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Bulletin Quotidien Europe N° 10667
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La Grèce pourrait devenir un exemple de relance économique et d'innovation, en tant que pays membre de l'UE sorti de l'euro - risque pour la zone

Signification générale vis-à-vis du problème grec. Dans le contexte des péripéties de la zone euro, le cas de la Grèce revêt une importance à caractère général. Sa sortie de la zone euro étant à mon avis inéluctable (voir cette rubrique d'hier), la suite influencera l'évolution future de l'UE dans son ensemble ; c'est pourquoi il est important pour tous d'analyser ce que sera la situation grecque en tant qu'État membre hors de la zone euro.

La situation grecque a une portée générale pour trois raisons au moins.

Corriger. La première exigence est de corriger la fausse impression selon laquelle la Grèce serait exclue de zone euro par une décision des autres pays de la zone, ou des institutions communautaires. C'est faux. La question de fond est de savoir jusqu'à quel point un pays de la zone euro peut continuer à recevoir des financements qui pèsent lourdement sur les autres États membres, lorsqu'il ne respecte pas les conditions définies de commun accord. L'expulsion de la zone euro n'existe pas. Les instruments de soutien aux pays en difficulté sont nombreux et généreux, ils sont développés et élargis sans cesse, sous différentes formes: soutiens financiers, dérogations provisoires, prorogations de différents délais. Mais ces instruments sont soumis à des conditions, et cette rubrique a rendu compte hier de l'impossibilité pour la Grèce de les respecter. Elle n'est pas expulsée ; elle va perdre l'automatisme des soutiens supplémentaires.

Liberté de partir. On entend parfois, dans l'un ou l'autre pays de la zone euro, des prises de position favorables à une sortie de la Grèce de l'Eurozone. Il devrait être clair que la porte de sortie est ouverte: qui préfère quitter l'euro est libre de le faire, quelles que soient les complications (monétaires et juridiques) et quelles que soient les dispositions inscrites dans les textes en vigueur. Pour qui souhaite quitter l'euro, la procédure appropriée serait trouvée, le cas de la Suède le prouve. Les pays de l'euro ne pourraient que dire: bon débarras.

Dans l'UE pour toujours. Il me reste à rappeler encore une fois la nécessité qu'un point essentiel soit compris: un pays qui sortirait de la zone euro continuerait de toute manière à faire partie de l'UE avec les devoirs et les avantages qui en résultent, y compris sa place et son rôle dans les institutions communautaires. On n'a pas l'impression que l'attraction de l'UE se réduise ; les candidatures à l'adhésion ne diminuent pas, c'est plutôt le contraire qui est vrai. Et de ce point de vue le futur qui attend la Grèce est instructif.

Perspectives encourageantes, si … Les analyses indiquent qu'une économie grecque revigorée, grâce à la relance des points forts traditionnels et à la création d'activités nouvelles, est possible.

Pour le tourisme, pas de problème. Le nombre de touristes avait encore augmenté l'année dernière ; cette année-ci, les élections, avec leurs complications et incertitudes, ont provoqué une légère diminution qui est toutefois en train de se résorber ; pour certains pays de provenance on a déjà constaté une expansion considérable, surtout de la Russie, pays de plus en plus intéressé à la Méditerranée .

En matière d'agriculture, les ressources traditionnelles (huile d'olive, tomates, fruits) peuvent être aisément mieux exploitées, les analyses par produit le prouvent.

Mais, surtout, quelques secteurs nouveaux sont prometteurs, l'énergie solaire en tête grâce aux 300 jours d'ensoleillement par an. Cette énergie intéresse directement l'Allemagne, qui doit remplacer le nucléaire abandonné. Un projet colossal à réaliser en Grèce avait même été déjà dessiné: 20 milliards d'euros d'investissements, 20 000 hectares de parcs photovoltaïques, 10 000 mégawatts produits à l'horizon 2050.

Le commissaire européen à l'Énergie Günther Oettinger soutient de tels projets, qui pourraient à son avis ouvrir la voie à un marché européen de l'électricité vraiment intégré. Mais les Allemands réclament des perspectives claires, notamment quant aux prix, et rien n'est acquis. Les autorités grecques devraient, dès qu'elles seront libérées des complications de l'euro, faire du solaire une priorité nationale et renouer les contacts avec les Allemands avec un but: panneaux photovoltaïques fabriqués en Allemagne et énergie verte produite en Grèce.

Mises en garde et conseils d'économistes et personnalités politiques. Certains économistes estiment que le retour à la drachme impliquerait moins de sacrifices pour le peuple grec que la permanence forcée dans la zone euro. En effet, si les salaires nominaux diminuent et le nombre des agents publics est radicalement réduit, les ménages endettés, avec l'euro comme monnaie, ne savent pas comment s'en sortir ; la dévaluation de la drachme rétablie serait dans ce cas beaucoup moins douloureuse.

