*** FLORA GOUDAPPEL: The Effects of EU Citizenship. Economic, Social and Political Rights in a Time of Constitutional Change. T. M. C. Asser Press (Cambridge University Press, The Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 315052 - Internet: http://www.asserpress.nl et http://www.cambridge.org ). 2010, 225 p., 50 £. ISBN 978-90-6704-278-9.
La problématique de la citoyenneté reste d'une actualité brûlante en Europe, notamment à la lumière de la décision de Budapest d'accorder la citoyenneté aux personnes d'origine hongroise qui vivent en dehors des frontières de l'actuel État hongrois. La citoyenneté européenne est venue ajouter, dans ce contexte où les concepts de citoyenneté et de nationalité déjà s'entrechoquent, un élément de complexité supplémentaire. D'où l'heureuse initiative prise par Flora Goudappel, professeur associé de droit européen à l'Erasmus School of Law de Rotterdam, de faire le point sur cette innovation du Traité de Maastricht qui n'a fait, depuis lors, que prospérer, notamment grâce à la jurisprudence de la Cour européenne de justice.
La citoyenneté européenne offre-t-elle quelque chose d'additionnel à la citoyenneté nationale ou dévalue-t-elle la citoyenneté nationale traditionnelle ? Peut-on dire que la citoyenneté européenne équivaut à la citoyenneté nationale avec des droits additionnels ? L'introduction de cette nouvelle citoyenneté dans le système européen a-t-elle donné une nouvelle impulsion à la libre-circulation et aux possibilités s'offrant aux citoyens des États membres ou a-t-elle fait le lit d'inégalités entre ces citoyens ? Quelle sera enfin l'influence du Traité de Lisbonne en la matière ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles l'auteur apporte des réponses précises et circonstanciées en s'appuyant, pour poser ses diagnostics, sur l'approche tripartite développée au milieu du siècle dernier par T. H. Marshall dans son ouvrage « Citizenship and Social Class » (Cambridge, 1950). À la lumière de la montée en puissance de la citoyenneté dans l'Angleterre des XIXe et début de XXe siècle, cet auteur avait alors observé que les droits civiques ont été les premiers à s'imposer, débouchant ensuite sur les droits politiques, ceux-ci conduisant à leur tour aux droits sociaux, l'ensemble de ces droits nourrissant la citoyenneté. Pour Flora Goudappel, si la même cascade logique de développements n'a pas été pleinement respectée dans le cadre de l'Union, il n'en demeure pas moins que ces « trois types de droits étaient présents, au moins partiellement, dès les premiers jours » du processus de l'intégration européenne, même s'ils se sont développés à des vitesses différentes. La méthode reste donc pleinement pertinente pour jauger le contenu et le champ de la citoyenneté européenne dans les faits. L'auteur y ajoute toutefois d'autres clefs de lecture en s'intéressant aussi à la situation des ressortissants de pays tiers vivant légalement dans un pays de l'Union, ainsi qu'aux effets que le développement progressif de l'Espace de liberté, sécurité et justice, sans parler de la lutte contre le terrorisme, a entraîné pour la citoyenneté, que celle-ci soit nationale ou européenne.
Cette investigation très fouillée amène l'auteur à poser quelques constats qui, de prime abord, intriguent. Ainsi, les citoyens européens ayant fait le choix de la sédentarité sont les plus mal lotis. D'une part, leurs droits politiques auraient été amoindris du fait des compétences déléguées au niveau européen car le Parlement européen ne dispose pas des mêmes prérogatives qu'un parlement national, l'action du Conseil des ministres et, grâce au Traité de Lisbonne, l'invitation faite aux parlements nationaux d'entrer dans l'arène européenne permettant toutefois de limiter ce « déficit démocratique ». De même, sur le plan des libertés individuelles, ils n'ont rien vraiment gagné avec les actions développées par l'Union dans le cadre de la justice et des affaires intérieures, la lutte contre le terrorisme s'avérant la plus problématique sous cet angle. En réalité, les sédentaires n'auraient bénéficié de la citoyenneté européenne qu'en matière de droits sociaux, notamment sous l'angle de l'égalité entre les femmes et les hommes. Mais même en ce domaine, ils sont lésés par rapport aux citoyens européens ayant fait le choix de la mobilité et qui, à ce titre, bénéficient de droits additionnels grâce à l'interprétation extensive que fait la Cour de justice des droits figurant dans les traités. En conclusion, les droits liés à la citoyenneté ont été étendus grâce à l'influence européenne, mais seuls les citoyens vivant dans un autre État membre que le leur sont en mesure d'en jouir pleinement.
Pierre Bouvier
*** MARTIN RODAN: Notre culture européenne, cette inconnue. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 363 p., 63,50 €. ISBN 978-3-0343-0028-5.
