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Bulletin Quotidien Europe N° 11160
Sommaire Publication complète Par article 30 / 30
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1062

*** HUBERT BONIN, CARLO BRAMBILLA (sous la dir. de): Investment Banking History. National and Comparative Issues. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Euroclio », n° 78. 2014, 532 p., 66,30 €. ISBN 978-2-87574-115-8.

Depuis six ans au moins, les banquiers d'affaires n'ont pas bonne presse, et les milieux académiques ne sont guère plus tendres à leur égard. Comment s'en étonner puisqu'ils comptent parmi les responsables majeurs de la crise cataclysmique dont le monde tarde à se remettre, l'avidité de ces « requins » en cols blancs étant allée, pour certains, jusqu'à ébranler « les fondements du capitalisme et même de l'économie de marché ». Ne comptez pas sur les historiens et économistes réunis dans ces pages pour verser dans la surenchère. Très vite, les deux coordinateurs de l'ouvrage précisent d'ailleurs que rien, dans leur nature même, ne prédisposait les « banques de financement et d'investissement » - dénomination moins réductrice et plus précise que celle de banques d'affaires - à devenir les vecteurs du crash, seuls des « changements structurels et opérationnels » ayant « de plus en plus affaibli le capitalisme mondial car ils ne prévoyaient pas de filets de protection et de dissuasion pour empêcher l'adoption de comportements dangereux et la construction d'importants conflits d'intérêts, avec les énormes asymétries d'information qui en ont résulté ».

Que les amateurs de procès en place publique passent donc leur chemin: ce livre de nature scientifique n'est pas pour eux, mais bien pour tous ceux qui, connaisseurs des milieux bancaire ou profanes, cherchent à mieux comprendre comment on en est arrivé là. Et pourquoi. Or, en ce domaine d'activités qui cultive le secret et suscite les fantasmes, rien ne vaut le regard d'historiens férus d'économie pour planter un décor crédible. L'immense mérite de ce livre est précisément de montrer combien les banques d'investissement sont diverses et combien leurs stratégies évoluent et s'adaptent à des contextes différents, aux circonstances et aux cadres institutionnels du moment et du lieu. En clair, l'un des premiers enseignements du livre est qu'il n'existe pas un business model qui vaille pour l'ensemble des banques d'affaires. Ce que les contributions mettent aussi en lumière, c'est que l'une des évolutions de ce secteur particulier du monde bancaire dans ses déclinaisons diverses a été le gouffre de plus en plus profond qui s'est creusé entre économie « réelle » et « financière », ce qui a pu par exemple conduire, selon Hubert Bonin (Sciences Po Bordeaux) et Carlo Brambilla (Université d'Insubria à Varèse, en Italie), à « raccourcir l'horizon temporel des investisseurs ». A travers les quinze contributions réunies dans ces pages, on découvre aussi que les banquiers d'affaires ont pu être des gens parfaitement respectables - à l'instar de l'Allemand Paul Warburg qui fut le réel promoteur de la Réserve fédérale américaine - et qu'ils restent même indispensables à la bonne marche de l'économie, pourvu qu'ils demeurent dans certains clous plantés au nom de l'éthique…

Quelles sont les différences - et les points de rencontre - entre les diverses banques d'investissement et celles dites commerciales - lesquelles aiment parfois jouer sur les deux tableaux, parfois jusqu'à l'excès ? Les premières jouent-elles un rôle-clef dans la structuration de l'économie de leur pays et assument-elles dès lors une « fonction historique » dans le système bancaire national ? Quelle a été leur « utilité historique, voire même leur nécessité comme levier pour la croissance » ? Telles sont quelques-unes des très nombreuses questions auxquelles les auteurs apportent des réponses éclairantes au fil de l'ouvrage, au fil de recherches qui conduisent, entre autres, des investissements pour le chemin de fer Salonique-Constantinople dans l'Empire Ottoman et de la crise de Baring aux activités des banques d'investissement au fil du temps dans des pays tels que les Pays-Bas, la France, l'Italie et l'Espagne, sans compter la Bulgarie et la Russie. Autant de regards de grande valeur scientifiques qui conduisent Hubert Bonin à rappeler, dans des conclusions plus personnelles, que la réponse à la question de savoir quel type de structure de risque les banques d'affaires devraient assumer pour tirer les leçons de la dernière crise tient en une vérité un peu dérangeante: « Nous savons que, même si l'historien est friand de rêves, les entreprises et les banques semblent insensibles aux leçons de l'histoire… » . Michel Theys

*** ANDRE ICARD: Using the Special Drawing Rights as a Lever to Reform the International Monetary System. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: info@centroeinstein.it). Collection “The Federalist Debate Papers”, n° 1. 2014, 16 p..

