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Bulletin Quotidien Europe N° 10667
Sommaire Publication complète Par article 12 / 22
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) montÉnÉgro

Ivan Lekovic, « une des principales raisons de notre indépendance a été le processus d'intégration européenne »

Bruxelles, 31/07/2012 (Agence Europe) - L'ambassadeur du Monténégro auprès de l'UE, Ivan Lekovic, a accordé un entretien à EUROPE (propos recueillis par CG).

Agence Europe (AE): Où en est le Monténégro dans son processus d'adhésion à l'UE ?

Ivan Lekovic (IL): Le 29 juin 2012, nous avons eu la conférence intergouvernementale où le Monténégro et l'Union européenne ont officiellement ouvert le processus de négociation pour l'adhésion à l'UE.

AE: Quand avez-vous demandé votre adhésion à l'UE?

IL: Nous avons soumis notre demande d'adhésion à l'UE en décembre 2008. En novembre 2010, la Commission européenne a rendu un avis positif. Et le Monténégro a obtenu le statut de candidat en décembre 2010.

AE: Où êtes-vous dans le processus de négociation ?

IL: Nous avons ouvert le processus de screening des chapitres 23 (appareil judicaire et droits de l'Homme) et 24 (justice, liberté, et sécurité) avant que nous ayons officiellement ouvert le processus de négociation. La Commission a lancé une nouvelle approche qui nous donne la possibilité d'être mieux préparés pour le jour où le pays deviendra membre de l'UE.

AE: Savez-vous quand les chapitres 23 et 24 seront ouverts ?

IL: Nous ne connaissons pas la date exacte, il s'agit d'un processus. Il y a un processus de screening en cours. Puis nous recevrons le rapport de la Commission avec une évaluation de l'état des lieux dans ces chapitres.

Le Conseil européen a décidé que le Monténégro ouvrirait le processus de négociation le 29 juin et a déclaré dans ses conclusions qu'Europol devrait préparer un rapport sur l'état d'avancement dans les domaines de la criminalité organisée et de la corruption, rapport qui sera une partie intégrante du rapport analytique de la Commission européenne.

Les autorités monténégrines (ministère de la Justice) ont déjà établi des contacts officiels avec Europol. Comme convenu, une mission de représentants d'Europol se rendra au Monténégro au cours du mois d'août, afin d'obtenir les informations requises.

AE: Le Monténégro est un petit pays (620 000 habitants). Comment vous préparez-vous pour ces négociations ?

IL: Nous apprenons de l'expérience de la Croatie, de Malte, de l'Estonie. À l'époque de la Yougoslavie, le Monténégro avait des institutions étatiques. Par conséquent, il n'a pas été si difficile de fonctionner comme un pays indépendant après l'indépendance en 2006.

À l'époque de la République fédérale de Yougoslavie et de l'Union étatique de Serbie-et-Monténégro jusqu'en 2006, nous avions déjà commencé le processus d'intégration européenne avec la Serbie. Une des principales raisons de notre indépendance a été le processus d'intégration européenne. Non pas dans le sens que nous voulions être plus rapide en tant que petit pays, mais parce que le processus est plus facile si un pays peut prendre soin de ses propres intérêts de manière indépendante, et pas dans une union avec la Serbie.

En parallèle, nous avons mis en œuvre un Accord de stabilisation et d'association (ASA). En vue de sa mise en œuvre réussie, le travail est organisé au sein de la structure d'ASA du Conseil, commission et sous-commissions. Le but de ce processus consiste à préparer le Monténégro pour sa future adhésion à l'UE.

L'adhésion à l'UE et sa date précise ne sont pas la question. L'objectif principal est d'introduire les normes et les valeurs européennes dans notre société.

AE: Donc vous n'êtes pas inquiet que le processus pourrait prendre plus de dix ans comme pour la Croatie?

IL: Nous n'avons pas d'inquiétude pour la date d'adhésion. Nous pensons en termes de priorités à court terme et à long terme. Une priorité à court terme est de commencer avec le processus de screening pour tous les autres chapitres à partir de septembre 2012 et d'ouvrir d'autres chapitres de négociation.

AE: Même si le Conseil européen a décidé l'ouverture des négociations, il s'est dit inquiet quant à l'indépendance du pouvoir judiciaire, la lutte contre la corruption et le crime organisé. Que faites-vous dans ces domaines ?

