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Bulletin Quotidien Europe N° 10085
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les effets positifs du Traité de Lisbonne deviennent progressivement visibles

Critiques prématurées. Il aurait été plus sage, avant de fustiger la transformation institutionnelle de l'UE résultant du Traité de Lisbonne, d'attendre ses premiers résultats. Le chantier avait duré une dizaine d'années, suite aux péripéties bien connues ; dès que la réforme est entrée en vigueur, les faiseurs de sentences en ont annoncé l'échec, souvent avec arrogance. Le président stable n'avait pas encore eu le temps de convoquer le Conseil européen nouvelle formule ; la Commission européenne avec ses pouvoirs accrus n'avait pas encore obtenu l'aval du Parlement européen ; ce dernier commençait à peine à exercer ses pouvoirs accrus ; et on lisait déjà que tout avait échoué. Certains commentateurs ont frôlé le ridicule.

La politique à construire. Le cas le plus absurde était celui de Catherine Ashton, au point que cette rubrique lui avait consacré un commentaire (bulletin n° 10060). Avant qu'elle n'assume l'ensemble de ses trois fonctions (vice-présidente de la Commission, présidente du Conseil Affaires étrangères, Haut représentant), on lui reprochait déjà de ne pas les exercer. Elle ne dispose pas encore de son principal instrument d'action, le service diplomatique commun (qui ne sera pas opérationnel avant plusieurs mois), mais on a déjà décrété qu'elle est insignifiante. Certaines critiques seraient compréhensibles si elle était ministre européen des Affaires étrangères, chargée de définir et de gérer la politique de l'UE en ce domaine. Mais ce n'est pas le cas: elle doit contribuer à ce qu'une politique étrangère européenne naisse et se développe, sur la base des analyses du futur service diplomatique. Dans le passé, son rôle n'aurait pas été de décider si les États membres devaient participer à la guerre contre l'Iraq ; aujourd'hui, elle ne doit pas trancher si et comment ils doivent contribuer à la guerre en Afghanistan ; demain, elle ne décidera pas si l'UE reconnaît l'indépendance du Kosovo, ni si l'UE doit remplacer les États membres au Conseil de sécurité de l'ONU.

Elle avait été critiquée notamment pour son attitude à l'égard du drame de Haïti, mais les critiques résultaient, à mon avis, d'un malentendu ; sa phrase malheureuse « je ne suis ni médecin ni pompier » a été parfois interprétée comme si elle avait voulu dire « je suis diplomate, mon rôle n'était pas d'agir sur place », alors qu'à mon avis elle signifiait: « Ma présence n'aurait pas été utile, il était mieux de laisser la place à ceux qui l'étaient ». Elle sera d'ailleurs à Haïti la semaine prochaine, car l'aéroport est rouvert et elle pourra rencontrer les autorités locales pour préparer l'avenir, l'UE étant le principal donneur pour la reconstruction.

Mais ceci n'est pas l'essentiel. L'essentiel est de comprendre que la politique étrangère commune ne s'improvise pas. Ceux qui la réclament seraient-ils prêts à accepter une décision européenne majoritaire sur la guerre en Afghanistan ? Sur le différend à propos du Sahara ? Sur la reconnaissance du Kosovo ? Sur la présence exclusive de l'UE en tant que telle au Conseil de sécurité de l'ONU ? Je parle de positions opérationnelles, pas des déclarations de principe ni de souhaits.

Soyons sérieux: la politique étrangère européenne sera une œuvre de longue haleine et le rôle de Mme Ashton n'est pas de la déterminer elle-même mais de contribuer à sa construction progressive, en s'appuyant dès que possible sur l'instrument qui est en préparation.

Les initiatives arrivent. Le fait que les innovations existent politiquement et juridiquement suscite en lui-même les initiatives. On peut citer celle relative au retrait de toute arme nucléaire du territoire européen, ou celle de quatre éminentes personnalités belges (Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Louis Michel, Willy Claes) préconisant la suppression de toute arme de ce type dans le monde. En matière économique, l'avancée vers la gouvernance économique commune de la zone euro (ou, en termes plus modestes, la coordination des politiques économiques nationales) est appuyée par le Parlement européen et par la Commission ; elle est en discussion au sein du Conseil européen à l'initiative de son président stable Herman Van Rompuy ; les aspects opérationnels sont déjà à l'étude de l'Eurogroupe et du Conseil Économie/Finances. S'y ajoute l'action vigoureuse du Parlement européen (grâce à ses nouveaux pouvoirs en matière budgétaire et en matière agricole) en faveur du maintien et de la relance de la politique de cohésion et de la politique agricole commune, dont cette rubrique s'est occupée ces derniers jours. D'autres initiatives surgiront bientôt, notamment en faveur de coopérations renforcées et d'autres instruments dont l'efficacité a été fortement élargie par l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, par exemple dans le domaine de l'énergie.

Les critiques préfabriquées et les annonces automatiques d'échec sont myopes, symptômes parfois d'ignorance ou de mauvaise foi. Les nouveaux instruments seront progressivement utilisés, avec la possibilité pour les pays sceptiques de rester en marge. Cette rubrique reviendra demain sur un cas spécifique.

(F.R.)

 

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