Bruxelles, 28/08/2012 (Agence Europe) - « Le premier défi, c'est la crise qui frappe l'Europe ; trop d'années d'imprévoyance ont multiplié les dettes, affaibli notre industrie, ébranlé la cohésion sociale », a déclaré lundi 27 août François Hollande, le président français, lors de la 20ème conférence des ambassadeurs. Il estime aussi que l'Europe a sa part de responsabilité (elle ne nous a pas protégés autant que nous l'espérions) et le risque, c'est que l'austérité ajoute encore à la mise en cause des politiques européennes.
Le président français l'a souligné avec force: « La France est totalement déterminée à agir pour l'Europe et pour préserver l'euro. L'euro est irréversible car il s'agit d'un engagement fondamental. Sa défense ne se résume pas, ne se réduit pas à un simple calcul financier, non, elle est la condition de la gouvernance économique. ». La France souhaite aussi que la Grèce reste dans la zone euro, même si ce pays doit prendre des mesures et faire la démonstration de sa crédibilité. « Mais l'Europe doit également comprendre que les Grecs ont aussi consenti depuis des années des efforts et donc chacun doit faire son devoir, les disciplines doivent être respectées, la crédibilité doit être montrée. Mais nous devons aussi soutenir la croissance dans ce pays », a ajouté M. Hollande.
Le président français estime que l'avenir de l'euro ne peut se réduire à des disciplines budgétaires. Il a défendu une union politique (intégration solidaire qui permette qu'à chaque étape, des mécanismes nouveaux soient accompagnés par des avancées démocratiques). « Nous pouvons ouvrir cette discussion immédiatement avec les Européens et en premier lieu avec l'Allemagne. La feuille de route pour l'approfondissement de l'union économique et monétaire dont nous allons discuter d'ici la fin de l'année, c'est déjà un premier pas dans cette démarche », a précisé François Hollande.
Eurogroupe, mutualisation de la dette, coopérations renforcées
La France veut faire des propositions pour approfondir la gouvernance économique. Le rôle de l'Eurogroupe et de son président « doit être renforcé ». M. Hollande suggère également que les chefs d'État et de gouvernement se réunissent « beaucoup plus régulièrement lorsqu'il s'agit de la zone euro » et pas simplement deux fois dans l'année. Le conseil de la zone euro doit se réunir plus régulièrement. Il faut aussi mettre en place des instruments de solidarité. « À terme, je pense que l'union budgétaire devra évoluer vers une mutualisation des dettes, dans les meilleures conditions pour chacun, de façon à régler les stocks de dettes existantes mais aussi d'emprunter pour l'avenir. Ce sera un élément de discussion ». Enfin, l'intégration doit, selon la France, permettre d'avancer vers l'harmonisation fiscale et la convergence sociale et environnementale.
Il a aussi appelé à changer de méthode car ces évolutions ne pourront réunir d'emblée les 27, bientôt les 28 États. « Ceux qui souhaitent s'engager plus vite, doivent pouvoir le faire sans que cela signifie l'exclusion des autres. Certains envisagent de rejoindre l'euro, ils sont les bienvenus, d'autres non, nous devons les considérer comme tels, dans cette position d'être à côté. Je suis favorable à la mise en œuvre de coopérations renforcées qui permettent d'avancer plus vite avec ceux qui décident ensemble de s'engager ».
Pacte de croissance, union bancaire
Il a évoqué également le pacte de croissance « dont toutes les mesures doivent être mises en œuvre rapidement ». La France fera rapidement des propositions pour amplifier ces politiques, pour donner la priorité à l'innovation et aux investissements, pour défendre la production en Europe. François Hollande fait confiance à la Commission européenne pour faire en sorte que « nous ne perdions pas de temps pour mettre en œuvre ces décisions et dépenser les fonds qui ont été ainsi identifiés, 120 milliards d'euros ». Paris souhaite aussi mettre un terme aux doutes qui entretiennent la spéculation. C'est le sens des décisions prises le 29 juin dernier par le Conseil européen. « Un accord existe pour que le Mécanisme européen de stabilité, en coopération avec la Banque centrale européenne, puisse intervenir pour réduire les taux d'intérêt des dettes souveraines lorsqu'ils deviennent prohibitifs ». Faut-il encore attendre que le Mécanisme européen de stabilité soit enfin en capacité d'agir ? Le tribunal de Karlsruhe fournira la réponse, a rappelé M. Hollande. Pendant ce temps, il existe encore le Fonds européen de stabilité financière, le FESF. « Donc les mécanismes existent, ils doivent être mis en œuvre et s'ils doivent être encore perfectionnés, la Banque centrale y contribue, je considère que le moment est venu pour que les dispositifs à la disposition des États puissent être utilisés si ces dispositifs sont demandés », a déclaré le président français. À la fin du mois de septembre, tout doit être mis en place et le Conseil européen du 18 octobre devra entériner les décisions pour qu'avant la fin de l'année, un compromis soit également trouvé sur l'union bancaire et la supervision au niveau européen, « que je souhaite, par la Banque centrale européenne ».
C'est dans ce cadre rééquilibré que s'inscrit le traité budgétaire qui sera soumis au parlement français dès le début du mois d'octobre. (LC)