Bruxelles, 25/08/2014 (Agence Europe) - Face à la croissance atone et à la faiblesse persistante de l'inflation dans la zone euro, la BCE a infléchi son discours en prônant un recours accru aux politiques budgétaires, tant aux niveaux national qu'européen.
Il serait utile que les politiques budgétaires assument « un rôle accru » en complémentarité avec les politiques monétaires, a déclaré son président, Mario Draghi, en fin de semaine dernière, lors du rendez-vous annuel des banquiers centraux mondiaux à Jackson Hole. Selon lui, « la zone euro a souffert d'une politique budgétaire moins disponible et moins efficace comparé à d'autres économies avancées ».
Le président de la BCE a avancé quatre domaines dans lesquels la politique budgétaire pourrait jouer un rôle plus important: - utiliser « la flexibilité » prévues dans les règles budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance afin de stimuler la reprise et d'amortir les coûts des réformes structurelles indispensables ; - recourir à la marge de manœuvre favorisant un assainissement des comptes publics propice à la croissance économique, par exemple en adoptant des mesures fiscales qui soulagent les acteurs économiques tout en restant neutres d'un point de vue budgétaire ; - améliorer la coordination des politiques budgétaires nationales pour stimuler la croissance au sein de la zone euro ; - mener une action complémentaire au niveau européen afin de garantir une position budgétaire appropriée et permettre « un grand programme d'investissement ».
Le futur président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a évoqué, lors de sa désignation, le lancement d'un programme d'investissement de 300 milliards d'euros, à travers une mobilisation accrue de la Banque européenne d'investissement (EUROPE 11123).
Ce que M. Draghi a dit « reflète largement la position prise par la Commission à plusieurs reprises », a déclaré le porte-parole du commissaire chargé de l'euro, Jyrki Katainen, lundi 25 août. Il a évoqué les conclusions du Conseil européen de juin et du Conseil Écofin de juillet qui appellent les État membre à accorder « une attention particulière aux réformes structurelles qui augmentent la croissance et améliorent la durabilité des finances publiques », et particulièrement à « utiliser de façon optimale la flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance ». Depuis l'Espagne, où elle a rencontré le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, la chancelière allemande, Angela Merkel, a réitéré son credo selon lequel l'assainissement budgétaire et les mesures stimulant la croissance constituent « les deux faces d'une même médaille ».
Initiée par la Présidence italienne du Conseil de l'UE, cette discussion sur la réorientation des politiques économiques en Europe pourrait ressurgir, samedi 30 août, lors du sommet européen normalement consacré à la répartition des principales fonctions européennes. Est d'ores et déjà inscrite à l'ordre du jour de la réunion informelle des ministres européens des Finances, vendredi 12 et samedi 13 septembre à Milan, la question des investissements et de leur financement.
Début novembre, la Commission présentera ses prévisions économiques d'automne et, mi-novembre, elle donnera son appréciation sur les projets de budget 2015 que les États membres doivent lui communiquer d'ici au 15 octobre, conformément aux règles révisées du Pacte de stabilité ('2 pack').
Lundi, la Commission n'a fait aucun commentaire suite à la démission, le même jour, du gouvernement français dirigé par Manuel Valls. En cause notamment, un désaccord profond entre le premier ministre et le ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg, qui a maintes fois dénoncé le dogmatisme de l'austérité économique imposée au niveau européen, entre autres par l'Allemagne. (MB)