Le rôle de l'Agence Europe est reconnu. C'est à notre Agence que l' « Institut d'études fédéralistes Altiero Spinelli » a attribué son prix 2010 pour les services journalistiques sur l'unification politique européenne, par une cérémonie qui s'est déroulée dimanche dernier à Ventotene, la petite île méditerranéenne où M. Spinelli, emprisonné à l'époque par le régime fasciste, avait rédigé son célèbre Manifeste préconisant la création d'une Fédération européenne. Je n'entends pas ici insister ni sur la portée de l'action d'Altiero Spinelli ni sur le rôle de l'Agence Europe pour la compréhension de cette aventure qui a changé la face du monde. C'est le message de confiance délivré par les orateurs de Ventotene qui m'a frappé.
Un message de confiance. La cérémonie du prix se situait dans le cadre d'un séminaire de six jours sur le fédéralisme, avec la participation d'un groupe de jeunes universitaires. Ce que j'entends souligner, c'est le message de confiance, c'est la vigueur par laquelle les orateurs du débat consacré à la Déclaration Schuman ont réagi à la mode actuelle du découragement. Lucio Levi, président du Mouvement fédéraliste européen, a souligné à quel point les objectifs prioritaires des pères de l'Europe ont déjà été atteints. La réconciliation entre les peuples qui s'étaient déchirés dans la guerre la plus cruelle et inexorable de l'histoire, la suppression des contrôles aux frontières, les institutions supranationales, un Parlement européen élu et doté de pouvoirs véritables, la monnaie unique: tout ceci existe, alors que, dans le monde, les conflits se poursuivent. Certes, des lacunes importantes subsistent, et M. Levi a indiqué les avancées, à son avis, indispensables; mais il estime que la Fédération européenne est déjà en partie une réalité.
Après quoi, le parlementaire européen Gianluca Susta a défini la phase actuelle comme le moment de l'espoir, en indiquant non seulement les déceptions (qui ne manquent pas) mais aussi les possibilités qui se sont ouvertes dans le domaine des relations extérieures, par le service diplomatique européen, ainsi que dans le domaine de l'économie par la naissance, encore embryonnaire mais acquise, de la gouvernance économique commune. Et il a également souligné à quel point l'Europe est à l'avant-garde à propos du climat: on aimerait bien, a-t-il dit, que M. Obama adopte à ce sujet des positions analogues à celles de l'Europe.
L'autre orateur, Pier Virgilio Dastoli, collaborateur direct d'Altiero Spinelli aussi bien à la Commission européenne qu'au Parlement de Strasbourg, a logiquement regretté que les projets lancés par le grand visionnaire n'aient pas abouti à l'époque ; mais il a souligné que les 60% des résultats ou des projets actuels reprennent en définitive ce que M. Spinelli avait préconisé et préparé.
Ces messages transmis aux jeunes dans la petite île où Altiero Spinelli emprisonné avait conçu son manifeste européen me confortent dans la conviction que la construction européenne, loin de traverser une période de stagnation et de crise, est en train de préparer sa relance même dans des domaines où toutes les tentatives précédentes avaient échoué, comme la gouvernance économique, la politique étrangère et la défense. L'accord qui vient d'intervenir à propos de la supervision financière (voir les pages suivantes de ce bulletin) est une étape significative. Et plusieurs symptômes indiquent que le secteur de l'énergie pourrait prochainement s'ajouter aux évolutions en cours.
Retour à la méthode intergouvernementale? Je n'ignore pas la crainte que l'UE soit en train de glisser progressivement vers une gestion intergouvernementale, au détriment de la méthode communautaire. Le poids accru du Conseil européen en serait un symptôme. Certes, le risque existe et la surveillance s'impose. Mais il ne faut pas oublier que le Conseil européen est enfin une institution communautaire, et qu'il a un président stable qui n'est pas un chef de gouvernement national. Ainsi, les détenteurs du pouvoir réel dans les États membres n'échappent plus à la méthode communautaire. Je crois que cette évolution doit être considérée en elle-même comme positive. Elle comporte des risques, que Martin Schulz a efficacement indiqués (voir notre bulletin d'hier). Mais ils peuvent être maîtrisés, grâce au rôle croissant du Parlement européen (qui est en train d'assumer efficacement et avec panache ses pouvoirs renforcés et sa responsabilité accrue) et à la définition progressive de la coopération entre le président de la Commission et le président du Conseil européen. Ils sont l'un et l'autre ressortissants de petits États membres, et ils sont sans doute soucieux de sauvegarder la méthode communautaire. Les « grands pays » sont tentés de faire peser leur dimension, mais ils sont de plus en plus conscients que leur poids dans le monde dépend désormais de leur capacité à s'exprimer au nom de l'Europe plutôt qu'à titre national ; et ils aspirent à le faire autant que possible. Si les autres institutions fonctionnent, la méthode communautaire sera sauvegardée. (F.R.)