Bruxelles, 01/12/2009 (Agence Europe) - La Présidence de l'UE s'est dite, lundi 30 novembre, préoccupée par le référendum suisse interdisant la construction de nouveaux minarets. « C'est l'expression d'un préjugé et peut-être même d'une peur mais il est clair qu'il s'agit à tous égards d'un signe négatif, il n'y a aucun doute à ce sujet », a déploré le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, dont le pays assure la présidence de l'UE. Les Suisses ont créé la surprise en votant dimanche à une large majorité (57,5 %) l'interdiction des minarets à l'appel de la droite populiste. La ministre suédoise chargée de l'Intégration, Nyamko Sabuni, a estimé que si « les Suisses ont un excellent système de consultation populaire », parfois « il peut être utilisé d'une mauvaise manière, comme dans ce cas précis ». Elle a tenu à rassurer l'opinion en rappelant qu'« il n'y a pas de problèmes entre les musulmans et les Européens dans l'Union européenne. Les musulmans sont européens ». La polémique s'est pourtant invitée dans l'enceinte du Conseil, à Bruxelles, où avait lieu lundi la réunion des ministres de la Justice et des Affaires intérieures. La ministre de la Justice suisse, Evelyne Widmer-Schlumpf, présente à cette occasion, a pu constater l'incompréhension de ses collègues. Le ministre suédois de l'Immigration et de l'Asile, Tobias Billström, a jugé « surprenant » de soumettre un tel sujet à référendum, dont les conséquences présentent des « risques ». En Suède, a-t-il expliqué, « cette question relève de l'urbanisme et des compétences des élus locaux ». Le ministre français de l'Immigration, Éric Besson, a adressé une mise en garde: « Il ne faudrait pas donner le sentiment de stigmatiser une religion, en l'occurrence l'islam ». Et d'ajouter: « En France, la question des minarets relève de l'urbanisme et du bon sens. Ce n'est pas un sujet politique et je ne souhaite pas que cela devienne un sujet politique ». Pour sa part, la Commission européenne s'est refusée à commenter directement la « décision souveraine » d'un pays tiers, se bornant à rappeler à l'attention d'États membres de l'UE qui seraient tentés de prendre des décisions similaires la nécessité « de respecter les droits fondamentaux, comme la liberté de religion ». Le résultat de la votation suisse pourrait avoir rapidement des répercussions puisque le populiste Geert Wilders, leader du Parti pour la Liberté, a proposé de lancer une initiative au parlement néerlandais, afin d'obtenir un tel référendum contre les minarets aux Pays-Bas. (B.C.)