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Bulletin Quotidien Europe N° 11293
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mÉditerranÉe

La Présidence UE pour une « nouvelle approche audacieuse et flexible »

Barcelone, 13/04/2015 (Agence Europe) - La réunion de consultation au niveau ministériel entre les deux rives de la Méditerranée, lundi 13 avril à Barcelone, a ouvert ses travaux par l'affirmation d'un intérêt accru pour une coopération approfondie, seule capable de répondre aux défis communs, le terrorisme comme l'immigration clandestine.

La rencontre est organisée par la Haute Représentante de l'UE, Federica Mogherini, et le commissaire Hahn, chargé du Voisinage, conjointement avec la Présidence en exercice de l'UE et l'Espagne. Les ministres des Affaires étrangères de la plupart des pays de la rive sud y participent. Seul Israël, parmi les pays partenaires, est représenté par un secrétaire d'État, une formule dont on dit qu'elle a été négociée par Madrid afin de désamorcer par avance l'hostilité des pays arabes à la présence du ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman.

Le ministre marocain, en froid avec l'Espagne, qui n'était pas attendu, s'est ravisé et a fait finalement le voyage, signe sans doute de l'importance prise par la rencontre, en particulier lors du déjeuner consacré à des échanges informels sur la situation politique dans la région et la lutte contre le terrorisme. L'Espagne a même fait de cette thématique le sujet principal. Autre signe de l'importance donnée à cette réunion, la présence du Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, et de la plupart des ministres européens des Affaires étrangères, dont le président en exercice du Conseil, plus plusieurs ministres de pays de l'est européen.

Trente-deux des trente-quatre membres de l'UpM (Union pour la Méditerranée) ont répondu à l'invitation à cette réunion dont le but, selon le président en exercice du Conseil de l'UE, Edgars Rinkevics, est de mener à une « nouvelle approche audacieuse et flexible » de la « politique de voisinage » et à un réexamen des causes qui en font un sujet d'importance, à savoir l'instabilité dominante dans la région et son lot d'insécurité au nord comme sud, a ajouté le chef du gouvernement espagnol. Le ministre letton a par ailleurs souligné « le lien entre politique et énergie » qu'illustre, selon lui, la crise ukrainienne et qui renforce le besoin de dialogue avec tous les « voisins ».

Pour cela, « il faut plus nous entendre, mieux nous écouter », a ajouté Federica Mogherini lors de son discours d'ouverture, pour faire face ensemble aux « dérives et aux transitions difficiles » qui affectent le 'mare nostrum' et pour savoir comment « contrer les chants de sirènes des jihadistes ». Travailler ensemble est, à son avis, le maître mot, parce que « nos échanges n'ont pas toujours été à la hauteur ». « Vous n'êtes pas nos voisins, nous sommes tous voisins », a-t-elle dit pour illustrer l'engagement de tous à égalité contre les maux qui touchent la région. « Une chose est claire, nous sommes tous dans le même bateau », a encore affirmé la Haute Représentante, et les consultations engagées, et bientôt ouvertes aux sociétés civiles, doivent nous conduire à « créer un lien entre nos sociétés, entre les gens » et à « bâtir un avenir commun ». Mais « il faut être clair, nos décisions doivent être basées sur des choix politiques et non techniques ». Il faut, selon Mme Mogherini , « investir politiquement » en Méditerranée et ne plus se borner aux « formules habituelles ».

Mariano Rajoy a, lui aussi, souligné la communauté d'intérêts et de soucis face au terrorisme et aux flux incontrôlés de migrants illégaux. La solution serait, a-t-il dit, de « moderniser et affiner la politique de voisinage ». « Nous n'allons pas changer radicalement et imposer nos vues, mais nous allons approfondir et plus échanger entre nous, aussi bien entre pays du bassin méditerranéen qu'entre l'UE dans son ensemble et ses voisins ». La voie indiquée par lui serait, pour contraster les flux de migrants, de travailler davantage avec « les pays d'origine et de transit, une coopération au développement » encourageant notamment « les échanges sud-sud » et aussi, a-t-il déclaré, « les canaux légaux de migration ».

La démarche de consulter les pays de la rive sud est appréciée par ces derniers, selon de premiers échos recueillis après le « dîner de coordination », dimanche soir à Barcelone, organisé par l'Égypte. « Nous avons apprécié le geste et le fait que l'UE présente, non pas un document à avaliser, mais des questions et qu'elle se place dans l'attente de réponses ». En résumé, selon une source diplomatique arabe, c'est la fin de la pratique des « solutions préfabriquées ».

Satisfaction sur la forme, mais des réserves subsistent sur le fond. La première serait une demande de clarification des notions mises en avant par l'UE telles que le « more for more » ou « less for less », qui ne semblent pas bien comprises et qui ne définissent pas à quoi s'engage l'Europe politiquement. La référence directe est le conflit israélo-palestinien dans lequel l'attitude européenne est jugée peu dynamique ; « le sujet doit être replacé au centre », estime la même source diplomatique. Autre point à clarifier, la formule des « voisins des voisins » dont l'UE fait un élément important des changements à imprimer. Cela induit la prise en compte de certains des pays du second cercle, de « voisins » comme l'Afrique subsaharienne, les pays de la péninsule arabique ou au-delà. Il y a « le risque de ramener dans la région des problèmes venus d'ailleurs », comme le Yémen, l'Irak, etc.. Ce seraient « des problèmes supplémentaires dans une région qui n'en manque pas », selon la même source qui précise que ce sentiment est quasi-général. Enfin, la demande est aussi de préciser ce que suppose la « conditionnalité politique » que cite l'UE.

Il y a aussi, de la part de ces pays, le souhait d'un engagement plus fort sur la sécurité, mais sans dire pour l'instant si l'engagement demandé doit être dans un cadre collectif ou pays par pays. (Fathi B'Chir)

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