En octobre 2010, un groupe de très haut niveau, composé de dix-huit anciens ministres, gouverneurs, responsables d'institutions internationales et hauts fonctionnaires, entamait une évaluation approfondie du système monétaire international sous la houlette de Michel Camdessus, Alexandre Lamfalussy et feu Tommaso Padoa-Schioppa avec le soutien de la Fondation internationale Triffin. Leur rapport et ses dix-huit suggestions concrètes furent remis en février 2011 au président du G20 en prévision du sommet programmé à Cannes en novembre. Hélas, l'éclatement de la crise des dettes souveraines captura l'attention des dirigeants bien plus que ce rapport. Constatant que celui-ci restait succinct sur la question des droits de tirage spéciaux, la Fondation Triffin décida ensuite de consacrer à ce sujet un groupe de travail présidé par André Icard, ancien directeur général adjoint de la Banque des règlements internationaux. Cette publication présente ce rapport qui confirme la situation bancale du système monétaire international et, constatant l'impossibilité d'arriver vite à la création d'une monnaie de réserve multilatérale, formule neuf suggestions pour améliorer la situation. (MT)

*** GEORGE CHOBANOV, JÜRGEN PLÖHN (sous la dir. de): Crisis and Sustainability: Responses from Different Positions. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Sofia Conferences on Social and Economic Development in Europe", n° 4. 2013, 152 p., 39,95 €. ISBN 978-3-631-64062-3.

Ce livre rend compte de la 14ème conférence organisée par la Faculté d'économie et d'administration des affaires de l'Université de Sofia au cours du mois d'octobre 2011. Différents aspects de la crise toujours en cours y sont abordés, en particulier les questions monétaires. Ainsi, Corbett Gaulden traite, avec ses yeux d'Américain, des aspects budgétaires de la crise de la dette en Europe, s'intéressant tout particulièrement à la relation entre le bien-être social à court terme et la politique budgétaire à long terme. D'où, selon lui, le rôle crucial joué par les responsables politiques. Pour leur part, George Chobanov et Teodor Sedlarski utilisent une formule mathématique (certaines pages de leur courte étude seront donc incompréhensibles pour les profanes...) pour démontrer que la justice sociale dépend d'une indispensable intervention des responsables politiques dans le processus économique: en clair, le darwinisme économique en vertu duquel seuls subsistent les plus forts n'est pas la voie à suivre pour qui se soucie de la société dans son ensemble. Le Suisse Jean-Pierre Gern (Université de Neuchâtel) ne se montre guère plus enclin à accepter les dérives néolibérales des économies de marché, lui qui va même jusqu'à contester l'opportunité d'une croissance illimitée des activités de publicité et la production de biens qui ne servent que des « besoins artificiels ». Les deux autres parties de l'ouvrage, consacrées aux économies et domaines politiques européens ainsi qu'au développement durable, sont dans le même esprit, œuvres d'économistes acquis à l'économie de marché… pour autant que des balises y soient placées. (PBo)

*** YANIS VAROUFAKIS, JAMES K. GALBRAITH, STUART HOLLANDE: Une proposition modérée pour le règlement de la crise de l'euro. Editions Potamos (48 rue Xenokratous, GR-10676 Athènes. Tél.: (30-210) 7231271 - Courriel: info@potamos.com.gr - Internet: http://www.potamos.com.gr ). 2014, 96 p., 9 €. ISBN 978-960-545-038-0.

Ce livre est le recueil d'un texte audacieux et novateur, simple dans son concept, modeste dans sa formulation. Il formule une proposition en quatre temps pour résoudre la crise de l'euro. Une crise dont les auteurs ne négligent pas la dimension sociale et humanitaire forte, elle qui abaisse les citoyens et les pays, voit le nationalisme dangereux prospérer et menace l'existence même de « l'Europe des nations". Une crise qui, accusent les auteurs, est renforcée par l'application même des mesures arrêtées pour la combattre, des mesures dont les dirigeants assurent qu'elles sont le seul moyen de s'en sortir, ce qui est, à leurs yeux, une erreur grave. Le problème pour les responsables politiques européens, c'est que ce diagnostic est posé par trois économistes mondialement connus: Yanis Varoufakis, qui enseigne la théorie de l'économie et l'économie politique à l'Université d'Athènes, mais aussi l'Américain James K. Galbraith et le Britannique Stuart Holland, celui-ci enseignant à l'Université Coimbra au Portugal. Par leur proposition de sortie de crise, ils entendent montrer aux peuples d'Europe qu'il existe, pour sortir de la crise, des pistes alternatives, raisonnables, efficaces et beaucoup moins difficiles à supporter. En clair, leurs arguments sont autant d'armes qu'ils donnent aux citoyens européens afin que ceux-ci puissent mettre leurs dirigeants devant leurs responsabilités. Concrètement, ils commencent par analyser la nature de la crise européenne, à la fois crise bancaire, crise de la dette, crise des investissements et crise humanitaire. Ils étudient ensuite de manière très critique les politiques contraignantes qui ont été mises en œuvre et les erreurs politiques qui ont été commises jusqu'à présent, la domination des Etats membres budgétairement vertueux, le rejet du financement monétaire de la dette par la Banque centrale européenne, l'exclusion de la responsabilité conjointe de la dette par l'émission d'euro-obligations et l'évitement de la fédéralisation de l'Union en étant les têtes de chapitre. Autant d'impasse auxquelles leurs « modestes » propositions entendent remédier… (AKa)

*** GEORGE KYRTSOS: Indignez-vous mais osez ! Proodeftikes Epikoinonies (74 Spyrou Merkouri, GR-11634 Athènes. Tél./fax: (30-210) 3506325 - Internet: http://www.proodeftikesepikoinonies.gr ). 2013, 659 p., 14,90 €. ISBN 978-618-80714-0-7.

