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Bulletin Quotidien Europe N° 11571
Sommaire Publication complète Par article 25 / 25
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne n° 1143

*** MICHAL BOBEK (sous la dir. de): Central European Judges Under the European Influence. The Transformative Power of the EU Revisited. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 42JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "EU Law in the Member States", n° 2. 2015, 449 p., 60 £. ISBN 978-1-84946-774-2.

Les juges et les autorités judiciaires des pays venus rejoindre l'Union européenne lors du « big bang » de 2004 et par la suite ont-ils été en mesure de faire face au droit européen ? Ce dernier est-il correctement appliqué dans ces pays ? Les juges d'Europe centrale et orientale l'ont-ils correctement incorporé dans leurs raisonnements ? Ont-ils été capables de se mêler et de contribuer avec efficacité aux débats visant à édifier toujours plus et mieux l'espace juridique européen ou, tout au contraire, se sont-ils révélé être des passagers clandestins, des parents pauvres qui gardent le silence dans un coin sans vouloir s'engager ? Donc, pour l'exprimer de manière moins diplomatique, « l'occidentalisation des nouveaux États membres », a-t-elle été menée à bien, conduisant à l'émergence de nouvelles démocraties et de marchés libres ? C'est notamment à ces questions que les vingt-deux spécialistes du droit réunis dans ces pages denses, pour la plupart émanant de la « nouvelle Europe », apportent des réponses éclairantes. En l'occurrence, cette bataille n'était pas gagnée d'avance, car, comme le rappelle le Pr. Hans-W. Micklitz dans son prologue, hormis en Allemagne où les juges actifs du temps de l'ancienne République démocratique avaient eu à démissionner avant de pouvoir à nouveau postuler (et peu arrivèrent à retrouver leur place, observe cet Allemand qui enseigne le droit économique à l'Institut universitaire européen de Florence), la situation prévalant dans les autres pays n'augurait en rien une capacité des acteurs du monde judiciaire à se mouvoir correctement dans une société devenue démocratique et, partant, à appliquer le droit européen de manière correcte. Et en ce temps-là, ajoute-t-il encore, la Commission n'y prêtait guère attention, l'expérience lui ayant depuis appris qu'il convenait d'exiger des pays des Balkans occidentaux qu'ils se dotent d'institutions compétentes « capables de faire appliquer le droit (européen) ». Ce qui veut bien dire que ce n'était pas fatalement le cas lors de l'élargissement du début du millénaire…

Concrètement, l'ouvrage qu'a piloté Michal Bobek (professeur de droit européen au Collège d'Europe de Bruges et chercheur l'Institut de droit européen et comparatif à l'Université d'Oxford) dans la foulée d'une conférence organisée à l'Institut universitaire européen de Florence voici deux ans est divisé en trois parties. La première traite du raisonnement et de l'idéologie judiciaires, sept auteurs cherchant à vérifier les allégations selon lesquelles les juges d'Europe centrale et orientale seraient formalistes et opéreraient sur une longueur d'onde différente de celle de leurs pairs d'Europe occidentale. Les regards portés sur la situation qui prévaut en Pologne, en République tchèque, en Hongrie et en Slovénie font apparaître un tableau pour le moins mitigé. La deuxième partie comporte, elle, six contributions portant sur les interactions plus directes entre les Pecos et le niveau européen, ainsi que sur les différents changements que l'Union européenne les a amenés à initier dans les institutions, les structures et les procédures nationales. Michal Bobek et David Kosar (Université Masaryk de Brno) observent notamment que la magistrature de style latin qui s'est vue promue dans la phase de préadhésion a soulevé des résistances, tandis que deux contributions sont consacrées à la procédure de renvoi préjudiciel, Alexander Kornezov (secrétaire juridique à la Cour de justice et professeur à l'Institut de droit de l'Académie des sciences de Bulgarie) expliquant notamment que de jeunes juges de Bulgarie s'en servent comme d'un outil d'autonomisation par rapport à leur hiérarchie.

La dernière partie de l'ouvrage est enfin consacrée aux Cours et à la justice constitutionnelles. Celles-ci ont été un facteur de changement sociétal et légal avant 2004. Depuis, leur apport est plus conservateur et plus sombre. Ce qui renvoie, bien entendu, à une actualité chaude du côté de la Pologne, notamment… Michel Theys

*** ANITA POLLACK: New Labour in Europe. Leadership and lost opportunities. John Harper Publishing (27 Palace Gates Road, Londres N22 7BW, UK. Tél.: (44-1767) 604951 - Courriel: custserv@turpin-distribution.com - Internet: http://www.johnharperpublishing.co.uk ). 2016, 280 p., 25 €, 17,50 £. ISBN 978-0-9934549-0-5.

