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Bulletin Quotidien Europe N° 10107
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les deux éléments indispensables, solidarité et règles renforcées, figurent ensemble dans la déclaration des pays de la zone euro - Un texte historique

Les deux éléments, à savoir la solidarité avec la Grèce et le renforcement des règles de gestion de l'Union économique et monétaire, étaient l'un et l'autre indispensables et ils figurent tous deux dans la déclaration des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro. Un compromis était nécessaire entre les pays de l'euro qui insistaient surtout sur la solidarité et ceux qui, comme l'Allemagne, mettaient l'accent sur le respect des règles et la surveillance. Le compromis a été réalisé, et je crois que le bref texte (reproduit dans EUROPE Documents) doit dès maintenant être considéré comme historique. Pourquoi?

Pourquoi historique ? Parce qu'il introduit la gouvernance économique dans la gestion de la zone euro. Le texte est explicite: « Nous nous engageons à promouvoir une forte coordination des politiques économiques en Europe. Nous considérons que le Conseil européen doit renforcer le gouvernement économique de l'Union européenne (…) La situation actuelle démontre le besoin de renforcer et de compléter le cadre existant (…) Pour le futur, la surveillance des risques économiques et budgétaires et les instruments de leur prévention, y compris la procédure pour déficit excessif, doivent être renforcés ». Le calendrier pour la transformation est serré: « Les mesures nécessaires pour atteindre cet objectif » doivent être élaborées sous la responsabilité de M. Van Rompuy avec la participation de la Commission européenne et d'un groupe de travail réunissant les États membres, la présidence tournante de l'UE et la Banque centrale européenne, en vue d'être soumises au Conseil européen avant la fin de l'année. Les historiens de demain ne l'oublieront pas. Ce que Jacques Delors avait préconisé en vain dans son rapport sur la naissance de l'Union économique et monétaire est enfin reconnu, l'UEM pourra marcher sur ses deux jambes et ne plus boiter comme elle l'a fait jusqu'à présent.

La position allemande avait ses raisons. Je ne comprends pas les commentaires sceptiques ou désabusés qui ont accompagné ce tournant historique, ni les attaques virulentes à l'insistance de l'Allemagne dans la direction en définitive retenue par tous. Certes, la politique économique allemande a ses défauts et ses lacunes, en décourageant la consommation interne ; mais ce sont justement la coordination des politiques économiques, le «gouvernement économique européen» reconnu en toutes lettres, qui permettront d'en discuter en commun et d'amener l'Allemagne à tenir compte davantage des orientations et des difficultés d'autrui !

La question fondamentale demeure. Certes, rien n'est acquis. C'est maintenant que tout commence, et la question fondamentale posée dans cette rubrique en début de semaine (bulletin n° 10103) demeure valable. La stabilité monétaire est pour certains peuples un dogme, ou presque ; d'autres ne le ressentent pas de la même manière. Il faut comprendre les différences qui en résultent dans les politiques économiques et il faut se demander si elles sont conciliables, ou bien si elles sont liées à la différence entre les mentalités, l'histoire de chaque pays, les habitudes, les modes de vie. Mais chacun doit être conscient des répercussions de ses comportements. Les acteurs ou les observateurs anciens qui ont connu l'époque des monnaies exclusivement nationales au sein de la Communauté européenne savent ce que signifiaient les dévaluations à répétition, d'ailleurs inefficaces pour qui, tout en dévaluant, devait acheter de toute manière à l'étranger des matières premières et autres produits indispensables à son activité économique ; le soulagement de la dévaluation n'était que momentané, l'inflation devenait inévitable.

Quelques dérapages. Et que dire des économistes qui annoncent en toute sérénité la sortie de la Grèce de la zone euro, suivie d'une dévaluation radicale de la monnaie nationale rétablie ? Ils devraient rappeler aussi à leurs lecteurs ce que la participation à l'euro a déjà apporté et apportera encore à leur pays. Et lorsqu'ils annoncent carrément la fin de l'euro, ils ne devraient pas négliger ce que l'euro signifie dans la vie de tous les jours des citoyens. Sa suppression impliquerait le retour à la nécessité de changer de monnaie à chaque passage de frontière et à chaque transaction commerciale, ainsi que le rétablissement de contrôles frontaliers même dans la zone Schengen. Mais non seulement certains économistes ont, à mon avis, dérapé ; le débat de mercredi au sein du Parlement européen a donné lieu à des prises de position, à mon avis, erronées et inopportunes, dont je ressens encore la brûlure. Cette rubrique reviendra sur cet aspect.

Je me rattache, pour conclure, au point de départ: rien n'est acquis, l'essentiel rester à faire, mais le tournant est pris. L'UEM, qui était jusqu'à présent seulement monétaire, a exprimé la volonté de devenir aussi économique, en justifiant sa dénomination. Tous les espoirs sont permis.

(F.R.)

 

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