*** ETTORE RECCHI, ADRIAN FAVELL (sous la dir. de): Pioneers of European Integration. Citizenship and Mobility in the EU. Edward Elgar (The Lypiatts, 15 Lansdown Road, Cheltenham, Glos, GL50 2JA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2009, 312 p.. ISBN 978-1-84844-659-5.
Et si ceux qui font l'Europe n'étaient pas ceux que l'on croit ? Depuis toujours, c'est vrai, l'Europe se construit au gré des ambitions et réticences des dirigeants politiques. Ne se fait-elle pas aussi toutefois, et peut-être plus durablement dans le temps, à travers le cœur et l'esprit de tous les Européens anonymes qui ont fait et qui font, de plus en plus nombreux, de l'Europe leur territoire de vie ? Ceux-ci n'auraient pas existé sans ceux-là, mais l'évidence est là: la liberté de mouvement et le droit reconnu aux Européens de s'établir où bon leur semble dans l'Union avec les mêmes droits que les ressortissants nationaux font qu'une révolution mentale est en marche, que l'Europe s'incarne dans des vies humaines et que, dès lors, plus rien ne sera jamais plus comme avant, quoique puissent en penser certains responsables politiques présents et à venir. Tel est, en tout cas, l'un des messages qui se dégagent de ce remarquable ouvrage, le premier, semble-t-il, à analyser en profondeur les conséquences sociologiques de la liberté de mouvement qui est au cœur de la citoyenneté européenne.
Sans doute s'en trouvera-t-il certains pour objecter que ce livre est à prendre avec des pincettes parce qu'il prolonge un programme de recherche financé par la Commission, à savoir le programme « Pionners of European Integration 'From Bellow': Mobillity and the Emergence of European Identity Among National and Foreign Citizens in the EU ». Ce serait faire injure aux respectables scientifiques qui signent les contributions que de faire mine de croire qu'ils puissent avoir orienté leurs analyses pour complaire à la Commission. Tout au contraire, leurs analyses sont scientifiquement rigoureuses, quand bien même le chapitre introductif que signent le sociologue Ettore Recchi (Université de Florence) et le politologue Adrian Favell (Université de Aarhus) ne masque pas leur a priori favorable à l'intégration européenne. Mais, après tout, peut-on leur en vouloir alors même que « la notion d'un continent sans frontières aurait été une utopie » pour la génération précédant la leur et que l'avancée majeure en ce sens, le « principe révolutionnaire » de libre-circulation des personnes présent en germe dès les premiers traités, fait qu'il n'y a qu'en Europe qu'a pu voir le jour « une forme de citoyenneté post-nationale au sein d'un ordre politique régional transnational » ? D'autres esprits chagrins objecteront sans doute que, d'un point de vue statistique, les citoyens européens qui optent pour la mobilité restent des marginaux, 4% à peine de la population si l'on additionne les étudiants, les retraités et les expatriés. Seulement voilà, leur rétorquent Recchi et Favell, « l'importance symbolique » de ces parcours de vie européens dépasse, et de loin, le nombre des individus concernés tant il est vrai qu'en eux -ainsi que dans les personnes qu'ils côtoient dans leur pays d'accueil - « sont inscrits les espoirs et les aspirations des architectes du processus d'intégration européenne », au point même qu'ils sont carrément « la face humaine de l'intégration européenne, dont on peut apprendre ce que veut dire être un Européen ».
C'est à chercher à savoir quelle nouvelle Europe ces individus construisent que s'emploient les auteurs au fil des pages, leurs recherches étant fondées sur les trajectoires et les ressentis de 5.000 personnes vivant en ou venant d'Allemagne, d'Espagne, de France, de Grande-Bretagne, d'Italie. Sous la plume de Michael Brown et de Camelia Arsene, il en ressort, par exemple, une « typologie préliminaire » des personnes se déplaçant dans l'espace européen qui discerne quatre profils majeurs, des « derniers migrants traditionnels » allant du sud au nord pour trouver du travail aux « Eurostars, une nouvelle classe très mobile de jeunes professionnels et autres usant des opportunités de mobilité européenne » en passant par les « migrants retraités purs » et les « préretraités migrants » dont la motivation est de trouver un nouveau style de vie. Oscar Santacreu, Emiliana Baldoni et Maria-Carmen Albert montrent, eux, que les facteurs économiques ne sont pas aussi déterminants qu'on pourrait le penser, la « migration romantique » et la sexualité - notamment dans le chef des homosexuel(le)s - jouant également un rôle non négligeable en la matière. Ettore Recchi s'emploie encore à vérifier si la « mobilité spatiale » s'accompagne d'une « mobilité sociale » vers le haut, sa réponse se révélant plutôt négative. D'autres auteurs éclairent encore les retombées de la mobilité en termes d'identités nationale et européenne, de citoyenneté européenne et de fréquentation des médias. Avec, au bout du compte, la découverte que « les pionniers de l'intégration européenne sont aussi, peut-être, les pionniers d'une meilleure et plus éclatante Europe pour tous ».
