Bruxelles, 02/09/2011 (Agence Europe) - Qualifiée de « conférence historique » par José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, la réunion des « amis de la Libye » qui s'est tenue jeudi 1er septembre (date symbolique, 40 ans après le coup d'État du colonel Kadhafi) à Paris et a rassemblé près de 60 délégations d'États et d'organisation internationales, a surtout permis de débloquer immédiatement pas moins de 15 milliards de dollars d'avoirs gelés de l'ancien régime, a annoncé le président français Nicolas Sarkozy. « Nous nous sommes tous engagés à débloquer l'argent de la Libye d'hier pour financer le développement de la Libye d'aujourd'hui », a-t-il ajouté, rapporte l'AFP. La seconde annonce de valeur est celle de la poursuite de l'opération militaire de l'OTAN tant que le colonel Kadhafi et les dernières composantes de son régime constitueront une menace pour la population civile, ont affirmé conjointement le président Sarkozy et le secrétaire général de l'Alliance Anders Fogh Rasmussen. Le sort de Mouammar Kadhafi a également été évoqué. Capturé, il pourrait être jugé soit par la Cour pénale internationale, soit en Libye. La décision reviendrait au nouveau gouvernement libyen.
Comment reconstruire rapidement un pays ravagé par la guerre et quel rôle devrait y jouer la communauté internationale ? Telles ont été les deux questions au cœur des débats. « Notre objectif est de soutenir une transition démocratique et aider à faire revenir la nouvelle Libye au sein de la communauté internationale », a déclaré Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. Après la conférence, Ban Ki- moon, secrétaire général des Nations unies, a identifié trois principes sur lesquels devrait se baser l'aide internationale à la Libye. Cette aide devrait être en priorité choisie et approuvée par les Libyens eux-mêmes. Ensuite, elle devrait être rapide et coordonnée d'une manière efficace. Il a également proposé l'envoi rapide d'une mission de l'ONU, dont les effectifs et le cadre juridique restent à déterminer. Quant au rôle de l'UE, il n'a pas été évoqué directement dans les communiqués et les conférences de presse qui ont suivi la réunion, malgré la présence du trio européen, Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, Catherine Ashton, Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et José Manuel Barroso, président de la Commission. Mais, après le début de la levée de certaines sanctions et mesures restrictives à l'encontre de la Libye, plusieurs projets commencent à se dessiner.
À la veille de la conférence de Paris, l'UE a envoyé une mission à Tripoli afin de préparer la prochaine ouverture d'une délégation européenne et pour « fournir un soutien au peuple libyen durant la période de transition », a affirmé Catherine Ashton, mercredi 31 août (EUROPE nº10443). Dirigée par l'Italien Agostino Miozzo, directeur général du département « réponses aux crises » du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), la mission est composée de quatre hauts fonctionnaires et diplomates et vise essentiellement à coordonner l'action de l'UE et des États membres, afin d'établir une coopération étroite avec le Conseil national de transition (CNT), qui a récemment établi son gouvernement provisoire dans la capitale. Après s'être entretenu avec des diplomates hongrois, chypriotes, français et britanniques, M. Miozzo a déclaré, dans une interview accordée à la chaîne Euronews, que sa priorité est « d'éviter de faire les choses en double, pour éviter le superflu en ces temps difficiles de réorganisation, de nouveau départ pour la Libye et de sa vie démocratique ». Durant une conférence de presse, jeudi 1er septembre, Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, a rappelé que la stratégie de l'UE envers la Libye est composée de quatre axes: garantir l'aide humanitaire, la sécurité à la population civile, des réformes des structures économiques et politiques. Elle a également assuré que « l'UE restera un partenaire fort et engagé auprès du peuple libyen et continuera d'examiner toutes les mesures possibles pour soutenir la Libye ».
Après la décision de débloquer les avoirs de « 28 entités économiques libyennes » (EUROPE nº10443), l'UE s'active pour proposer une approche cohérente et surtout se faire une place dans un dossier où elle était peu présente auparavant. Le SEAE s'apprête maintenant à participer à la réforme du secteur de sécurité en fournissant un cadre de formation pour les forces de police, en aidant à la mise en place d'un programme de récupération d'armes et en assistant à la sécurisation des frontières, a indiqué la Haute représentante de l'UE. Peu de détails sont à ce jour disponibles quant à savoir comment cette mission se concrétisera, en sachant qu'il n'a pas été prévu d'envoyer des représentants militaires. Une équipe européenne a déjà été envoyée la semaine dernière pour évaluer la situation sur place. Une autre question qui reste sans réponse est celle de savoir comment sera assurée la coordination avec l'OTAN, qui se montre prête à envisager une nouvelle mission dans le cadre de la réforme du secteur de sécurité et de défense après la chute du régime de Kadhafi. Une approche commune de l'UE devra aussi faire face aux multiples intérêts nationaux que les États membres voudront défendre. Même si le conflit n'est pas encore terminé, les dernières zones de tension étant situées aux alentours de la ville natale de Kadhafi (Syrte), les bénéfices commerciaux qu'engendrera la Libye post-Kadhafi font déjà naître des rivalités grandissantes. L'affirmation du ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini que « l'Italie restera un partenaire privilégié de Tripoli (alors) ne venez pas chasser dans notre réserve », n'en est malheureusement qu'un maigre aperçu. (J.K.)