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Bulletin Quotidien Europe N° 10165
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

En vue du G20 de Toronto: ce que l'Europe peut faire à elle seule, ce qui n'est possible que dans le cadre d'une coopération mondiale

Les domaines de l'autonomie. L'UE a sensiblement progressé en direction de sa gouvernance économique et de sa nouvelle discipline des activités financières. Mais si pour certains aspects elle est autonome, pour d'autres elle ne peut pas avancer toute seule. Pour le volet autonome, le Conseil européen a déjà indiqué des échéances: début de 2011 pour que les instruments de la nouvelle surveillance soient opérationnels ; avant l'été (c'est-à-dire tout de suite) pour les règles applicables aux gestionnaires des fonds d'investissement alternatifs ; sans tarder, pour la prise en considération de la proposition de la Commission sur le contrôle des agences de notation. En outre, le projet de la Commission sur les ventes à découvert est attendu avec intérêt. Ces points sont importants et la volonté d'en délibérer rapidement est significative ; toutefois, un calendrier ne signifie pas encore un accord sur le fond ; certaines divergences subsistent, par exemple concernant les ventes à découvert, et, selon certains commentateurs, le programme de l'UE vient trop tard et ne va pas assez loin. Mais le calendrier, c'est déjà la volonté d'agir. Pour plusieurs aspects, comme les systèmes de surveillance, le moment des décisions approche. D'autres questions demeurent ouvertes, notamment les sanctions pour infraction au Pacte de stabilité ; le Conseil européen les a laissées de côté, en attendant les conclusions de la Task Force de M. Van Rompuy. Mais ce seront des décisions internes.

Le volet « coopération mondiale». Pour d'autres aspects, en revanche, la coordination internationale est indispensable, et le Conseil européen s'est limité à anticiper les positions que l'UE défendra en fin de semaine au G 20 de Toronto. L'UE jouera en particulier « un rôle de premier plan » dans la définition d'une « stratégie à l'échelle de la planète visant à l'instauration de systèmes de prélèvements et de taxes sur les établissements financiers » (seule la République Tchèque n'a pas voulu s'engager). Elle invitera le G 20 à « réfléchir à l'introduction d'une taxe mondiale sur les transactions financières » avec l'intention de « faire avancer les travaux dans ce domaine ». Le caractère vague de cette dernière phrase sous-entend des réticences à l'intérieur même de l'UE ; les chefs d'État ou de gouvernement se sont en principe engagés en faveur de cette taxe, mais certains n'y croient pas. L'Europe est en revanche unanime à préconiser « une stratégie coordonnée et différenciée» pour mettre fin aux « mesures extraordinaires de relance budgétaire» et elle demande que soit ouvert le dossier relatif à la révision du système des quotes-parts au sein du FMI.

Un accord à Toronto sur tous ces points ne sera pas facile, car les priorités diffèrent. Barack Obama a lancé deux messages essentiels: la Chine doit réévaluer sa monnaie et l'Europe doit relancer sa croissance. Pour le président des États-Unis, la croissance économique est la priorité; si tous freinent en même temps, elle est étouffée et le chômage augmente ; l'assainissement budgétaire doit donc être flexible. Les États-Unis recherchent la possibilité d'exporter davantage pour réduire leur déficit de la balance commerciale.

La Chine a répondu en annonçant une certaine souplesse de sa politique de change, donc la possibilité d'une réévaluation de sa monnaie, mais on ne sait pas combien ni quand ; les promesses sont vagues et certaines réactions satisfaites paraissent trop optimistes. On verra bien. De son côté, l'Allemagne devrait relancer les importations, donc la consommation interne, ce qui ne semble pas correspondre pour le moment aux orientations de Berlin. Si on veut des résultats à Toronto, chacun devra faire preuve de flexibilité.

Priorités différentes. La question du taux de change euro/dollar n'a été reprise formellement ni par M. Obama ni par le Conseil européen, mais on sait que les États-Unis critiquent la baisse de l'euro (elle facilite les exportations européennes et rend plus difficiles les leurs), alors qu'en Europe, on estime que l'euro était auparavant surévalué. Malgré ces divergences, l'Europe et les États-Unis sont assez proches dans l'orientation visant à mieux contrôler et maîtriser les comportements du monde de la finance, ayant été les principales victimes des abus et du manque de règles. Mais d'autres pays membres du G 20 y sont moins sensibles ; les pays émergents, n'ayant pas autant souffert de la situation, visent plutôt la consolidation et le renforcement de leurs organismes bancaires, et n'envisagent pas de les soumettre à des prélèvements ou taxes ; on annonce que le Brésil, l'Inde et même le Japon ne le feront pas.

Il ne faut pas dramatiser ces divergences, car il est normal qu'à quelques jours de la réunion chaque partie s'efforce d'améliorer sa position de négociation. Mais il ne faut pas s'attendre à des miracles à Toronto. L'UE doit pour l'essentiel rester fidèle aux conclusions du Conseil européen. La démarche franco-allemande (voir les pages suivantes) pourrait se justifier par le fait qu'à Toronto les États membres participent au G 20 à titre individuel, et que Mme Merkel et M. Sarkozy ont évoqué notamment des sujets sur lesquels le Conseil européen n'a pas délibéré. Il y a encore du chemin avant que l'UE parle d'une seule voix… (F.R.)

 

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