Si, cet été, vous refusez de bronzer idiot, cet ouvrage devrait impérativement se trouver dans vos bagages au moment du départ. Il conte l'histoire d'un homme qui, quémandeur d'un passeport européen, doit prouver ses connaissances sur la culture du vieux continent. Ses « conseillers » avec lesquels il dialogue au fil des pages - il y a Clarus, l'encyclopédie, et Golem, l'ordinateur, mais aussi Frigo, le réfrigérateur, Diapo, le projecteur, et même Ahuva, la poupée gonflable - lui assurent qu'il faut posséder un savoir immense pour comprendre la culture européenne. Il prend le pari de parvenir à les convaincre que connaître une poignée de ses géni(es)teurs, d'Homère et de Moïse jusqu'au philosophe allemand Constantin Brunner le siècle dernier, suffit pour en comprendre l'essence. La raison en est simple: « (…) tellement anciens sont nos contemporains et tellement de modernes nous sont plus éloignés que les néandertaliens de Darwin. Ou bien, oserez-vous affirmer qu'un Hitler ou un Staline nous sont plus proches que Socrate ou Jésus ? Si oui, nous sommes plus séparés de la source de l'humain que les hommes de toutes les générations précédentes… ». Né dans un bourg slovaque qui lui a donné son prénom, l'auteur enseigne actuellement au Collège Hadassah et à l'Université Hébraïque de Jérusalem après avoir étudié la littérature française, les études classiques et la philosophie. C'est à une odyssée dans les fondements culturels de l'Europe qu'il convie, lui qui embrasse tour à tour, avec une infinie érudition, la Culture homérique (Homère, les Dieux Olympiens, les arts plastiques « ou la beauté extérieure », les poètes et « la beauté intérieure », les présocratiques « ou la beauté abstraite », Socrate, Aristote et Alexandre, la civilisation romaine), la Culture mosaïque (Moïse, les prophètes bibliques, Jésus, la civilisation médiévale) et la Culture européenne (la Renaissance, Spinoza « et l'âge de la raison », le romantisme et le réalisme, le siècle des génocides, « le grand inconnu Constantin Brunner » et la civilisation mondiale qui est la nôtre). Pourquoi ce périple ? Pour une raison simple: « Les Occidentaux ont cette tendance de rapporter le parfait dans un passé plus-que-parfait dont les souffrances sont déjà oubliées ou de le faire progresser vers un futur simple dont les maux ne sont pas encore connus. Mais au fond de nous chacun sait que le présent ne peut se dérouler que dans l'imparfait. Pour saisir la culture européenne, il est donc vital de connaître son passé, même si c'est un passé composé »… Le style, parfois, irritera car les pages sont truffées de formules audacieuses telles que: « L'Europe est divisée par autant de pays (dont chacun garde son paysage, mais dont aucun est un pays sage) que de périodes, dont aucune ne fut harmonieuse. Notre vieux continent se conduit souvent comme un jeune incontinent ». De même, certains répugneront à suivre en toutes circonstances le guide dans toutes ses appréciations. Mais il n'empêche, ce livre inclassable et hors du commun interpellera et enrichira au moins autant qu'il n'irritera !
(MT)
*** JAAN MIKK, MARIKA VEISSON, PIRET LUIK (sous la dir. de): Teenagers in Estonia: Values and Behaviour. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Estonian Studies in Education », n° 1. 2009, 191 p., 37,20 €. ISBN 978-3-631-59695-1.
Œuvre d'universitaires spécialisés dans le domaine de l'éducation, cet ouvrage est consacré à une étude en profondeur des valeurs qui animent les étudiants en Estonie et qui influent, par conséquent, sur leurs comportements, que ce soit en matière de consommation de drogues, d'usage de la violence et de brimades ou de relations sexuelles précoces. D'autres contributions s'intéressent à l'emploi du temps des ados et à leurs émotions académiques. Le tout compose un livre qui s'adresse évidemment aux seuls spécialistes du domaine de l'éducation.
(PBo)
*** ROSSELLA RAGAZZI: Walking on Uneven Paths. The Transcultural Experience of Children entering Europe in the Years 2000. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Transversales », n° 25. 2009, 222 p., 40,60 €. ISBN 978-3-0343-0042-1.
