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Bulletin Quotidien Europe N° 10666
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques sur la sortie inéluctable de la Grèce de l'euro et sur la nécessité de la préparer dans un esprit positif et avec les précautions appropriées

Incertitude artificielle. Je reste convaincu que les incertitudes 'artificielles' sur le maintien de la Grèce dans la zone euro ont un seul objectif: disposer du temps nécessaire, en fait, pour préparer le mieux possible la sortie du pays, manœuvre complexe, afin de créer les conditions appropriées pour qu'elle se déroule dans des conditions acceptables, sans répercussions trop négatives pour la Grèce elle-même et pour l'ensemble de la zone euro, et sans pertes excessives pour les créanciers et les opérateurs. Il faut attendre l'automne, en faisant semblant entre-temps de croire que la situation puisse se redresser, et choisir ensuite le moment approprié. Les raisons de ma conviction et les symptômes qui la justifient peuvent être résumés en quatre points:

la Grèce n'est pas en mesure de redresser sa situation et de respecter les engagements souscrits ;

plusieurs pays de la zone euro ont indiqué, plus ou moins explicitement, qu'ils n'entendent pas engager des montants supplémentaires considérables dans l'action de sauvetage, et le ministre allemand de l'Économie a estimé que les inconvénients de la sortie grecque de l'euro ne sont pas si préoccupants qu'on l'affirme;

le FMI ne pourra pas prolonger au-delà des délais prévus sa participation aux financements ;

les organismes communautaires compétents mettent déjà en œuvre, ou préparent, les financements et autres soutiens à la Grèce en tant que pays membre de l'UE (ce qu'elle restera de toute manière, même si plusieurs responsables politiques ou commentateurs l'ignorent ou font semblant de l'ignorer).

Chacun de ces quatre points demande quelques explications et quelques rappels.

La Grèce n'est pas en mesure de respecter ses engagements. Je ne vais pas répéter comment, au cours des années, la Grèce n'a pas réalisé les réformes annoncées et que, dans plusieurs domaines, elle a plutôt aggravé sa situation (voir par exemple le nombre de fonctionnaires et agents publics). C'est un exercice que cette rubrique a amplement anticipé: dans le bulletin n° 10637, elle avait mis en garde contre l'excès d'optimisme qui avait suivi le vote national de la mi-juin ; dans le n° 10639, elle avait souligné que des milliards d'euro sont « engloutis par la mauvaise gestion, par les retards colossaux des réformes et encore davantage par la spéculation financière internationale » ; dans le n° 10641, elle avait anticipé que la Grèce « n'est pas et ne sera pas en mesure de respecter les conditions qu'elle avait souscrites », en soulignant que les pays de l'euro ont le devoir « d'aider la Grèce de toutes les manières possibles » ; mais non pas pour la maintenir coûte que coûte dans la zone euro, ce qui serait une voie « rhétorique, inefficace et ruineuse pour la zone euro », alors que le retour à la situation d'État membre hors euro « sera positif pour la Grèce elle-même ».

Les évolutions ultérieures confirment ces analyses. Il est vrai que quelques initiatives dans la bonne direction ont été prises à Athènes et que les décisions théoriquement positives n'ont pas manqué ; mais, concrètement, rien n'a fonctionné comme prévu. La fonction publique devait se réduire de 150 000 unités mais en fait elle a continué à se gonfler ; certaines activités publiques devaient disparaître et de nombreuses privatisations étaient programmées, mais les résultats sont minimes ; rien ne correspond à ce qui avait été prévu. Le gouvernement demande au moins une année supplémentaire pour concrétiser ce qui était déjà décidé, mais personne ne croit à des changements qui se réaliseraient en quelques mois. Et une année supplémentaire pour réaliser le programme prévu coûterait entre 20 et 25 milliards d'euros aux bailleurs de fonds….

Il serait injuste d'attribuer à la Grèce seule la responsabilité de ce qui arrive ; c'est la décision elle-même de l'insérer dans la zone euro qui était erronée ou du moins prématurée. L'erreur était partagée au départ entre tous les pays de l'euro et les institutions communautaires.

L'Allemagne a parlé clair (et elle n'est pas seule). Les autorités allemandes ne se sont pas limitées à exprimer leur conviction que la Grèce ne respectera pas ses engagements ; elles ont surtout estimé que sa sortie de l'euro n'aura aucune conséquence dramatique.

