Bruxelles, 22/09/2014 (Agence Europe) - Les pays (Libye, UE, États membres riverains de la Méditerranée, groupe '5+5' et les pays limitrophes de la Libye) qui se sont réunis à Madrid le 17 septembre se sont finalement accordés sur un texte publié après leur rencontre. Alger, qui s'y opposait au départ, a donné son accord après avoir obtenu l'assurance que toute option militaire était exclue. Satisfaction similaire au Caire.
« Il est heureux que les membres du groupe 5+5 et ceux du Med 7 (cinq pays de l'UE plus Grèce et Chypre) aient fait preuve de sagesse. La déclaration finale de la conférence sur la stabilité et le développement en Libye ne mentionne nulle part le recours à la force », écrit le quotidien El Watan (Algérie) pour qui, au diapason de tous les médias, « le bon sens a prévalu ». Car « on ne peut pas, en effet, faire taire les armes dans ce pays en faisant exploser des bombes au-dessus de Tripoli et Benghazi déjà en ruine ».
L'influent quotidien notait clairement le « risque que la conférence de Madrid ne serve de messe diplomatique à une intervention musclée en Libye, comme ce fut le cas au Conseil de sécurité en 2011 ». Il « faut admettre, ajoute le journal, que la diplomatie algérienne a fait du bon boulot pour convaincre certains pays va-t-en guerre de ronger leur frein ». « Il fallait donner la chance à la négociation politique, peut-être qu'elle suffira à éteindre le feu en Libye, même si les nouvelles du front ne sont pas vraiment rassurantes », poursuit le journal.
La satisfaction est surtout de voir Washington se ranger à cet avis et, à Alger, on fait grand cas des messages adressés par John Kerry à son homologue algérien, Ramtane Lamamra, en visite aux États-Unis pour une conférence à l'invitation du 'Centre d'études stratégiques et internationales'. Cela lui a donné l'occasion de réitérer « le rejet de toute intervention militaire étrangère et son attachement à une solution consensuelle ». Son pays s'est même proposé « pour accueillir les rencontres inter-libyennes visant à établir le dialogue ». La France serait disqualifiée pour avoir « affiché une disposition à user de la canonnière en Libye » et est « bien obligée de constater que son option ne fait pas recette », lit-on dans ces médias.
Une nouvelle rencontre Lamamara-Kerry devait avoir lieu dans la journée de lundi. Et le ministre algérien a déjà loué « la synergie » qui s'installe et la « vision commune sur plusieurs questions qui se développent » avec Washington, a-t-il dit. Alger cite en exemple son rôle dans le dossier libyen comme celui dans la Tunisie voisine. C'est un rôle stratégique régional qui est revendiqué.
L'avis général, dans les médias, et bien résumé par el-Watan, est qu'il « serait suicidaire de transformer la Libye en sanctuaire du terrorisme international, alors même que les arsenaux de Kadhafi ont largement alimenté les maquis terroristes en Tunisie, en Algérie, mais surtout au Mali ». La position de la France, en pointe au sein de l'UE, ne serait que pour « se débarrasser de son sentiment de culpabilité d'avoir mis le feu en Libye via l'OTAN » et « le président Hollande serait mal inspiré de vouloir l'éteindre en allumant un brasier ». Le Caire, autre acteur significatif dans l'enjeu libyen, partage l'avis algérien sur une issue non militaire mais a indiqué, selon nos sources depuis Madrid, que le dialogue envisagé, avec l'appui de Washington, et recherché par l'envoyé spécial de l'ONU, Bernardino León, ne devrait pas servir à remettre en selle les milices liées ou proches des 'Frères musulmans'. Clairement, El-Ahram Hebdo met en cause ce qui serait un bellicisme occidental et « les médias occidentaux, poussés par la politique sournoise des États-Unis, réduisent la situation en Libye à un conflit entre des groupes islamistes, comme Fajr Libya et Ansar Al-Charia, et les libéraux. La politique occidentale vise à propager le désordre en Libye, en exploitant la révolution et la volonté du peuple libyen de se débarrasser d'un régime corrompu et d'un dirigeant tyrannique ».
La déclaration de Madrid - finalement rendue publique - énonce neuf points qui fixent le cadre de la nouvelle stratégie soutenue par Washington et l'ONU. Elle stipule notamment que: « L'unité, la souveraineté et la démocratie de la Libye doivent être préservées » et « la solution doit venir des Libyens eux-mêmes. Toute forme d'interférence internationale doit être fermement rejetée (…) il n'y a pas de solution militaire à la crise actuelle. Le dialogue national et la réconciliation doivent être inclusifs et compter sur la participation des acteurs politiques, des dirigeants tribaux et autres personnalités éminentes. Seuls ceux qui pratiquent la violence ou refusent de renoncer à la terreur ne pourront pas participer au dialogue national ».
Il est dit aussi qu'une « coordination renforcée entre les différentes initiatives internationales et les différents acteurs concernés est nécessaire: Nations Unies et pays voisins, Méditerranée, Union européenne, Ligue arabe, Union africaine et Union pour la Méditerranée ». À noter aussi l'affirmation qu'un « drame humanitaire est en train de se dérouler. Il doit être abordé de toute urgence ».
Rendez-vous est pris en marge de l'assemblée générale de l'ONU qui a lieu actuellement: « Tous les participants ont convenu de donner suite aux débats d'aujourd'hui et ont souligné l'importance qu'ils attachent aux rencontres sur la Libye qui se tiendront prochainement » en marge de cet important rendez-vous à New York. (FB)