Cet ouvrage se pose comme une étude interdisciplinaire sur la problématique de l'immigration des enfants. Le but de l'auteur est d'analyser les différentes formes d'agences de migration européennes, ainsi que les questions qu'elles posent aux enfants migrants qui entrent en Europe en ce début de 21ème siècle. L'un des traits distinctifs de l'étude est l'utilisation, en plus de l'analyse ethnographique textuelle commune, d'un support audiovisuel - un DVD est fourni avec l'ouvrage - permettant une analyse empirique, basée sur des preuves solides, du sujet. Après une première partie où l'auteur explique sa méthodologie et définit le cadre de son analyse, le livre décrit comment les systèmes d'accueil, en France et en Irlande, vont définir la perception qu'ont ces enfants de la citoyenneté, des classes sociales et de leurs inégalités. L'auteur en profite pour étudier les différences entre les approches des deux pays, ainsi que des thèmes comme l'assimilation linguistique, la vie dans une salle de classe « ségrégative », les expériences des enfants au contact des modes de communication interculturels ou encore la mesure dans laquelle la somatisation agit dans l'acquisition de nouveaux langages et de nouvelles pratiques culturelles. La dernière partie s'emploie à lier l'analyse anthropologique de ces thèmes avec les récits des enfants à travers le dialogue avec ces derniers, de manière à présenter leurs identités sous une lumière moins simpliste qu'à l'accoutumée. L'auteur propose pour conclure une réflexion sur l'influence que peut avoir une situation politique - dans ce cas, la France en 1997-98 - sur la perception qu'un enfant immigrant à de lui-même.
(NDu)
*** JOSEF LANGER, JURICA PAVICIC, NIKSA ALFIREVIC (sous la dir. de): Knowledge Region: Alps-Adriatic Challenges. Volume I - General Perspective. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2009, 205 p., 36,40 €. ISBN 978-3-631-58558-0.
Prolongement de symposiums organisés en Croatie et en Autriche voici trois ans, cet ouvrage ne se contente pas d'appréhender et d'approfondir la notion de développement fondé sur la connaissance à partir de regards multidisciplinaires, mais se singularise en l'étudiant dans un contexte régional spécifique, à savoir celui de la région Alpes-Adriatique qui, après avoir été longtemps réunie sous la Maison des Habsbourg puis divisée idéologiquement, réunit désormais des pays comme l'Autriche, la Slovénie et la Croatie, sans parler d'une partie de l'Italie. En outre, les auteurs abordent la notion de la connaissance au-delà de la dimension économique à laquelle l'avait réduite, par exemple, la Stratégie de Lisbonne, s'employant à la situer dans un contexte sociétal bien plus large. Ainsi, Yrjö-Paavo Häyrynen (département de psychologie de l'Université de Joensuu en Finlande) s'interroge sur la prédominance de la « connaissance scientifique » dans la société contemporaine et ose suggérer d'inclure l'art et l'imagination radicale dans le concept. Le juriste Vittorio Olgiati (Université de Macerata en Italie) s'intéresse, lui, à la relation complexe entre connaissance, pouvoir et formation de l'Union européenne, avant que le sociologue Josef Langer (Université de Klagenfurt en Autriche) introduise le thème principal du livre en observant, entre autres, que le riche héritage intellectuel de la région pourrait se révéler un atout précieux. D'autres auteurs étudient différents aspects de la coopération et concurrence transfrontalières dans la région concernée, les dernières contributions étant centrées sur le secteur de l'enseignement.
(PBo)
*** MICHEL PIRON: L'Allemagne, le pari de l'intelligence territoriale partagée. Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection « Documents d'information », n° 2521. 2010, 61 p., 3,50 €. ISBN 978-2-11-125928-7.
Ce Rapport d'information voit un député français saluer le système politique en vigueur en Allemagne qui, selon lui, « mise sur l'intelligence territoriale partagée avec le souci constant de rechercher le niveau territorial le plus adéquat pour exécuter une tâche donnée », en bonne application du principe de subsidiarité. Il observe aussi un « grand volontarisme politique » qui se manifeste entre autres, dans le domaine des grandes surfaces commerciales, par le fait que la concurrence est un objectif important mais pas une fin en soi. À cet égard, Michel Piron exprime le souhait que la tutelle politique sur les grandes surfaces ne soit pas mise en cause par la Commission au nom du droit de la concurrence.
(MT)
*** Dokumente / Documents. Revue du dialogue franco-allemand. Verlag Dokumente (86 Dottendorfer Strasse, D-53129 Bonn. Tél.: (49-228) 92129365 - fax: 690385 - Internet: http://www.dokumente-documents.info ). 2010, n° 2, 114 p., 12,90 €. Abonnement: 32,90 €.
Ce numéro de la revue fondée par Jean du Rivau comprend un dossier sur l'appel du 18 juin lancé, en 1940, par le général de Gaulle, analysant à l'occasion de cet anniversaire quelques facettes franco-allemandes de la résistance, quand bien même celles-ci peuvent faire l'objet de lectures différentes d'un pays à l'autre. Une autre contribution très intéressante est celle que Séverine Féraud consacre aux réflexes identitaires perceptibles en France comme en Allemagne. L'auteur s'inquiète des conséquences que la normalisation identitaire nationale en Allemagne et un repli identitaire en France pourraient entraîner pour la solidarité exigée dans le cadre européen, s'interrogeant sur le rôle que ces nouvelles réflexions identitaires - perceptibles dans d'autres États membres aussi - pourraient jouer dans le développement à venir de l'identité européenne.
(MT)