Notre bulletin a fait allusion à la prise de position explicite de Philipp Rösler, vice-chancelier allemand et ministre de l'Économie ; quelques détails supplémentaires peuvent être utiles. Il a déclaré être arrivé depuis quelque temps à la conclusion que la sortie grecque de l'euro ne constituerait pas « un cauchemar terrifiant » et ne sera pas un drame. Si, en septembre, la 'troïka' (Commission européenne, FMI, Banque centrale européenne), qui fait durer volontairement son séjour d'analyse à Athènes, confirme le moment venu (en septembre au plus tôt) que la Grèce ne respecte pas ses engagements, les financements seront suspendus. Selon M. Rösler, Athènes pourrait décider elle-même de se retirer de l'euro; et il a ajouté que le pays réalisant pas les réformes convenues doit accepter les conséquences de son comportement.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaeuble, s'est exprimé dans le même sens: Athènes ne fait pas ce qui est nécessaire pour respecter ses engagements à court terme, et la Grèce ne pourra jamais respecter l'objectif de réduire avant 2020 sa dette publique à 120% du PIB grec. La charge supplémentaire pour qui devrait financer ce retard est difficile à calculer, mais elle se situerait entre dix et cinquante milliards d'euros. Non seulement l'Allemagne mais aussi d'autres pays de la zone euro n'accepteraient pas de faire face à de tels coûts supplémentaires.

En particulier, Pays-Bas et Finlande posent comme condition que le FMI participe à tout financement supplémentaire. Quant à l'humeur et aux intentions du FMI, voir le point suivant.

Le FMI n'assumera pas d'engagements supplémentaires. Le Fonds monétaire international fait partie depuis le début (avec la Commission européenne et la BCE) de la troïka qui négocie avec la Grèce les conditions des soutiens financiers, en surveille le respect et participe aux financements.

Mais le FMI est devenu beaucoup plus prudent et réticent. Son porte-parole Gerry Rice a pointé le 12 juillet les retards et les lacunes grecques dans le respect des engagements souscrits et il a exclu que le FMI négocie avec la Grèce des modifications à ce qui a été convenu; tout ce qu'il admet est la possibilité de discuter comment « mieux remplir » les objectifs du programme existant (voir notre bulletin n° 10655).

Christine Lagarde est moins explicite dans ses déclarations récentes, mais personne n'a oublié sa prise de position précédente qui affirmait en pratique que la priorité du FMI réside dans les financements aux pays pauvres et aux pays en développement (sous-entendu: pas le soutien à la zone euro). Cette remarque faisait suite à des discussions internes au FMI: les membres américains, chinois, indiens, brésiliens et d'autres pays émergents du 'board' de l'organisation disposent ensemble de la majorité et ils avaient demandé de modifier les règles de gestion du FMI et de poser des conditions à l'achat de bons du trésor de pays appartenant à des régions développées.

Mme Lagarde a ensuite confirmé qu'elle participerait en septembre aux réunions de la 'troïka' avec les autorités grecques, mais en excluant des modifications au « mémorandum » souscrit par la Grèce.

D'après l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, le FMI aurait informé explicitement la Commission européenne qu'il ne participerait pas à des aides supplémentaires à la Grèce. Le commissaire chargé de l'euro Olli Rehn n'a pas démenti cette information, en se limitant à un traditionnel « no comment ».

Relance de la Grèce en tant que pays membre de l'UE. Faut-il répéter une fois de plus que la Grèce restera de toute manière un pays membre de l'UE et que ceux qui parlent de son « expulsion de l'Europe » ou de son « abandon par l'Europe » sont des ignorants ou des tricheurs ? En fait, une activité intense est en cours, dans le cadre communautaire et même ailleurs, pour préparer ce qui arrivera après la sortie de l'euro, avec des analyses et des projets sur les perspectives de relance économique en Grèce. Les perspectives sont favorables les possibilités de relancer l'économie traditionnelle du pays et de créer des activités nouvelles sont considérables, si le peuple grec répond positivement à l'avenir nouveau qui pourrait se dessiner.

Cette rubrique reviendra en détail sur ces aspects, parce que ce cas de la Grèce peut devenir symbolique pour l'UE dans son ensemble, en apportant une solution à l'une des causes des difficultés de l'euro, les péripéties helléniques ayant représenté le premier cas de déviations dans la gestion de la monnaie commune. C'est une leçon dont l'UE doit tirer le plus d'enseignements possibles, au-delà de la démagogie facile qui continue souvent à se faire entendre.

(FR)

 

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