Climat d'incertitudes et de polémiques. Il n'est pas simple de parler du Sommet de la zone euro de ce vendredi soir, à un moment où l'agitation autour de la monnaie commune et les incertitudes sur la situation de la Grèce (et de quelques autres États membres) sont à leur comble. Il faudrait avoir la capacité et le courage de faire abstraction des informations et indiscrétions diffusées, souvent en fin de journée, par les milieux financiers, car elles sous-entendent souvent des manœuvres spéculatives. Elles sont parfois rectifiées ou modifiées le jour suivant, mais le mal est fait et les spéculateurs ont atteint leur objectif. Mercredi soir, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, avait déclaré: «Je vois des mouvements totalement irrationnels sur les marchés déclenchés par des rumeurs sans fondement, hier par exemple sur l'Espagne et aussi sur le Portugal ». Le Premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, avait réagi, à propos de son pays, en parlant d'une absurdité énorme, avec l'invitation à un peu de recul. Le jour avant, la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, avait déclaré: «Lorsque Standard & Poor's notifie la dégradation d'un État quinze minutes avant la fermeture des marchés, c'est une incitation au crime. Tous ceux qui ont des titres vont s'en délester sans avoir le temps de réfléchir ». Le nombre des comportements de ce genre est, dans le monde de la finance, incommensurable, et on comprend les efforts pour définir les nouvelles disciplines.
La réunion informelle des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro fera-t-elle le point sur la situation et donnera-t-elle de nouvelles impulsions ? En la convoquant, M. Van Rompuy avait explicitement indiqué qu'elle se limiterait à clôturer le plan de soutien à la Grèce, mais qu'elle permettrait aussi de « tirer les premières conclusions pour la gouvernance de la zone euro». Et le président de la Commission européenne, M. Barroso, a confirmé des propositions pour mercredi prochain (voir les pages suivantes). Pour le moment, le Sommet pourra difficilement dépasser le stade des prises de position générales, car les règles futures sur la surveillance financière et sur d'autres aspects essentiels sont à l'examen au Parlement européen, et la task force chargée de réfléchir à la «gouvernance économique européenne» ne tiendra sa première réunion que le 21 mai. Le Parlement insiste pour y être représenté, et Pervenche Berès a proposé que le Parlement organise un groupe de réflexion ayant une composition plus large (avec des juristes, des académiciens, des représentants des partenaires sociaux) afin de dépasser l'approche intergouvernementale retenue par les États membres.
Comment réviser le Pacte de stabilité ? Dans ce contexte, quelques orientations fondamentales sont acquises, en premier lieu la volonté de réviser, dans le sens de la rigueur, le Pacte de stabilité. Devant le Bundestag, Angela Merkel s'est engagée à faire en sorte que ce Pacte ne puisse plus être violé, même si cette tâche sera « longue et laborieuse ». La France et d'autres pays vont, en principe, dans le même sens, même si l'aspect juridique de la révision n'a pas encore été tout à fait clarifié. Faudrait-il réviser le Traité de Maastricht, vu que le Pacte est annexé à ce Traité ? Ou bien le Pacte pourrait-il être modifié par une décision des institutions communautaires ? Ce n'est pas seulement la rigueur qu'il faut renforcer, mais aussi l'exigence de prendre davantage en considération la compétitivité économique des États. S'y ajoute le dossier des agences de notation: certaines forces politiques estiment nécessaire qu'il en existe une dans la zone euro. La ministre française de l'Économie a surtout insisté sur les conditions de leur activité, avec la surveillance de leur fonctionnement et le contrôle des conflits d'intérêts.
Les prises de position sur l'ensemble des nouvelles disciplines sont tellement nombreuses, et si souvent contradictoires, que toute tentative d'en rendre compte serait absurde. Les économistes et certaines personnalités politiques donnent parfois l'impression de donner davantage d'importance à leurs positions doctrinaires qu'à la réalité. Ceux qui condamnent vigoureusement la rigueur de l'Allemagne négligent le fait que cette rigueur représente la condition permettant de se financer sur les marchés dans des conditions favorables, non seulement pour l'Allemagne elle-même mais aussi pour d'autres pays de la zone euro. Ceux qui préconisent la sortie de la Grèce de la zone euro, avec son retour à une monnaie nationale amplement dévaluée, oublient que la dette grecque est libellée en euros, et que c'est sa valeur en euros qui devra être remboursée. On pourrait multiplier les exemples. Trop de recettes sont présentées sans tenir compte de leurs répercussions, et avec un ton tranchant assorti de critiques, voire d'insultes à l'égard de ceux qui ont la responsabilité de prendre les décisions.
Attendons les résultats de la rencontre de ce vendredi, sans oublier que les participants sont tous régulièrement élus et que les parlements (nationaux et européen) se prononcent eux aussi.
(F.R.)