Bruxelles, 23/10/2011 (Agence Europe) - Les Européens ont progressé tout au long du week-end dans leurs travaux devant mener à une réponse exhaustive à la crise de la dette souveraine. Au niveau des ministres des Finances, ils ont marqué un accord, samedi, sur un effort de recapitalisation accru du secteur bancaire qui avoisinerait les 110 milliards d'euros d'ici 2012. La solidité du secteur bancaire constitue un des éléments de la réponse en gestation qui sera dévoilée mercredi 26 octobre à l'issue de deux nouveaux sommets, d'abord à Vingt-sept puis à Dix-sept.
« L'euro est notre monnaie commune, c'est notre prospérité », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse conjointe avec le président français Nicolas Sarkozy. « La recapitalisation des banques uniquement ne sert à rien, il faut une solution à long terme réaliste pour la Grèce. Tous ces points sont liés », a-t-elle ajouté. La recapitalisation bancaire, la dette grecque, l'optimisation du fonds européen de sauvetage, il s'agit de « trois volets d'un même paquet global » destiné à « rassurer le reste du monde sur notre détermination à protéger la stabilité de la zone euro », selon le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, confiant qu'un accord global sera marqué « mercredi ». Et pour y parvenir, une entente entre Paris et Berlin est « nécessaire mais ne suffit pas ».
« Les travaux avancent bien sur les banques, sur le fonds européen de stabilité financière (FESF) et les possibilités d'utilisation de ce fonds, les hypothèses se resserrent et un assez large accord est en train de se dessiner, et sur la question de la Grèce les choses progressent », a précisé M. Sarkozy. Et de souligner: « Nous avons à gérer les conséquences de ceux qui ont fait rentrer un certain nombre de pays qui n'étaient pas prêts dans la zone euro, et qui ont relâché la discipline sur le Pacte de stabilité et de croissance ». Le Premier ministre polonais Donald Tusk a « le sentiment que la crise dans la zone d'euro a atteint un tempo et une dimension inquiétants, ce qui nécessite un tempo adéquat d'action de la part de l'UE ». Avec la crise, les économies de l'Eurozone et du Royaume-Uni sont sur des charbons ardents, a déploré son homologue britannique David Cameron. Nous n'avons pas l'intention d'adopter l'euro « mais nous avons besoin d'une Eurozone forte et saine », a-t-il ajouté.
Recapitalisation bancaire. Les turbulences financières observées depuis le précédent sommet de l'Eurozone ont dégradé la situation sur les marchés de la dette des pays en difficulté. Par ricochet, les détenteurs de dette fortement exposés à cet endettement public ont vu leur situation financière fragilisée. Le cas le plus emblématique concerne la plongée en bourse des valeurs bancaires françaises exposées à la dette grecque et italienne. Sous la pression internationale du FMI et notamment des États-Unis, les Européens ont fini par reconnaître la nécessité d'accroître les efforts déjà entrepris en matière de recapitalisation du secteur bancaire.
Il faut « un régime coordonné » pour recapitaliser les banques, a souligné M. Van Rompuy. Les Vingt-sept accueillent favorablement « les progrès » qu'a enregistrés, à vingt-sept, le Conseil Écofin en vue d'un renforcement de la solidité de la cinquantaine de banques européennes d'importance systémique. Selon eux, « les mesures constitueront un composant essentiel du paquet global dont les autres éléments feront l'objet d'un accord lors du Sommet de l'Eurozone du 26 octobre ». « Ces décisions n'auront de sens que dans le contexte des autres décisions qui doivent être adoptées en partie lors du Sommet de la zone euro », a considéré le ministre polonais des Finances Jacek Rostowski. Selon lui, toutes ces décisions devront réussir à mettre en place un « pare-feu qui devrait bloquer la dissémination du virus de la Grèce aux autres États ».
Après dix heures d'intenses négociations, les ministres des Finances auraient marqué un accord sur une méthodologie à deux options: l'une fixant à 9% du ratio le noyau de fonds propres après comptabilisation des obligations souveraines à la valeur de marché, l'autre fixant à 9,5% le même ratio. Les pays du sud de l'Europe ont critiqué cette méthodologie qui, schématiquement, tendrait à privilégier les banques du nord, principales détentrices de titres de dette allemands.
