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Bulletin Quotidien Europe N° 10018
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE-Russie: une coopération difficile mais incontournable

Le Sommet UE/Russie de mercredi prochain s'efforcera de clarifier certains aspects d'une relation difficile mais incontournable. Quels que soient les malentendus et les divergences, la coopération est indispensable, pour la Russie encore plus que pour l'Europe. Il résulte du programme publié dans notre bulletin d'avant-hier (N° 10016) que les perspectives de résultats spectaculaires sont modérées. En effet:

1. Sécurité de l'approvisionnement en gaz et pétrole russes transitant par l'Ukraine. L'UE réclame la garantie que les fournitures ne seront pas interrompues à l'avenir, quelles que soient les péripéties des relations entre la Russie et l'Ukraine. À Moscou, on estime par contre que si l'Ukraine ne respecte pas ses engagements financiers, le risque de l'interruption des fournitures subsiste. C'est une affaire complexe car elle implique à la fois des aspects financiers, technologiques, commerciaux et politiques. L'UE participe au soutien financier international à l'Ukraine et elle en fera de même pour la modernisation des installations ukrainiennes, mais elle recherche des garanties d'approvisionnement afin de rassurer les États membres orientaux. De son côté, la Russie supprime progressivement les prix spéciaux du pétrole et du gaz qu'elle fournit à l'Ukraine et elle estime indispensable d'être associée au renouvellement des installations. Le Sommet en discutera mais des solutions définitives sont improbables pour ne pas dire exclues. Tout ce qu'on espère est de concrétiser le mécanisme d'alerte précoce depuis longtemps en élaboration.

2. Charte de l'énergie. Aucune évolution n'est prévisible car le rejet de ce texte par Moscou (qui l'avait en son temps négocié et signé) semble définitif. La Russie préconise désormais un accord mondial, moins contraignant en matière de concurrence et en matière d'accès aux sources énergétiques nationales.

3. Échanges commerciaux. L'UE reproche à la Russie un certain nombre de mesures protectionnistes unilatérales. L'expérience enseigne que Moscou ne refuse jamais de négocier en ces domaines, et que parfois elle fait des concessions, afin de se montrer conciliante et d'éviter des contre-mesures.

4. Adhésion russe à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La nouvelle stratégie de Moscou passe, on le sait, par une adhésion non plus individuelle mais en tant qu'Union douanière Russie/Bélarus/Kazakhstan. L'opération a une signification politique: Moscou reproche à l'UE de s'insérer progressivement dans la « zone russe d'influence » (même si ces termes ont été abandonnés, le principe demeure) et elle entend réaffirmer sa présence dans les pays proches qui sont d'accord. Mais des considérations économiques jouent aussi un rôle, car en fait l'adhésion russe à l'OMC sera sérieusement retardée, donc aussi les négociations UE/Russie en direction du libre-échange en tant qu'élément du nouvel accord de partenariat toujours au stade de projet. Le retard supplémentaire est-il recherché ou occasionnel ?

La rhétorique est inefficace. Le volet du sommet « droits de l'Homme, État de droit » fournira l'occasion pour des beaux discours et pour des accusations réciproques qui auront beaucoup d'échos mais peu d'effets. On peut en dire autant de la libéralisation des visas ; le dialogue approfondi est tout ce que l'on peut envisager pour le moment. Ces aspects doivent être évoqués et les dénonciations des abus par les organismes de défense des droits de l'homme sont nécessaires, car la pression est indispensable. Ces dénonciations apaisent les consciences et peuvent, heureusement, être efficaces pour les victimes ; mais les invitations à suspendre la coopération euro-russe à chaque occasion est rhétorique, pour ne pas dire démagogique. Cette coopération est indispensable et elle doit être autant que possible approfondie. Avec combien de pays tiers les relations seraient-elles interrompues ou gelées, si on appliquait à la lettre et partout les critères européens ?

Et comment négliger le facteur « temps » ? La réalisation des projets de coopération avec la Russie demande des années, des dizaines d'années. On ne pourrait pas lancer des initiatives comme North Stream, en chantier depuis tellement de temps, ni les différents aspects du projet South Stream, si la perspective était de les abandonner ou de les interrompre à chaque infraction dénoncée. Sauf conflits d'une envergure inimaginable qui rendraient la coopération impossible, il est irréaliste de réclamer périodiquement l'interruption des relations. Même la crise de la guerre de Géorgie a été surmontée sans abandonner les projets pluriannuels de coopération. Leur maintien est encore plus indispensable pour la Russie que pour l'Europe ; Moscou fera toujours les concessions indispensables pour éviter la rupture.

Conclusion: la coopération est difficile et les négociations sont ardues mais le dialogue doit se poursuivre, sans concessions déraisonnables mais avec détermination.

(F.R.)

 

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