Comment les Grecs peuvent-ils sortir de la crise économique et sociale causée par l'endettement excessif de leurs gouvernements ? Comment peuvent-ils sortir du « piège » des mémorandums après trois ans d'expériences ratées ? Comment peuvent-ils réduire le gaspillage égoïste de l'argent public et endiguer le triomphe continu des gros intérêts face à l'intérêt public ? Comment peuvent-ils corriger l'Université, qui a cautionné l'échec économique, au profit d'une nouvelle génération qui en est la première victime ? Comment peuvent-ils mettre un frein à la décomposition du secteur privé productif ? Comment peuvent-ils réduire le coût global de la République et le fossé qui les sépare de la classe politique? Comment pourraient-ils exploiter les opportunités offertes par la crise européenne sans isoler leur pays politiquement et économiquement ? Voici quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre l'économiste George Kyrtsos, ce journaliste étant aussi eurodéputé depuis le dernier scrutin européen. Admettant qu'il n'existe pas de solutions toutes prêtes et faciles, il donne raison aux citoyens qui se déclarent indignés par la situation intolérable qui leur est imposée, mais il les invite à ne pas céder à la facilité du populisme, lequel agit comme un bouclier pour les principaux responsables de la crise. A ses yeux, c'est seulement en donnant une dimension créative à l'indignation légitime des citoyens qu'une nouvelle dynamique économique et sociale pourra se développer et sortir ainsi le pays de l'impasse. L'auteur invite donc ses lecteurs à assumer des responsabilités supplémentaires pour faire face à la crise et, par la même occasion, pour isoler les divers responsables, politiques et économiques, de la faillite du pays. (AKa)

*** COSTAS VERGOPOULOS: "Le noir et le rouge". La génération perdue Grèce-Europe. Editions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2014, 336 p., 14,50 €. ISBN 978-960-14-2831-4.

Alors que l'argent, les banques et les bourses triomphent, les sociétés sont brisées, les exclusions sociales se multiplient, les jeunes étant les premières victimes de la crise dans tous les pays européens. Professeur d'économie politique à l'Université de Paris 8, Costas Vergopoulos se demande, dans ce livre, quel est l'avenir qui se prépare sans eux: sera-ce un avenir porteur de travail productif et de cohésion sociale, d'initiatives et d'innovations pour un avenir meilleur ? Ses réponses sont négatives car, estime l'auteur, contrairement au reste du monde, la Grèce et l'Europe ne préservent pas des emplois mais sauvent seulement des banques et des rendements financiers en en faisant porter la charge des coûts par la nouvelle génération. Pour l'auteur, la Grèce, le « maillon faible » de la chaîne européenne, ayant été choisie comme cobaye de la dégradation de sociétés. C'est donc en Grèce qu'a été déclenché le compte à rebours. Mais attention, note l'auteur avec un relatif optimisme, l'histoire montre que dans chaque épisode de rupture avec le passé, les « perdants » écrivent l'avenir tandis que les « gagnants » se perdent… (AKa)

*** GEORGE KATROUGALOS (sous la dir. de): Les inégalités et le droit. Les inégalités sociales de la Grèce moderne. Editions Alexandria (133 Solonos, GR-10677 Athènes. Tél.: (30-210) 3806305 - fax: 3838173 - Courriel: alexpubl@alexandria-publ.gr). 2014, 198 p., 14,91 €. ISBN: 978-960-221-613-2.

Le phénomène des inégalités devient de plus en plus évident dans le contexte de la grande crise protéiforme qui se prolonge depuis plusieurs années, en Grèce comme ailleurs en Europe. Pour l'essentiel, cette crise résulte d'une friction tectonique qui voit l'Etat perdre son pouvoir de contrôle sur les marchés dans le cadre d'une transition vers un modèle néolibéral de libération presque complète de la sphère économique. Il va de soi que ces évolutions ont des implications pour le droit et les structures institutionnelles. Voilà qui n'a pas échappé à George Katrougalos, expert en droit constitutionnel, professeur de droit public à l'Université Démocrite de Thrace et avocat. Dans ces pages, ce spécialiste des droits de l'homme récemment élu au Parlement européen explique que les modifications en cours sont incompatibles avec les cadres protecteurs mis en place par les constitutions d'après-guerre, lesquelles étaient infiniment plus positives pour les travailleurs. La forme prise par ce conflit est le sujet de ce livre. D'après l'auteur, la combinaison de l'approche théorique et de l'analyse de cas particuliers encourage l'étude des problèmes juridiques liés à la mise en œuvre du principe d'égalité et des droits qui y sont accolés. (AKa)

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