Anita Pollack a fort bien connu le Parlement européen: après avoir été l'assistante politique de Barbara Castle, chef du groupe des travaillistes britanniques dans la première assemblée élue au suffrage universel direct, elle en devint membre en 1989 et le resta dix années durant. Elle est, à ce jour, la seule ressortissante… australienne à avoir siégé parmi les représentants des citoyens européens. Élue par les citoyens du Sud-Ouest de Londres, elle a donc une expérience de première main de la manière dont fonctionne le Labour et de son implication dans le cadre de l'Union européenne lorsque, de 1997 à 2010, le Royaume-Uni était dirigé par un gouvernement travailliste. C'est à rendre compte des décisions prises et des actions menées dans le domaine européen sous les gouvernements de Tony Blair et de Gordon Brown qu'elle consacre ce livre, ce qu'elle fait avec une indépendance d'esprit et une liberté de ton qui crédibilisent ses analyses. L'ancien vice-président de la Commission - et ex-patron du Labour - Neil Kinnock en convient dès son avant-propos, lui qui écrit: « Sans renoncer à dire certaines vérités qui dérangent, Anita éclaire le défaut d'informer et d'éduquer le public britannique sur les mérites et les défis de l'adhésion à l'Union européenne et lie cette carence au fait que l'Union - après 42 années de participation britannique - reste un mystère déformé pour beaucoup ». Tony Blair, qui voulait son pays « au cœur de l'Europe », n'en sort pas indemne, l'auteure jugeant que son penchant européen s'exprimait davantage sur le continent qu'à la maison, sans compter que ses relations avec beaucoup de ses « camarades » socialistes présents au sein du Conseil européen n'étaient guère chaleureuses. D'où ce commentaire assassin pour classer la période blairiste: « Il n'y a jamais eu de campagne pro-européenne à la maison ni de tentative de mobiliser la machine de la fonction publique pour promouvoir le fait que la Grande-Bretagne soit membre de l'Union européenne. En effet, le travail d'éducation qui devait être fait sur les fonctionnaires eux-mêmes a été largement laissé de côté. Ce fut une occasion perdue. Aucun effort n'a été fait pour parler au public britannique de l'Europe » … A l'heure d'un possible « Brexit », ce sont là des doléances qui ne peuvent être négligées, même si, à l'évidence, Anita Pollack formulerait des accusations bien plus féroces encore contre ceux qui, autour de David Cameron, ont permis que ce referendum se tienne, cédant de la sorte à la pression des eurosceptiques. (PBo)

*** GEORGIOS KONTOGEORGIS: La gauche Syriza comme la nouvelle droite. Éditions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3811940 - Courriel: bookstore@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2016, 456 p., 18,80 €. ISBN 978-960-166760-7.

Professeur de science politique mais également recteur de l'Université Panteion à Athènes, Georgios Kontogeorgis examine, dans cet ouvrage, les principales étapes qui ont marqué le parcours de la gauche depuis ses origines dans le monde moderne jusqu'à la gouvernance de Syriza. Selon lui, les activités de la gauche ont révélé depuis le début que le « socialisme » avait été une autre voie pour sortir du despotisme plutôt que la matrice d'un dépassement du « capitalisme ». Le sang répandu dans les rues au cours du 20ème siècle l'a été pour savoir si la propriété de l'économie appartiendrait à l'État ou au privé, mais surtout pas pour que la société puisse participer au système. Également directeur de recherche au CNRS (France), l'auteur estime que l'effondrement du socialisme a révélé le penchant universel de la gauche vers la droite: le système politique et économique est conçu, par l'une comme pour l'autre, dans le but d'enfermer la société et de privilégier les intérêts du secteur privé et la possession des biens en général. Après avoir affiché leurs désaccords « gauche-droite » pour obtenir le pouvoir, leur rivalité a porté par la suite sur la manière d'apparaître comme les serviteurs les plus efficaces des marchés. La mutation conservatrice de la gauche a ensuite, tout naturellement, conduit la société civile à exiger son autonomie politique. Au tournant du siècle, Georgios Kontogeorgis n'en doute pas, la gauche sortira de l'histoire. Pire, il laisse entendre que la gauche de Syriza, dans ce climat, cédera un jour ou l'autre à la tentation de se réfugier derrière la sémantique réactionnaire des siècles des Lumières. (AKa)

*** Actes de la seconde Convention des fédéralistes européens. L'année 2015 de l'UEF-France. Union des fédéralistes européens-France (c/o Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Courriel: contact@uef.fr - Internet: http://www.uef.fr ). 2016, n° 195.

