Bruxelles, 25/09/2009 (Agence Europe) - En dépit de la crise, la Présidence suédoise de l'Union européenne a appelé, vendredi 25 septembre, les États membres à ne pas baisser les budgets dédiés à la recherche et au développement. « En plein milieu de la crise économique, il est essentiel que les pays européens ne réduisent pas leurs investissements, mais au contraire qu'ils investissent davantage », a indiqué Tobias Krantz, le ministre suédois de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, après une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles. « Il faut envoyer un message aux ministres des Finances en leur disant: ne coupez pas les budgets », a-t-il ajouté. Lors de la réunion, le ministre irlandais a rappelé que les ministres européens des Finances estimaient en général que le triangle de la connaissance (l'éducation, la recherche et l'innovation) était perçu comme « un triangle des Bermudes », une sorte « de trou où on jette de l'argent ». De son côté, le commissaire européen à la Recherche, Janez Potoènik, a rappelé que l'objectif fixé en 2002 lors du Sommet de Barcelone était d'élever le niveau des dépenses de R&D à 3 % du PIB d'ici à 2010. « Si une majorité d'États membres a augmenté ses dépenses ces dernières années, même l'objectif d'atteindre 2,5 à 2,6% ne sera pas atteint en 2010. Ce serait une grande surprise si on y arrivait », a-t-il dit. Selon lui, ce serait toutefois « une grossière erreur » d'arrêter les investissements en matière de recherche. Lors de la réunion, plusieurs pays ont indiqué qu'ils souhaitaient que les objectifs de dépense publique soient revus en fonction de leurs propres moyens. « On n'a jamais dit que tous les États membres devaient arriver à l'objectif de 3 %. Chaque pays a des objectifs différents, mais nous devrions quand même arriver à 3 % en moyenne dans l'ensemble de l'Union », a soutenu M. Potoènik. Lors de la réunion, les ministres ont débattu des perspectives du futur plan européen d'innovation et du développement de l'espace européen de recherche (ERA) en vue de la préparation du Conseil Compétitivité de décembre 2009, à l'occasion duquel la présidence soumettra un ensemble de conclusions sur le sujet. La prochaine Commission européenne devrait d'ailleurs présenter des propositions d'ici le début 2010 concernant ce futur plan. Soutenue par plusieurs pays, l'Allemagne a insisté sur la nécessité pour l'UE de repenser l'approche traditionnelle en matière d'innovation qui consiste à se focaliser sur une approche purement technologique. Selon elle, il faut se concentrer sur les grands débouchés tels que la santé, la lutte contre le changement climatique, les ressources énergétiques, la mobilité et la sécurité. Le Danemark a insisté sur la poursuite de l'effort en matière d'éducation, avec la possible création d'un Erasmus axé sur les grands défis de demain. Pour sa part, le Royaume-Uni a défendu la simplification des procédures de prêts qui dissuadent pour l'instant l'industrie de demander des crédits. Le Portugal s'est dit favorable à la création d'un mécanisme permettant d'alléger la bureaucratie, laquelle est néfaste pour le développement des programmes communautaires. Pour la France, la réalisation de l'ERA suppose le renforcement du partenariat entre les États membres pour éviter toute fragmentation. Elle a notamment mis en avant l'utilité du projet pilote de programmation conjointe en vue de coordonner la recherche sur la maladie d'Alzheimer. Le ministre a encore souligné l'insuffisance des investissements européens dans le domaine de la haute technologie. « Nous avons du mal à avoir nos propres Yahoo ou Google », a-t-il déploré. La Roumanie a insisté sur l'utilité de mettre en place un brevet européen pour avancer en matière d'innovation. La Lettonie a mis l'accent sur la promotion des initiatives débouchant sur des produits commercialisables. Chypre a enfin mis l'accent sur le développement d'une forme de spécialisation régionale en matière d'innovation. Lors de la réunion, M. Potoènik a également fait le point sur le développement du projet ITER, qui prendra vraisemblablement du retard, mais qui risque aussi de voir son budget exploser (EUROPE n° 9925). Une réunion d'experts européens se tiendra la semaine prochaine pour tenter de définir les lignes directrices propres à l'UE dans ce dossier en vue de la tenue du prochain Conseil ITER à la fin novembre. Devant les ministres, le commissaire a donc tenu à faire un rappel à l'ordre pour que le projet ne subisse pas de ralentissement. (B.C.)