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Bulletin Quotidien Europe N° 10894
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Éléments pour définir une politique européenne cohérente et efficace dans les relations avec le monde musulman, notamment arabe

L'époque de la priorité musulmane. Pourquoi ne pas mettre l'accent, pour une fois, sur les aspects positifs des relations historiques et culturelles entre l'Europe et le monde musulman ? Certes, c'est une histoire de conflits, mais aussi de collaboration et de connaissances partagées. À partir des années 800 de notre ère, les Arabes ont sauvegardé et étudié les civilisations plus anciennes, grecque et romaine en tête, en y ajoutant leurs découvertes et progrès tels que l'astronomie, l'algèbre (terme arabe), le chiffre zéro (déjà connu, paraît-il, en Inde). Autour de l'an mille et au-delà, la civilisation musulmane était dans plusieurs domaines bien plus avancée que l'européenne. Les textes grecs et latins (et même chinois, dans quelques cas) étaient traduits en arabe. La réforme de l'astronomie a été arabe, avant l'arrivée de Copernic, Kepler ou Galileo.

Dans la première phase, l'esprit était à la connaissance, à la culture, pas au fanatisme ou à la guerre ! Comment et pourquoi des civilisations développées dans cette conception ont ensuite donné largement la priorité à l'intolérance et à la haine ? La responsabilité est partagée ; mais du côté européen, l'ouverture et l'équilibre ont progressé régulièrement, alors que de l'autre côté, l'aspect négatif subsiste et parfois s'aggrave, au détriment surtout des droits de la femme, de leur liberté, de leur égalité avec l'homme.

Les motivations véritables. Pourquoi la culture musulmane ne s'inspire-t-elle pas davantage de ce qu'elle était autrefois ? Je laisse de côté les guerres intra-musulmanes, si atroces en Syrie et alentour: c'est leur problème. L'Europe devrait, à mon avis, y intervenir le moins possible et ses États membres être plus sages. Il est vrai que les comportements des pays européens, et encore davantage de la Russie, échappent largement aux motivations religieuses ou prétendument religieuses. Mais l'UE en tant que telle devrait plutôt laisser au monde musulman la responsabilité et les inconvénients de ses guerres ou soubresauts internes, en Syrie, en Égypte ou ailleurs. Et si l'UE avait une véritable politique étrangère commune, elle pourrait jouer un rôle plus clair et plus uniforme.

La réalité. L'Europe en tant qu'ensemble devrait considérer que si l'élément religieux a un poids prépondérant dans un pays musulman, c'est son affaire. En Europe, l'État est laïque, la religion étant une question personnelle de chaque citoyen. L'UE ne devrait jamais s'éloigner de ce principe. Certains comportements dans l'un ou l'autre État membre, influencés parfois par le financement d'une équipe de football, ne constituent pas une position communautaire. L'Union pour la Méditerranée (UpM), qui réunit en théorie tous les pays riverains, est sur un plan politique totalement inefficace. J'ajoute aux éléments déjà publiés dans cette rubrique les explications fournies le mois dernier au Sénat français par le président de la commission des affaires européennes, Simon Sutour, dans ses fonctions de membre français de l'Assemblée parlementaire de l'Union pour la Méditerranée (AP-UPM). Cette assemblée est co-présidée par un parlementaire européen et un parlementaire issu d'un pays musulman, mais actuellement, seul un Marocain ou un Jordanien peuvent obtenir un consensus pour ce poste: tout autre candidat serait rejeté par l'un ou l'autre des pays qui doivent le désigner. Un bel exemple de solidarité, qui explique l'efficacité de l'ensemble. Martin Schulz mis à part, personne ne donne de l'importance à cet organe. Et M. Sutour n'avait pas hésité à détailler, dans son compte-rendu, les causes de l'inefficacité de l'UpM: conflit palestinien, insécurité libyenne, hostilité Maroc-Algérie, importance croissante de la Turquie, déclin économique, querelle entre Islam dit modéré et Islam salafiste. Et Morsi n'avait pas encore été destitué…

La rive sud ne souhaite pas constituer un ensemble. Dans le contexte indiqué, le renforcement des liens de l'UE avec les pays de la rive sud de la Méditerranée avait été indiqué comme un élément positif par le Sénat français, mais avec une nuance: ces pays n'entendent pas agir ensemble, mais veulent consolider, chacun pour soi, les relations spécifiques avec l'UE et ne pas compromettre les rapports existants avec les institutions communautaires (PE, Commission) ou avec certains États membres.

La conclusion me paraît évidente. L'UE n'a ni la possibilité, ni l'intérêt d'établir une politique globale uniforme avec les rives musulmanes de la Méditerranée et ne doit pas prendre position sur les conflits en cours ou à venir. Elle doit en revanche relancer ses relations avec les quatre pays de la rive sud (Libye, Tunisie, Algérie, Maroc) ; ils le souhaitent et ils en ont besoin. Mais ceci doit se concrétiser dans le respect des principes de la réciprocité, dans les domaines juridique et politique. (FR)

 

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