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Bulletin Quotidien Europe N° 10457
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les colosses mondiaux émergents ont besoin de la bonne santé de l'euro

Ils souhaitent tous que la zone euro fonctionne. L'UE devrait considérer comme positive la préoccupation internationale pour le moment difficile que traverse l'euro. Depuis le début de la semaine, cette rubrique souligne que le monde entier a découvert à quel point il est important pour tous que l'UE fonctionne et que l'euro résiste. Ils ont besoin de l'Europe et ils le reconnaissent. Les pays émergents, connus sous le sigle BRICS (Brésil, Russie, Inde, plus la Chine et l'Afrique du Sud qui représentent des cas spécifiques évoqués dans les deux éditos précédents), le reconnaissent dans leurs prises de position, sinon toujours dans les faits.

Le cas brésilien. Le Brésil a dans ce contexte une situation particulière. Je ne me réfère pas au Brésil en tant que membre du Mercosur, mais en tant que pays individuel. Les lecteurs de cette rubrique savent que je n'ai jamais cru au projet global de zone de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, entité artificielle qui peut avoir une signification de principe en tant qu'emblème d'unité et de solidarité en Amérique du Sud, mais n'a pas une identité réelle vers l'extérieur. Le Mercosur continue à faire semblant de négocier avec l'UE une mythique zone de libre-échange, alors que des barrières douanières subsistent entre les pays qui en sont membres ou qui entrent ou sortent selon les circonstances. Laissons donc de côté la rhétorique, qui évidemment a ses défenseurs même au sein de la Commission européenne et du Parlement européen, car ils continuent à faire semblant de croire à la zone de libre-échange globale. Ce qui est sérieux est la perspective de coopération UE/Brésil couvrant à la fois le domaine politique, institutionnel et le monde des affaires. Ce double aspect caractérise d'ailleurs la rencontre à haut niveau qui se déroulera le 4 octobre à Bruxelles: l'« EU-Brazil Business Summit », cinquième du genre, qui permettra aux organisations professionnelles des deux parties d'échanger leurs vues sur des domaines de coopération (énergie, changement climatique, investissements, innovation, commerce, services financiers) ; il sera suivi par le Sommet politique, avec la participation de la présidente du Brésil Dilma Rousseff et des présidents du Conseil européen Herman Van Rompuy et de la Commission européenne José Manuel Barroso. Les perspectives de coopération bilatérale sont réelles.

Appui politique, pas davantage. Il ne faut pas s'attendre à des actions opérationnelles des pays du BRICS en tant qu'ensemble qui aillent au-delà des déclarations de principe (comme celle du 13 septembre sur la possibilité de leur part d'acheter des « Bons du Trésor » de la zone euro). Seule la Chine agit concrètement en ce sens ; elle est même entrée dans le capital d'installations portuaires grecques. L'Afrique du Sud a indiqué qu'elle ne dispose pas de réserves monétaires lui permettant d'intervenir, et elle négocie pour son compte ses relations avec l'UE. La Russie a laissé comprendre que sa disponibilité éventuelle à acheter des titres de pays de la zone euro se réfère à ceux qui disposent de la notation «triple A», avec une préférence pour les titres allemands ; ce n'est pas tellement utile. Les relations UE-Russie sont considérées par les deux parties comme essentielles, mais la conclusion du nouvel accord de partenariat et de coopération rencontre encore bien des difficultés, que ce soit à propos du domaine de l'énergie, de l'adhésion russe à l'OMC ou de la liberté de la presse. Le Brésil a indiqué sa disponibilité à participer à des opérations intensifiées du Fonds monétaire international (FMI) plutôt qu'à des achats directs de Bons du Trésor de la zone euro.

On le voit, l'appui des BRICS à l'euro est un geste politique davantage qu'une disponibilité à des interventions opérationnelles. Il est significatif car il confirme que le monde a besoin que l'UE en général et la zone euro en particulier surmontent leurs difficultés.

Le tournant de la Turquie. Le véritable tournant est plutôt représenté par le fait qu'un nouveau pays est mûr pour être considéré comme un membre des BRICS: la Turquie ! Ce pays est en train de s'affirmer au niveau mondial, il est devenu un élément essentiel des transformations dans la zone méditerranéenne, il vient de prendre des positions vigoureuses, pour ne pas dire conflictuelles, avec un pays membre de l'UE (Chypre). La Turquie garde, pour la façade, sa candidature à l'adhésion, mais son président Abdullah Gül vient de déclarer: « Nous accepterons de ne pas être un pays membre de l'UE si le peuple d'un seul pays européen s'y oppose.» Or, il est bien connu que les États membres opposés à l'adhésion sont nombreux, M. Sarkozy le déclare ouvertement. La Turquie ne retire pas formellement sa demande d'adhésion, car elle entend négocier attentivement le régime alternatif (qui pose des problèmes économiques et techniques considérables), mais son comportement indique clairement la volonté de jouer un rôle mondial autonome, ce que sa position et son développement justifient amplement. La Turquie a sa place théorique parmi les BRICS et n'est plus un véritable candidat à l'adhésion à l'UE. Cette rubrique y reviendra.

(FR)

 

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