Mme Merkel a confirmé que la procédure de recapitalisation suivra la séquence suivante: les banques concernées devront d'abord lever des fonds sur les marchés ou céder des actifs. Si nécessaire, elles pourront faire appel aux dispositifs publics nationaux. En dernier recours et sous condition, le fonds européen de sauvetage sera mobilisé. « Il faut que les épargnants ne perdent pas d'argent, que les clients des banques aient confiance en elles, et que l'économie ait les crédits nécessaires pour fonctionner et retrouver le chemin de la croissance », a dit M. Sarkozy sur la question bancaire. « Nous allons anticiper les règles (bancaires) prudentielles pour que, dès 2012, ces règles puissent s'appliquer à nos banques », a-t-il ajouté. Rappelant que la recapitalisation bancaire concerne « l'ensemble des 27 États membres », M. Cameron a estimé que des progrès ultérieurs étaient encore nécessaires.
Grèce. Dans la nuit de vendredi à samedi, l'Eurogroupe a évalué les rapports sur la situation économique et budgétaire de la Grèce et sur la soutenabilité de sa dette publique que la 'troïka' (Commission européenne, FMI, BCE) a élaborés dans le cadre de sa mission de suivi à Athènes. « Nous avons marqué notre accord sur le versement de la prochaine tranche d'assistance financière à la Grèce », déclarent les ministres des Finances de la zone euro dans un communiqué. Le versement devrait avoir lieu « dans la première quinzaine de novembre », sous réserve de l'approbation du FMI. Cette décision représente « une étape positive qui suit l'adoption (jeudi, NDLR) des nouvelles mesures pour le parlement grec qui garantiront le respect des objectifs budgétaires pour 2012 », a estimé le ministre grec des Finances Evángelos Venizélos. Selon lui, ces mesures constituent la base pour la mise au point du « nouveau programme » d'ajustement économique grec qui assurera la viabilité à long terme de la dette grecque.
Pour autant, même si l'effort de consolidation budgétaire grec est « substantiel » (7% depuis mai 2010), l'Eurogroupe constate que les défis que les Grecs doivent continuer à affronter demeurent « étendus ». La situation macro-économique s'est « détériorée » depuis la dernière mission d'évaluation (récession de 5,5% en 2011). Les ministres appellent les autorités grecques à faire de nouveaux progrès en matière de « réformes structurelles et de privatisations ». La mise en œuvre de ces deux volets du programme grec ont en effet pris du retard, une situation qui irrite les bailleurs de fonds internationaux. Et l'Eurogroupe de conclure en confirmant qu'un deuxième sauvetage verra le jour « avec une combinaison appropriée d'un soutien public additionnel et une participation du secteur privé ».
PSI. La grave récession en Grèce, conjuguée à une dégradation ultérieure de la valeur des obligations helléniques, contraint les Dix-sept à réviser les modalités du 2ème plan de sauvetage grec formulé en juillet (EUROPE n°10424). Celui-ci prévoyait une aide publique (110 milliards d'euros), une participation nette et 'volontaire' du secteur privé (37 milliards) sur la période 2011-2014. Évaluée à 21% en juillet, la décote opérée sur les titres grecs sera cette fois supérieure, le chiffre de 50% tenant la corde. Selon la troïka, une décote de 50% des titres grecs est en effet nécessaire pour ramener la dette grecque à un niveau de 120% du PIB national. Évalué à plus de 350 milliards d'euros, l'endettement du pays a dépassé cette année 160% du PIB. Remettre la dette grecque sur une trajectoire durable est un exercice périlleux dans la mesure où la contribution du secteur privé doit demeurer volontaire afin d'éviter un défaut du pays.
« Les négociations avec les banques viennent de débuter. Nous les menons en vue d'un résultat solide qui montre que la situation de la Grèce est saine à long-terme », a indiqué Mme Merkel.
