Bruxelles, 29/07/2014 (Agence Europe) - L'ambassadrice de l'Albanie auprès de l'UE, Mimoza Halimi, a expliqué à EUROPE ce que représente pour son pays le statut de candidat à l'adhésion à l'UE (propos recueillis par écrit par CG).
Agence Europe - L'Albanie vient de se voir accorder son statut de candidat à l'adhésion à l'UE (EUROPE 11107). Que représente ce statut pour votre pays ?
Mimoza Halimi, ambassadrice de l'Albanie auprès de l'UE - La décision est une reconnaissance des réalisations des réformes ambitieuses et de grande envergure entreprises par l'Albanie. Cette étape montre que l'Union européenne estime que l'Albanie montre la volonté d'ouvrir une nouvelle étape. Et le statut de pays candidat est un encouragement pour les efforts difficiles qui nous attendent dans ce nouveau chemin. Nous voyons le statut de pays candidat comme l'ouverture d'une ère qui exige des réformes profondes pour se préparer à des négociations d'adhésion. Le gouvernement a le plus grand engagement pour mener à bien ces réformes, en particulier celles liées à l'État de droit, avec la conviction que seules une transformation et une modernisation profonde réaliseront l'aspiration des Albanais à voir leur pays comme un membre digne de la famille européenne.
Les conclusions du Conseil qui accompagnent l'octroi du statut mettent en avant de nombreuses conditions pour l'ouverture des négociations d'adhésion (EUROPE 11107). Quand pensez-vous que l'Albanie sera capable de remplir ces conditions pour l'ouverture des négociations ?
Dans le rapport de progrès d'octobre 2013, la Commission européenne a fixé cinq priorités clés qui devraient être réalisées en vue de l'ouverture des négociations: la poursuite de la réforme de l'administration publique dans le but de la professionnaliser et la dépolitiser ; l'indépendance, l'efficacité et la responsabilisation du système judiciaire ; la poursuite des efforts dans la lutte contre la corruption ; la création d'un historique (track record) des enquêtes, des procès et des condamnations ; la poursuite des efforts dans la lutte contre le crime organisé et le renforcement de la protection des droits de l'homme, y compris ceux des Roms, la protection contre la discrimination et les droits de propriété.
Le Conseil a réaffirmé ces priorités en décembre 2013 et dans les conclusions qui ont accompagné la décision sur l'octroi du statut en juin de cette année. Les autorités albanaises souhaitent que fin 2015 soit l'année de la consécration de la mise en oeuvre des mesures concrètes sur les 5 priorités amenant à l'ouverture des négociations.
Les États membres soulignent l'importance de la lutte contre la corruption, contre le crime organisé et la réforme judiciaire et de l'administration publique ainsi que la protection des droits de l'homme. Que fait concrètement l'Albanie dans ces domaines ?
La décision d'accorder le statut de pays candidat a été prise à la suite des réalisations concrètes de l'Albanie à lutter contre la corruption et la criminalité organisée - par le renforcement des enquêtes et des condamnations - ainsi que leur prévention, le renforcement pertinent et une nette amélioration dans la coordination interinstitutionnelle. La décision est aussi le résultat de la volonté clairement affichée d'approfondir ces réalisations. À cette fin, le gouvernement a adopté une feuille de route avec des mesures concrètes pour la réalisation des cinq priorités clés, avec des indicateurs clairs et des échéances. Le plan a été salué par la Commission européenne, que nous avons constamment consultée dans le processus de rédaction, ainsi que par des pays membres de l'UE.
Comment sont vos relations avec les États membres de l'UE et les pays de votre voisinage ?
L'Albanie a de très bonnes relations avec tous les États membres de l'UE. Le pays a joué et continue de jouer un rôle constructif en ce qui concerne les développements dans notre région. L'Albanie a un rôle important pour la stabilité de la région et nous avons joué ce rôle dans un esprit véritablement européen de bon voisinage.
Que peut apporter l'Albanie à l'UE?
L'intégration de l'Albanie et des Balkans occidentaux dans l'UE augmente la sécurité de l'UE dans un sens large de la notion de sécurité qui inclut la lutte contre le crime organisé, le trafic, l'immigration illégale. Notre région et l'Albanie sont aussi importantes du point de vue de la sécurité énergétique de l'UE, notamment via le projet TAP qui apportera le gaz de la mer Caspienne à l'UE, assurant ainsi la diversification des sources d'énergie.
La Croatie a mis 10 ans pour entrer dans l'UE. Cela vous effraie-t-il ?
Nous pensons que, pour que le processus d'élargissement soit crédible et produise les effets positifs de ce qu'on appelle communément le pouvoir de transformation de l'UE, les décisions doivent être prises sur la base de la mise en oeuvre des conditions préétablies. Nous estimons qu'il est nécessaire que l'UE ait une vision stratégique avec une réévaluation des valeurs de la paix sur lesquelles est fondé le projet européen, ainsi que la nécessité de l'incorporation de cette vision à notre région.
Nous espérons que la réunion de haut niveau entre les États de la région, avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et d'autres hauts représentants de l'UE, qui est prévue pour la fin août, servira à cet objectif. La situation actuelle de la sécurité en Europe rend nécessaire une telle approche stratégique. Cela ne signifie pas que nous avons besoin de raccourcir la route et de faciliter le travail que nécessite le processus d'adhésion. Mais nous espérons que le processus d'élargissement soit fiable, basé sur nos mérites et sur une vision stratégique de l'Union. Pour nous, le processus n'est pas une question de dates, mais c'est une question de réalisation d'une transformation moderne du pays lors du processus de préparation à l'adhésion.