La seconde Convention des fédéralistes européens organisée à Lyon voici juste un an sur le thème « Convergences fédérales » a innové en ce que, cette fois, la parole n'a pas été donnée à des personnalités et experts extérieurs, mais bien à des militants qui ont pu, pour une fois, dire l'Europe à laquelle ils aspirent et, surtout, dénoncer celle à laquelle nous vouent les accords intergouvernementaux. Ainsi, Rémy Volpi n'a pas de mots assez durs pour dénoncer « le national-souverainisme », cet « opium du peuple » qui alimente les pulsions populistes et « entrave la fédéralisation de l'Europe ». Ce chimiste ne s'y résigne pas et propose que le 28 juin 2019 - date du centième anniversaire du « funeste traité de Versailles » qui, fondé sur le principe national-souverainiste, revenait à « traiter l'éthylisme par l'alcool » - soit retenu comme échéance pour la conclusion d'un accord de principe pour une Europe fédérale à partir de la zone euro. Non sans raison, il estime que « les entorses faites à la démocratie » irritent les citoyens et poussent à agir en ce sens, ce qui implique de mettre en œuvre une stratégie communicationnelle fondée à la fois sur le rationnel, l'émotionnel et le charisme. Pour sa part, Pierre Jouvenat invite à « européaniser les élections européennes », ce qui est à l'évidence également une recommandation qui a du sens, en particulier dans un pays comme la France où, accuse-t-il, Jean-Claude Juncker, candidat du Parti populaire européen au poste de président de la Commission, n'a pu participer à un meeting électoral suite au refus d'un parti membre du cru… D'autres thèmes aussi intéressants (dépasser le patriotisme constitutionnel, l'immigration, la question sociale…) sont abordés, mais parfois seulement sous la forme d'un résumé qui renvoie à une vidéo placée sur le Net, ce qui est un peu frustrant. La deuxième partie du livre est consacrée à des textes, communiqués ou « tribunes », publiés par la section française de l'Union des fédéralistes européens ou certains de ses adhérents, ce qui permet de revisiter certains dossiers et moments forts de l'année 2015. (MT)

*** GEORGE PROVOPOULOS, JEAN QUATREMER, CHRISTOS CHOMENIDIS: Existe-t-il une solution au problème grec ? Une discussion ouverte. Éditions Poikili Stoa (10 rue Vardousion, GR-11526 Athènes. Tél.: (30-210) 6920890 - fax: 6920890 - Courriel: info@poikilistoa.gr - Internet: http://www.poikilistoa.gr ). 2016, 216 p., 10 €. ISBN 978-618-82167-8-5.

Le « problème grec » ce n'est pas la récession cumulative qui frappe le pays, le chômage qui atteint les sommets et les nouvelles formes de pauvreté qui apparaissent. Ce n'est pas l'abdication gouvernementale des quatorze derniers mois, la soumission au troisième mémorandum, le manque d'investissements et l'incertitude qui prévaut quant à une possible reprise de l'économie réelle. Non, le « problème grec » est quelque chose de beaucoup plus profond, quelque chose qui va au-delà du pessimisme économique et social: c'est la perte de points de repère nationaux ! C'est la prise de conscience par la société de la faiblesse du régime politique et social, des travers qui minent la communauté nationale. Tels sont les fondements du désastre grec qui ont fait l'objet d'un débat dont cet ouvrage est l'aboutissement. Ce débat a impliqué quatre personnalités: d'abord, le Pr. George Provopoulos, gouverneur de la Banque de Grèce au cours de la période la plus critique, celle allant de 2008 à 2014 ; ensuite le journaliste Jean Quatremer, correspondant de journal « Libération » à Bruxelles qui a réalisé quatre documentaires sur la crise grecque diffusés par la chaîne franco-allemande Arte et qui, dans ce livre, appréhende la situation de la Grèce depuis la perspective des institutions européennes ; enfin, le célèbre écrivain Christos Chomenidis qui se fait le porte-parole de la société civile ; le dernier intervenant est l'animateur du débat, à savoir Evangelos Venizelos, ex-Premier ministre adjoint, qui s'est employé en permanence à ce que des réponses soient apportées au fil des échanges à la question qui tourmente depuis de nombreuses années la société grecque: y aura-t-il un jour une solution au problème grec ? Cette question majeure a été déclinée à travers des échanges qui ont notamment porté sur les mythes nationaux, sur la place particulière qu'occupe la Grèce entre l'Est et l'Ouest, sur la question de savoir si l'axe classique « gauche-droite » résiste au consensus « anti-mémorandum », sur la manière dont l'opinion publique grecque se situe en Europe et dans le monde, ainsi que sur la manière dont elle est désormais perçue par les « autres », sur la pertinence des remèdes qui ont été prescrits au pays au risque de lui faire vivre une nouvelle aventure de Sisyphe, sur les ressources que continue à recéler le pays… (AKa)

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