Bruxelles, 23/10/2011 (Agence Europe) - Comme le souhaitaient la France et l'Allemagne surtout, le Conseil européen a décidé, dimanche 23 octobre à Bruxelles, de nommer au moins jusqu'à nouvel ordre Herman Van Rompuy pour présider les réunions des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro. Il cumule dès lors pour le moment (c'est ce qu'il faisait jusqu'alors dans la pratique) les fonctions de président du Conseil européen et de président des sommets de la zone euro.
Le Conseil européen précise, dans le texte des conclusions, que « le président du sommet de la zone euro sera désigné par les chefs d'État ou de gouvernement de la zone euro lors de l'élection du président du Conseil européen et pour un mandat de durée identique ». Dans l'attente de cette élection, les sommets de la zone euro seront présidés par l'actuel président du Conseil européen, M. Van Rompuy, dont le mandat se termine en mai 2012.
Ces sommets qui réunissent les 17 pays qui ont adopté la monnaie unique ont pris une importance accrue au sein de l'UE avec la crise de la dette souveraine et de la Grèce. Ils sont appelés à l'avenir à être pérennisés, à raison d'au moins deux fois par an.
M. Van Rompuy préside depuis décembre 2009 le Conseil européen, en vertu du nouveau Traité de Lisbonne. Avec sa double casquette, il aura notamment pour mission de coordonner au plus haut niveau les travaux de l'Union monétaire, tout en assurant la liaison avec les pays de l'UE n'utilisant pas la monnaie commune. Le nouveau rôle de M. Van Rompuy devrait être fortement encadré en raison de la prééminence de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français Nicolas Sarkozy qui entendent rester à la manœuvre dans la zone euro.
La grogne monte chez les non membres de la zone euro. Certains des dix États de l'UE non membres de la zone euro se sont plaints dimanche de la volonté croissante des États utilisant la monnaie commune de prendre des décisions sans les consulter. C'est pourquoi, le texte des conclusions précise que: « Le président du sommet de la zone euro tiendra les États membres ne faisant pas partie de la zone euro étroitement informés de la préparation des sommets ainsi que de leurs résultats ».
Certains pays supportent de moins en moins la propension de leurs pairs de la zone euro à vouloir se réunir entre eux, à renforcer le pilotage en commun de leurs économies et à décider sans les pays qui ne partagent pas la monnaie commune. Aux yeux des pays tenus à l'écart des décisions importantes de la zone euro, c'est le projet de l'Union européenne à vingt-sept pays qui est vidé progressivement de sa substance au profit d'une Europe à deux vitesses.
« La crise de la zone euro affecte toutes nos économies, y compris celle du Royaume-Uni », a dit le Premier ministre britannique, David Cameron. « Il est dans l'intérêt du Royaume-Uni que les pays de la zone euro règlent leurs problèmes. Mais cela devient dangereux -et j'en ai parlé franchement avec eux-, s'ils prennent des décisions vitales pour les autres pays du marché unique, comme des décisions sur les services financiers qui concernent tout le marché unique », a insisté M. Cameron. En conséquence, les Britanniques et d'autres pays ont exigé et obtenu qu'un sommet réunissant tous les pays de l'UE soit aussi convoqué mercredi à Bruxelles en plus du sommet de la zone euro.
Les dirigeants des pays non membres de la zone euro ont reçu le soutien du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui voit d'un mauvais œil la montée en puissance de la zone euro. « Il ne devrait pas y avoir de séparation entre la zone euro et le reste de l'Union européenne », a dit M. Barroso. La Commission européenne est préoccupée par ce qu'elle perçoit comme une tendance grandissante à la gestion « intergouvernementale » de l'Europe par Paris et Berlin. La France milite en faveur d'une montée en puissance de la zone euro en tant qu'entité à part pour donner corps à son idée de gouvernement économique. Mais ce point de vue n'est pas partagé par tous les dirigeants de la zone euro. Les Pays-Bas et la Finlande viennent ainsi de lancer une mise en garde en estimant que « tous les États membres doivent être impliqués dans les décisions » pour préserver la prospérité économique du continent, dans une lettre cosignée par la Suède. Le Danemark a estimé aussi que toutes les décisions importantes doivent se prendre à 27.
Herman Van Rompuy s'est dit « tout à fait au courant de toutes les sensibilités entre les deux ensembles. Nous ne voulons pas instaurer de scission. La Commission a la responsabilité de faire en sorte que tous les États membres soient traités sur un pied d'égalité », a-t-il assuré.
Donald Tusk, le Premier ministre polonais, a déclaré: « Nous sommes très favorables à une intégration continue de l'UE, y compris de la zone euro, car au contraire de certains États de l'UE, la Pologne déclare être disposée à entrer dans la zone euro, après réaménagement de cette zone et après avoir rempli les critères ». (LC avec MB/AN/CG/MD/FG/JK/DDstage)