EFSF. Afin d'éviter la contagion de la crise de la dette à des pays au cœur de l'Eurozone, les Dix-sept réfléchissent au moyen d'optimiser la force de frappe du fonds européen de sauvetage sans augmenter le niveau de leurs garanties nationales. Déjà mobilisée pour venir en aide à l'Irlande et au Portugal, la Facilité intergouvernementale EFSF possède une capacité effective de prêt de 440 milliards d'euros. Elle est désormais en mesure de racheter, sous condition, des titres de dette directement à des pays émetteurs et sur les marchés secondaires. Elle peut aussi aider un pays, ne faisant pas l'objet d'un programme international, à stabiliser son système bancaire. Mais le fonds n'a pas les moyens de secourir l'Italie ou l'Espagne.
« Sept options » étaient sur la table, a indiqué samedi la ministre autrichienne des Finances Maria Fekter. « Deux modèles » sont désormais envisagés: « aucun de ces deux modèles n'englobe la Banque centrale européenne », a-t-elle souligné. La France aurait abandonné l'idée de créer un lien entre l'EFSF et la BCE qui attribuerait au fonds un accès illimité aux liquidités de la Banque. L'Allemagne est opposée à cette solution qui, selon elle, enfreint les traités qui gravent dans le marbre l'indépendance de la BCE. Elle souhaite que le fonds européen fournisse des garanties sur une partie des obligations souveraines les plus risquées.
Une implication accrue du Fonds monétaire international est également à l'étude. Selon le quotidien français Les Échos, une entité spécifique, créée sous l'égide du FMI et alimentée par des États qui le souhaitent, épaulerait le FESF dans ses efforts de stabilisation de la zone euro. Dans la partie de leurs conclusions relative au Sommet du G20 à Cannes dans dix jours, les Vingt-sept sont justement d'avis que le FMI devrait être doté des « ressources adéquates pour assumer ses responsabilités systémiques » auxquelles contribueraient les pays à la balance commerciale large excédentaire. Interrogé sur l'hypothèse d'une aide venant des pays émergents, M. Barroso a spécialement fait référence à cette phrase.
Stratégie de croissance. Engluée dans la crise de la dette souveraine, l'Europe a besoin de croissance pour prouver aux investisseurs qu'elle a les moyens d'affronter ses défis budgétaires. Sont concernés au premier chef les pays qui, comme l'Italie, sont en manque de compétitivité et ont vu les coûts du refinancement de leur dette augmenter. Les Européens mettent clairement la pression sur Rome afin que les autorités italiennes accélèrent la mise en œuvre de leur programme d'austérité et réforment structurellement l'économie du pays (voir autre nouvelle).
« Stimuler la croissance est essentiel », a considéré M. Van Rompuy. Pour la chancelière allemande Angela Merkel, « la stabilité de l'euro est étroitement liée à la façon dont l'Europe peut stimuler la croissance et l'emploi ». M. Sarkozy a estimé que l'Irlande, qui était au bord de la faillite en 2008, est un pays sortant progressivement de la crise. Grâce aux efforts du gouvernement portugais, les choses au Portugal vont dans la bonne direction, a-t-il affirmé. S'agissant de l'Espagne, grâce aux efforts du gouvernement de M. Zapatero, l'Espagne n'est plus en première ligne. M. Cameron a insisté sur la nécessité que les décisions à venir sur le renforcement de la convergence économique respectent « l'intégrité » du marché unique.
M. Barroso a présenté aux Vingt-sept la vision de la Commission sur « les sources européennes de croissance », au premier rang desquelles l'achèvement du marché intérieur. « Nous pouvons et devons faire davantage. Faute de quoi, nous risquons de perdre en compétitivité », a-t-il exhorté, en mettant en garde contre le risque d'« une décennie perdue » en Europe. La Commission recommande d'exploiter le potentiel du marché unique numérique et du commerce international, d'aider les PME au moyen du capital-risque et d'optimiser la contribution des fonds structurels européens. D'ici au Conseil européen de décembre, elle présentera une liste de propositions à traiter de manière accélérée. (MB avec AN/CG/MD/LC/FG/JK/DDstage)