Corriger les mensonges. Des personnalités européennes, y compris quelques membres des institutions, n'ont pas respecté, à propos du second référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne, le principe de non-intervention dans une campagne nationale. Les raisons qui sont à la base de cette réserve demeurent valables: chaque peuple est libre de ses choix et jaloux de ses prérogatives, et l'impression que l'on essaye d'influencer de l'extérieur ses choix peut heurter sa susceptibilité et aboutir au résultat opposé. Dans ce cas, il n'est pas question de faire de la propagande, mais simplement de corriger les mensonges. Lors du premier référendum, le souci d'impartialité avait amené les autorités nationales à laisser sans réponse des arguments fallacieux qui ont ensuite largement déterminé le résultat. Est-il besoin de rappeler quelques piliers de la campagne pour le « non » ? On faisait grief au Traité de Lisbonne d'obliger l'Irlande à renoncer à sa neutralité (la jeunesse aurait pu se retrouver mêlée d'un jour à l'autre à un conflit armé) et à admettre le divorce et l'avortement ; en outre, elle aurait perdu le droit à un commissaire européen de sa nationalité. Tout ceci était faux.
Quelques vérités, sans propagande. Aujourd'hui, les responsables politiques, nationaux ou pas, rétablissent quelques vérités. José Manuel Barroso a clarifié que seule l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne garantira que chaque État membre ait un commissaire européen de sa nationalité ; le Traité de Nice, qui restera en vigueur pour une durée à temps indéterminée si Lisbonne échoue, impose que le nombre des commissaires soit inférieur au nombre des États membres (M. Barroso ne l'a pas dit, mais j'ajoute qu'en cas de blocage du Traité de Lisbonne, les gouvernements réticents à la nomination d'un commissaire irlandais pourraient être nombreux). L'actuel commissaire européen de nationalité irlandaise, Charlie McCreevy, a annoncé une chute radicale des investissements étrangers en Irlande si le pays se place en marge de la construction européenne (les investissements américains avaient été évalués à 80 milliards de dollars, qui ont créé100.000 emplois ; et c'est le marché européen ouvert qui les attire). Jean-Pierre Audy, député européen, a rappelé que le Traité de Lisbonne introduira la codécision PE/Conseil en matière agricole, permettant au PE de déterminer la préférence communautaire pour les produits agricoles (un exemple: pour la viande irlandaise sur la viande brésilienne) ainsi que le budget de la politique agricole commune. Les avantages de la participation à l'euro ont été évoqués de plusieurs sources, ainsi que les déclarations communes qui corrigent les mensonges de la première campagne électorale.
Entre-temps, M. Ganley, qui s'était engagé à renoncer à la politique après la gifle solennelle que le peuple irlandais lui avait infligée à l'occasion des élections européennes, a décidé de consacrer à nouveau quelques-uns de ses milliards à la campagne pour le « non », et il a recommencé à mentir, par exemple à propos d'une perte de poids de l'Irlande dans les décisions majoritaires du Conseil. Les analyses juridiques prouvent qu'il n'en est rien. Trouvera-t-il encore quelques Irlandais qui lui fassent confiance ?
Liberté de choix. Les remarques qui précèdent n'impliquent en rien la prévision d'un vote positif. Elles expriment simplement le souhait que les Irlandais s'expriment sans être influencés par des malentendus ou des mensonges. Après quoi, ils choisiront selon leurs convictions. S'ils considèrent comme préférable pour leur pays de ne pas participer à l'approfondissement de la construction européenne, leur choix sera respecté, sans lamentations ni reproches. L'unification européenne n'a rien d'obligatoire ; le Traité de Lisbonne introduirait même une clause de sortie. Les trois options sont toujours ouvertes: ne pas adhérer ; adhérer sans participer ensuite aux approfondissements ultérieurs ; sortir. Dès le commencement de la construction européenne, chaque peuple choisit à sa guise. L'important est que le choix de ceux qui souhaitent renforcer l'intégration ne puisse pas être entravé, soit qu'il prenne la forme de coopérations renforcées ou celle d'un mécanisme majoritaire pour l'entrée en vigueur de nouveaux traités (on y réfléchit sérieusement).
Des points d'interrogation ailleurs. L'Irlande n'est d'ailleurs pas le seul point d'interrogation. L'Allemagne a surmonté les complications juridiques, mais cette rubrique reviendra sur son attitude d'ensemble, en se fondant sur un texte de Jacques Delors. La Pologne semble avoir dépassé ses difficultés internes et la procédure de ratification sera complétée dès que le « oui » irlandais sera acquis. Les réticences viennent plutôt de Prague ; il est question en République Tchèque de mois de retard pour ratifier le traité. Dans ce cas également, il n'y pas lieu de dramatiser ; les responsables tchèques sont libres de leurs choix. S'ils préfèrent que l'UE en reste au Traité de Nice, il y aura alors forcément moins de commissaires européens, et un commissaire de nationalité tchèque ne sera aucunement obligatoire.
(F.R.)