvoir voir clairement ce qui est en jeu », a déclaré M. Juncker lors d'une conférence de presse. Visiblement déçu de la tournure qu'ont prise les événements depuis la rupture des négociations liées au plan de sauvetage grec (EUROPE 11345), il a estimé que « le message d'un 'non' serait désastreux pour la suite des événements » et signifierait que « la Grèce dit non à l'Europe ».

Le gouvernement grec entend demander aux Grecs s'ils acceptent les propositions sur les réformes à appliquer et l'analyse de viabilité de la dette mises sur la table par les créanciers d'Athènes. Favorable à un rejet du paquet sur la table, il a placé la case 'non' au-dessus de celle du 'oui', ont rapporté plusieurs médias. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a toutefois prévenu via son compte Twitter: « une victoire du 'non' ne conférerait pas de position plus forte » aux autorités grecques.

« Il s'agit certainement d'un paquet exigeant et complet, mais il est juste », a estimé M. Juncker, ayant fait du maintien de la Grèce dans l'eurozone une question personnelle. Non seulement les 19 pays de la zone resteront à 19 mais ils seront aussi « plus nombreux au cours des années et des décennies à venir », a-t-il lancé.

Selon M. Juncker et M. Schulz, le paquet de réformes proposé par les 'institutions' ne contient aucune coupe dans les retraites ni dans les salaires, mais plutôt dans les dépenses liées à la défense. Or, sur la très controversée question des retraites, la prime spéciale pour les retraites les plus faibles (EKAS) est une « distorsion majeure » dans le système, a expliqué une source européenne, ajoutant que le gouvernement grec avait lui-même reconnu que le système des retraites n'était pas soutenable. Au lieu de coupes dans les retraites nominales, les discussions se sont donc focalisées sur la question des retraites anticipées ou encore de l'alignement des contributions aux différents fonds de pension.

« Tous les gouvernements ont pris des décisions difficiles ; certains ont payé un prix politique élevé pour leur solidarité et le soutien financier aux pays les plus vulnérables », a rappelé le président de la Commission.

La question de la dette abordée. M. Juncker a souligné tous les efforts prodigués pour maintenir le dialogue avec les autorités grecques et les faire revenir à la table des négociations dans l'espoir qu'elles changent d'avis sur la teneur du paquet de réformes en cours d'élaboration. En coopération avec le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, il avait notamment assuré à la Grèce que la question de la dette serait bien discutée. Il a été dit clairement à plusieurs reprises que la question de la dette serait mise sur la table à l'automne, ont en effet expliqué plusieurs sources européennes.

La déclaration de l'Eurogroupe de novembre 2012 sur la dette grecque énonce les conditions préalables à un nouveau geste de sa part: il fixe des objectifs pour la trajectoire de la dette (175% du PIB en 2016, 124% en 2020 et substantiellement sous 110% en 2022). La Commission a établi plusieurs scénarios relatifs à la trajectoire de la dette selon lesquels, dans l'hypothèse où toutes les réformes sont mises en œuvre, le ratio dette/PIB sera au-dessus de l'objectif en 2022 en raison d'une croissance moindre. L'Eurozone est donc tenue par les objectifs qu'elle a, elle-même, fixés.

Reste que, malgré les ouvertures que les 'institutions' estiment avoir faites, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a maintenu un discours très dur à l'encontre des créanciers d'Athènes, réduisant à néant les dernières tentatives de rapprochement des positions. Faute d'accord, le 2ème plan de sauvetage grec expirera ce mardi 30 juin, jour où la Grèce doit rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI. Pour la première fois, un pays européen sous perfusion de ses créanciers internationaux risque d'être en situation de défaut de paiement.

La porte reste ouverte. La porte est toujours ouverte pour reprendre les négociations en vue d'un accord global, a dit M. Juncker. C'est également le message de Berlin. La chancelière allemande, Angela Merkel, est « évidemment disposée à reprendre les discussions » avec M. Tsipras, a déclaré un porte-parole du gouvernement allemand. Après la tenue d'un conseil des ministres restreint, M. Hollande s'est également dit disponible. M. Schulz s'est dit prêt à se rendre à Athènes afin de maintenir ouverts les canaux de dialogue. En Espagne, le ministre des Finances, Luis De Guindos, a même estimé possible de mettre à profit les dernières heures précédant l'expiration du plan de sauvetage actuel.

La conférence des présidents des groupes politiques du Parlement européen a même appelé à la tenue d'un « sommet extraordinaire d'urgence de la zone euro » afin de « suspendre toute décision découlant du retard de remboursement » au FMI et « préciser quel sera le texte soumis au référendum du 5 juillet », a indiqué le groupe Verts/ALE, dans un communiqué. Selon lui, les leaders européens devraient aussi s'engager « sans ambiguïté pour un démarrage immédiat de négociations concernant la restructuration de la dette grecque et un plan d'investissement sans lequel il est illusoire d'imaginer une reprise économique ».

L'expiration du plan de sauvetage supprime la disponibilité des fonds restants (1,8 milliard du fonds FESF, 3,6 milliards de profits liés aux titres grecs détenus par la BCE dans le cadre de son opération 'SMP', un coussin de 10,9 milliards pour les banques).

Mais, en cas de vote favorable au référendum, l'hypothèse d'un troisième plan de sauvetage deviendrait possible. Après une demande officielle des autorités grecques, des négociations s'entameraient sur le contenu d'un programme (financement, conditionnalité). Les objectifs budgétaires prévus dans les négociations actuelles pourraient, par exemple, être conservés. « Il y a un facteur temps critique pour les procédures nationales » pour approuver un potentiel troisième plan d'aide, d'une semaine environ, a prévenu cette source de l'eurozone. Mais cela pourrait aller plus vite s'il y a une volonté. La Grèce devant rembourser 3,5 milliards d'euros à la BCE le 20 juillet, il faudrait qu'un troisième plan puisse être validé d'ici là car, selon les analystes, c'est à cette date que la Grèce risquerait vraiment une sortie de la zone euro ('Grexit'). Être en défaut vis-à-vis de la BCE obligerait cette dernière à mettre fin aux liquidités d'urgence (ELA) octroyées aux banques grecques.

La Commission a, par ailleurs, justifié l'imposition de restrictions aux mouvements des capitaux pour garantir la stabilité du système bancaire grec. « Si ces mesures restrictives apparaissent nécessaires et proportionnées à l'heure actuelle, la libre circulation des capitaux doit néanmoins être réinstallée aussitôt que possible », a déclaré le commissaire aux Services financiers, Jonathan Hill. Depuis le début de la semaine, les Grecs ne peuvent retirer au maximum que 60 euros par jour aux guichets bancaires et les virements vers l'étranger sont interdits. Les détenteurs de cartes de crédit étrangères ne sont pas concernés par ces restrictions.

Les craintes d'une contagion sont réelles. Les marchés financiers se sont inquiétés de l'évolution de la situation dans la zone euro. Les taux d'intérêt sur les titres de dette à long terme des pays du Sud de l'Europe sont repartis franchement à la hausse, lundi. Les rendements demandés sur les obligations souveraines des pays du nord de la zone euro ont, en revanche, suivi la trajectoire inverse. (Elodie Lamer avec Mathieu Bion)

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