Bruxelles, 20/02/2015 (Agence Europe) - À l'amorce de la réunion de l'Eurogroupe, la possibilité d'un accord sur l'extension de l'aide à la Grèce demeurait incertaine, vendredi 20 février à l'heure où EUROPE mettait sous presse.
La réunion des grands argentiers de la zone euro - qui visait à accorder, ou non, une extension de six mois de l'accord-cadre sur l'assistance financière (MFAFA) à la Grèce - a été retardée, afin que le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, démine le terrain. Des réunions bilatérales se sont tenues dans l'après-midi, expliquait-on dans son entourage. À son arrivée au Conseil de l'UE, M. Dijsselbloem a expliqué que la situation était « très difficile » tout en constatant « des raisons pour être optimiste ». Une tentative de médiation entre le ministre grec, Yanis Varoufakis, et son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, était évoquée. Le dossier grec a aussi été au centre de discussions entre le président du Conseil européen et le président français, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel, vendredi.
L'Allemagne, qui avait rejeté dès jeudi la demande grecque, n'était pas seule à camper sur une ligne dure. La Belgique, la Slovaquie, les pays baltes, la Finlande, le Portugal, l'Espagne semblaient sur cette position, même si les ministres espagnol, irlandais, belge, letton et espagnol ont fait preuve d'ouverture. Tous les ministres ont, par ailleurs, expliqué avoir besoin de précisions de leur partenaire grec, sa lettre laissant beaucoup d'espace pour différentes interprétations. « Il y a une contradiction entre ce qui se dit à Athènes et ce qui est mis dans la lettre grecque » de demande d'extension, a dit le ministre irlandais, Michael Noonan. Le Luxembourgeois Pierre Gramegna a, pour sa part, souhaité des « garanties sur le remboursement des emprunts » et sur le fait que le gouvernement grec ne prendra pas de « mesures unilatérales ».
La ministre portugaise, Maria Luis Albuquerque, a expliqué vendredi au Handelsblatt que « les 18 États de la zone euro, tout comme la BCE et le FMI », étaient tous d'accord sur le fait qu'ils n'étaient pas prêts à discuter sous d'autres conditions que celles contenues dans le programme actuel. Plus ferme, le ministre maltais des Finances, Edward Scicluna, avait expliqué, jeudi au Malta Today, que les pays de l'eurozone avaient atteint un point « où ils diront à la Grèce: 'si vous voulez quitter, quittez (la zone euro) ».
Pour sa part, le ministre grec, Yanis Varoufakis, a estimé que la Grèce avait parcouru, non pas le dernier kilomètre, mais les dix derniers mètres pour rapprocher les positions. « Nous espérons une discussion collégiale », a-t-il déclaré, ajoutant espérer qu'à la fin de l'Eurogroupe, le 3ème en 10 jours, sortirait une « fumée blanche ». À son arrivée, le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, s'est dit « persuadé et convaincu » qu'un accord serait trouvé. M. Gramegna n'a pas exclu une 4ème réunion.
La réunion technique des experts nationaux, jeudi après réception de la requête grecque, a abattu un « travail substantiel », selon une source. C'était sans compter des nouvelles fuites, depuis Athènes, à propos de la position allemande présentant la requête grecque comme un « cheval de Troie ». Selon le document allemand, la lettre grecque viserait à « obtenir un financement relais » et à clore le programme d'ajustement actuel. Selon Berlin, les trois 'institutions' doivent conseiller l'Eurogroupe après examen de la position budgétaire du pays au regard de sa lettre de demande d'extension de l'accord-cadre d'assistance financière. L'Eurogroupe doit alors s'accorder sur trois exigences envers les Grecs, selon l'Allemagne: - les Grecs doivent demander une extension du programme actuel, en faisant usage de marges de flexibilité ; - tout changement du protocole d'accord sera discuté avec les 'institutions' et le programme sera achevé ; - les Grecs doivent s'engager publiquement à ne pas prendre de mesures unilatérales qui mettraient à mal les engagements du présent programme. « Cela veut dire revenir sur les mesures sociales et du marché du travail à voter au Parlement (grec) cette semaine », indique le document allemand.
L'Allemagne considère en outre que, puisque les banques grecques ont passé haut la main les tests de la BCE en octobre dernier, les 10 milliards d'euros qui leur sont réservés dans le fonds de sauvetage national (HFSF) ne doivent plus être disponibles. Une source expliquait que les Grecs voulaient utiliser cet argent pour éponger les prêts toxiques, ce qui enverrait un mauvais signal aux mauvais payeurs. De plus, ajoute cette source, certains experts considèrent que cette enveloppe doit servir à d'autres objectifs que renflouer les banques. Par exemple, servir de coussin de financement de sécurité, solution évoquée ces derniers mois, mais qui nécessitera l'aval unanime de l'Eurogroupe. La situation des banques grecques paraît toutefois critique, avec plus de 2 milliards d'euros de dépôts retirés en juste une semaine. Lors du dernier Eurogroupe, Mario Draghi avait souligné cette situation.
La Commission s'est par ailleurs distancée vendredi des propos du commissaire allemand, Günter Oettinger, sur la radio Deutschlandfunk, selon lesquels les Grecs se comportaient comme un éléphant dans un magasin de porcelaine et un sommet des dirigeants de la zone euro pourrait avoir lieu la semaine prochaine pour régler ce dossier. Il s'agit de son opinion personnelle, a souligné la Commission. « Il faut voir si cela aidera ou si cela dramatise encore plus la situation », expliquait une source, vendredi. (Elodie Lamer)