Je rappelle par ailleurs les réactions de Robert Goebbels, un parlementaire européen que j'estime beaucoup, après une mission sur place en mars dernier (voir notre bulletin n° 10574). Il avait estimé injuste l'austérité imposée aux Grecs par la 'troïka', et inefficaces les «recettes» utilisées pour faire face aux difficultés du peuple grec, que M. Goebbels a défendu en se scandalisant pour les 500 000 personnes privées de revenu. Mais en même temps M. Goebbels avait indiqué les mesures à prendre par les Grecs eux-mêmes: multiplier les investissements en impliquant les Fonds structurels européens qui en Grèce restent sous utilisés; simplifier le système fiscal et le rendre efficace ; faire payer les impôts notamment aux armateurs et à l'Église, laquelle « possède d'énormes latifundia » ; simplifier et rendre plus efficace la machine administrative (onze ministères doivent être consultés pour lancer un projet hôtelier !). Or, ce sont largement les mesures réclamées, sans résultats, par la 'troïka'. Que dirait aujourd'hui M. Goebbels s'il était chargé d'une mission analogue ?

Il est vrai que quelques efforts ont été faits après sa visite sur place. Les services de la Commission européenne ont défini, en liaison avec les autorités grecques, une liste de 181 projets prioritaires à cofinancer avec le FEDER (Fonds européen pour le développement régional) ; le financement communautaire pourrait même atteindre 80% du coût pour l'autoroute qui serait insérée dans le réseau transeuropéen de transport. Mais j'ai l'impression que ces opérations se situent déjà dans la perspective d'une Grèce qui aurait entre-temps quitté la zone euro, car les accords indiquent que la Grèce devra parallèlement réaliser des réformes internes, notamment pour lutter davantage contre la fraude fiscale, sans aucune référence aux disciplines spécifiques de l'euro.

Je rappelle que le président de la Commission européenne, M. Barroso, dans sa déclaration à l'issue de sa récente visite à Athènes, a affirmé que la place de la Grèce demeurait au sein de la zone euro « pour autant qu'elle respecte ses engagements », c'est-à-dire les conditions indiquées dans le 'mémorandum' commun.

Un exemple. Costas Mitropoulos, président démissionnaire du Fonds grec de privatisation (responsable donc de l'un des aspects essentiels des réformes), a diffusé sa lettre de démission faisant grief au gouvernement d'avoir en pratique saboté son action. Le Fonds qu'il présidait est chargé de préparer les dossiers des privatisations et de procéder aux appels d'offres et aux cessions. M. Mitropoulos affirme que certaines autorités responsables, au lieu de le soutenir dans sa tâche, faisaient le contraire, si bien que les seules opérations effectuées consistent dans la cession d'une partie de la compagnie téléphonique OTE et la vente de quatre Airbus sur les bras de l'État depuis la privatisation d'Olympic Airways.

Or, les objectifs pour l'année en cours prévoyaient bien d'autres opérations, dont la vente des parts de l'État dans Hellenic Petroleum, de la société de gaz Depra, des mines de nickel, de plusieurs ports, d'immeubles au centre d'Athènes. Ce n'est évidemment pas ma tâche d'évaluer si ces opérations seraient opportunes pour l'État grec, mais elles figurent dans le programme de redressement du budget de l'État.

Il est vrai que certaines forces politiques grecques estiment que le programme du mémorandum négocié avec la 'troïka' est « une aberration » et le rejettent radicalement. Mais il est vrai aussi que si le programme n'est pas respecté, la Grèce perd les financements qui lui ont été promis sous condition, alors qu'en restant pays membre de l'UE, elle pourra bénéficier d'aides et de soutiens susceptibles de contribuer puissamment à son redressement économique. Si son peuple est d'accord.

La crédibilité de la zone euro est en jeu. En ce moment, la zone euro multiplie les efforts pour surmonter sa crise et pour consolider les finances publiques ou créer les instruments et les initiatives qui contribueront à redresser la situation. Elle a besoin que les États membres en difficulté acceptent les efforts nécessaires et respectent leurs engagements, en bénéficiant des soutiens indispensables. Les faits prouvent que la Grèce n'est pas en mesure de le faire ; la résolution de son cas est fondamentale pour la crédibilité de la zone euro dans son ensemble.

Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, vient de rappeler que la Grèce « c'est 2% du PIB de la zone euro et 3% de la dette, et c'est devenu un problème mondial (…) Toutes les mesures prises aujourd'hui s'abattent sur la population, alors que des pans entiers de la situation ne sont pas réformés (…) Accumuler sans arrêt des plans de sauvetage, ce n'est pas une solution. » Il est vrai que M. Reynders ne parle pas du tout d'une sortie d'Athènes de la zone euro, conscient que les décisions sont reportées à l'automne ; mais il se réfère à une « autorité européenne qui puisse bloquer un certain nombre de choses, dans le domaine de la défense par exemple », secteur où la Grèce dépense trop selon lui.

Ma conclusion est que le cas grec est fondamental pour la crédibilité de la zone euro, et que cette zone serait démantelée s'il n'était pas réglé.

(FR)

 

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