IL: C'est pourquoi nous ouvrons les négociations d'adhésion avec les chapitres 23 et 24. Le chapitre 23 traite des « droits judiciaires et fondamentaux » et nous avons déjà eu un screening explicatif et bilatéral. Aujourd'hui, la Commission européenne est au courant de l'état d'avancement dans le domaine judiciaire. Le crime organisé n'est pas seulement un problème pour le Monténégro, cela touche tous les pays des Balkans occidentaux et pas seulement eux. Le processus de négociation aidera le Monténégro à améliorer les capacités des institutions de l'État pour lutter contre la criminalité organisée et la corruption d'une manière plus efficace.

En outre, la lutte contre la criminalité organisée et la corruption est un processus. Le gouvernement du Monténégro montre qu'il est capable de s'attaquer à ces questions. Cela a été reconnu le 29 juin lorsque le processus de négociation a été officiellement ouvert.

AE: Au cours du dernier Conseil, la Suède a dit ouvertement qu'elle était préoccupée par la criminalité organisée. Comment sont vos relations avec la Suède et les autres États membres ?

IL: Le Monténégro a d'excellentes relations avec tous les États membres. Il entretient des relations de partenariat avec tous les pays de la région. Il n'y a de questions en suspens avec aucun pays. C'est la même situation avec la Suède. De ce point de vue, il est très facile d'être un diplomate monténégrin.

Le Monténégro entretient des relations parfaites avec les 12 « nouveaux » États membres. Les pays des élargissements de 2004 et 2007 comprennent les problèmes et les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, parce qu'ils étaient dans une position similaire il n'y a pas si longtemps.

AE: Êtes-vous plus proche des nouveaux pays ?

IL: Oui, nous avons des relations très étroites et amicales. Comme je l'ai déjà mentionné, la République tchèque, la Pologne ou l'Estonie comprendront mieux les défis auxquels nous sommes confrontés au cours du processus d'intégration, en comparaison avec la France, l'Espagne ou la Grande-Bretagne.

AE: Votre monnaie est l'euro. Quelles sont les conséquences de la crise de l'euro sur votre économie ?

IL: Nous utilisons l'euro mais, bien sûr, nous ne sommes pas dans la zone euro. Nous sommes influencés par la situation économique globale. Les investissements directs à l'étranger (IDE) sont cruciaux pour le développement ultérieur du Monténégro. À partir de 2006 et jusqu'en 2009, voire 2010, nous avons eu un afflux important des IDE. Nous avons commencé quelques projets d'investissement importants qui ont été arrêtés ou reportés. Maintenant, les investisseurs et les entreprises intéressées reviennent à nouveau, lentement. L'euro a apporté la stabilité budgétaire et financière au Monténégro. Nous voulons vraiment continuer à l'utiliser. Il n'y a aucun frais de change, payer est beaucoup plus facile, c'est important pour un pays touristique.

AE: L'UE est en crise, pour certaines personnes c'est un bateau qui coule. Pourquoi le Monténégro veut entrer dans l'UE ?

IL: Je ne suis pas d'accord du tout. L'UE est une excellente idée et un grand projet. Dans tous les projets, vous faites face à des périodes de crise et c'est l'une d'entre elles. L'UE est un groupe de 27 pays très différents, donc il n'est pas facile de faire une forme compacte d'une entité supranationale. De nombreuses décisions de l'UE ont été faites par consensus et le consensus n'est pas toujours la meilleure solution. C'est pourquoi l'UE ne termine jamais son histoire.

AE: Que pensent les Monténégrins de l'UE ?

IL: Nous avons un pourcentage élevé de citoyens pro-européens. Personne ne pense que l'UE est une idée ou un projet qui va disparaître. Elle peut avoir une autre forme ou une autre réalité, peut-être différente de maintenant, mais il est sûr qu'elle va survivre à cette crise.

AE: Comment sont vos relations avec le commissaire Füle ? Et le Parlement européen ?

IL: Nous avons des relations très ouvertes et de partenariat avec la Commission. Nous apprécions beaucoup l'engagement du commissaire Füle. L'unité B1 de la Direction générale de l'élargissement s'occupe de la Croatie et du Monténégro. À partir du 1er juillet 2013, la Croatie deviendra un État membre.

Le Parlement européen est une pièce importante du puzzle de l'UE, la voix du peuple, un corps avec de grandes compétences et du pouvoir.

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