Michel Theys
*** STÉPHANE LECLERC (sous la dir. de): La libre circulation des personnes dans l'Union européenne. Établissements Émile Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Rencontres européennes », n° 12. 2009, 170 p., 38 €. ISBN 978-2-8027-2745-3.
Actes des Cinquièmes Rencontres Européennes de Caen organisées voici deux ans par le Centre de recherches sur les droits fondamentaux et les évolutions du droit de l'Université de Caen Basse-Normandie, cet ouvrage fait le point sur les évolutions récentes du principe fondateur qu'est la libre circulation des personnes - les huit millions de citoyens qui vivent dans un autre État membre que le leur « représentent la force vive de la citoyenneté européenne et nous rappellent que la dimension humaine est bien au cœur de la construction européenne », souligne l'ancien vice-président de la Commission, Jacques Barrot, dans sa préface. Surtout, il voit des juristes spécialisés s'employer à en tracer les perspectives, notamment à la lumière de la directive de 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement où bon leur semble sur le territoire des États membres, tant il est vrai, écrit joliment le Pr. Claude Blumann (Université Panthéon-Assas) dans ses conclusions générales, que « de la chrysalide de l'agent économique est progressivement sorti le citoyen européen ». Pour autant, les contributions - focalisées sur les personnes physiques bénéficiaires de cette liberté et sur le contenu de celle-ci, à savoir le droit à la circulation et au séjour - montrent qu'on n'en est pas encore arrivé à la fin de l'histoire, bien au contraire, même si le Pr. Blumann observe que les conditions sont désormais réunies pour que la libre circulation se hisse « au rang de droit fondamental de la personne humaine, au rang de véritable droit de l'homme ». Un livre éclairant mais qui s'adresse essentiellement aux juristes.
(MT)
*** CHARLES-ÉTIENNE LAGASSE: Les institutions européennes après le Traité de Lisbonne. Éditions Erasme (2 place Baudouin 1er, B-5004 Namur. Tél: (32-81) 213700 - fax: 212372 - Courriel: erasme@skynet.be - Internet: http://www.groupeerasme.be ). 2009, 184 p.. ISBN 978-2-87438-083-9.
Parce que « le devoir d'expliquer l'Europe et de la faire vivre dans l'opinion publique s'impose plus que jamais », Charles-Étienne Lagasse a battu le fer tant qu'il était chaud, brûlant même encore: en juriste pédagogue (il enseigne les institutions belges et européennes dans de hautes écoles bruxelloises), ce haut fonctionnaire de la partie francophone de la Belgique présente de manière limpide, dans ce manuel, l'état de l'Union européenne à la lumière du Traité entré en vigueur le 1er décembre dernier à peine. Ces pages sont, en quelque sorte, un trousseau de clés qui permettent de comprendre les institutions européennes et le contexte dans lequel elles évoluent depuis les origines. En mettant en lumière les grandes dynamiques qui n'ont cessé d'être à l'œuvre, notamment la tension permanente entre les logiques supranationale et intergouvernementale, l'auteur prouve d'éclatante manière que « la complexité institutionnelle perd de son aridité si on en démonte les ressorts économiques ou politiques ». Il invite aussi son lecteur à une éclairante plongée dans la grammaire et le vocabulaire du monde institutionnel européen qu'il décrypte en termes simples et intelligibles, la fiabilité de son propos n'étant pas altérée pour autant. Il situe aussi l'Union dans le contexte plus large des autres organisations actives en Europe. Dans ses conclusions, il constate notamment « la dérive de certaines opinions publiques » et un « repli sur soi » qui se traduit « par une approche mercantile, voire boutiquière de certains États dans leur approche du budget européen » - propos qui prend tout son sel dans le contexte des divisions affichées sur le dossier grec… L'un de ses motifs d'appréhension réside dans la posture du Royaume-Uni dont les dirigeants et la population « sont plus que jamais des obstacles permanents à un approfondissement de la construction européenne », alors même que « seules des institutions communes renforcées permettront aux citoyens du continent européen de prendre leur place dans le nouveau partage du monde qui se dessine ». D'où la conviction de cet auteur aussi fiable qu'il n'est engagé que, quoi qu'aient pu dire ou espérer certains, « la question du modèle institutionnel » devra impérativement - et même très vite - revenir sur la table « car on ne peut indéfiniment prolonger une guerre de tranchées entre adeptes d'un vaste marché sans ambitions politiques et partisans d'une forme sui generis de fédération ». Faute de quoi, en effet, plus rien, sans doute, ne permettra de « remotiver les citoyens », leur reconquête étant l'un des autres grands chantiers à rouvrir au plus vite.
(MT)
*** ANDREAS FISCHER-LESCANO, CHRISTIAN JOERGES, ARNDT WONKA (sous la dir. de): The German Constitutional Court's Lisbon Ruling: Legal and Political Science Perspectives. Zentrum für europaïsche rechtspolitik / Centre of European Law and Politics, Universität Bremen (Universitätsallee, GW 1, D- 28359 Bremen. Internet: http://www.zerp.eu ). Collection « Zerp-Diskussionspapier », n° 1. 2010, 91 p., 8 €.
Prolongement d'un séminaire universitaire tenu en septembre dernier à Brême, cette publication voit des juristes et politologues distingués disséquer l'appréciation portée par la Cour constitutionnelle allemande sur le Traité de Lisbonne. L'affaire est instruite à charge et à décharge, mais une majorité des contributions s'avèrent critiques pour les juges allemands, moins bien inspirés en l'occurrence que leurs homologues tchèques selon plusieurs auteurs. Plusieurs contributions mettent toutefois aussi en exergue le fait que la Cour européenne de justice a offert la corde pour faire pendre l'Union par le biais de plusieurs arrêts (Viking, Laval, Rüffert) qui constituaient autant de « déclarations de guerre au capitalisme régulé », la plus haute Cour allemande lui ayant rappelé - peut-être maladroitement mais à juste droit - que l'ordre public social était du ressort des États et ne pouvait être sacrifié sur l'autel des objectifs intégrationnistes.
(MT)
*** STEFANIE MAYER: « Totes Unrecht ?». Die « Beneš -Dekrete » - eine geschichtspolitische Debatte in Österreich. Peter Lang (1 Moostrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Politische Kulturforschung». 2009, 159 p., 31,80 €. ISBN 978-3-631-58270-1.
Les décrets Beneš ont été adoptés par le gouvernement tchécoslovaque pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il était en exil. Néanmoins, le terme renvoie aussi à des décrets qui ont été promulgués à l'issue de la guerre et dont l'objet était l'expulsion des populations germanophones de ce pays. Alors que la République tchèque et la Slovaquie négociaient leur entrée dans l'Union européenne, ces décrets ont été objet de débats populaires en Autriche ainsi qu'en Allemagne. Les questions qui y sont liées sont traitées dans cet ouvrage qui les aborde de façon beaucoup plus politique que juridique. Dans une première partie, Stefanie Mayer s'attache à retracer l'histoire des décrets en question afin de permettre au lecteur de connaître le contexte des débats discutés plus loin dans l'ouvrage. La deuxième partie balaye et analyse les différents discours politiques ayant pour objet les décrets Beneš, avant de présenter le débat qui est d'abord commenté de façon chronologique avant d'être présenté par discipline. Les conséquences de ces décrets et des débats qu'ils suscitent font l'objet de la dernière partie de l'ouvrage.
(JD)
*** YANN BEVANT, EAMON MAHER, GRACE NEVILLE, EUGENE O'BRIEN (sous la dir. de): Issues of Globalisation and Secularisation in France and Ireland. Éditions Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Studies in Franco-Irish Relations », n° 3. 2009,282 p., 46,50 €. ISBN 978-3-631-59052-2.
Reprenant une sélection de papiers présentés au 4ème Colloque franco-irlandais tenu à l'Université Rennes 2 en 2008, cet ouvrage contribue au débat ouvert, en France, par la commémoration du centenaire de la loi de 1905 établissant la séparation des pouvoirs entre Église et État, dans le contexte du projet de Traité constitutionnel européen de l'époque. Il prolonge aussi la conférence sur la laïcité organisée deux ans plus tôt au Parlement européen par des membres du Parti socialiste européen - parmi lesquels figuraient François Hollande, alors secrétaire général du Parti socialiste français, ou encore Jean Glavany et Bernard Poignant - qui avait créé l'opportunité de comparer les relations entre l'Église et l'État dans les États membres sur la base d'une question simple: y a-t-il un héritage religieux européen commun ? C'est que la « laïcité à la française » n'est pas la règle dans les autres pays de l'Union, le concept étant même impossible à traduire correctement dans toutes les langues concernées. En Irlande, Pologne ou Grèce, par exemple, la religion fait encore partie de l'identité nationale, chose impensable en France. Cependant, la mondialisation et un mode de vie de plus en plus individualiste et orienté vers le monde du travail ont érodé l'emprise de l'Église dans ces pays et ont créé une plus grande ouverture au sein de leurs populations. Paradoxalement, l'effet a été inverse en France: plutôt que de promouvoir l'ouverture, la mondialisation suscite la méfiance, voire le mépris. Les études réunies dans ce livre visent à examiner et comparer les différents aspects des expériences de ces phénomènes en Irlande et en France, de manière à enrichir le débat de nouvelles perspectives. Signées par des universitaires spécialistes de domaines variés, elles comparent, dans un premier temps, des poètes et des écrivains de fiction en cherchant à déterminer à quel point les représentations religieuses, ou laïques, ont influencé leurs travaux respectifs. La deuxième partie s'attache à discerner les changements qui affectent les notions de laïcité et de croyance dans des sociétés de plus en plus mondialisées.
(NDu)