Bruxelles, 26/08/2009 (Agence Europe) - En dépit de toutes ses insuffisances, le Produit intérieur brut (PIB) reste l'instrument de mesure et de comparaison de l'activité macroéconomique le plus connu et le plus utilisé. Mais pour mesurer avec précision le progrès économique et social à plus long terme, notamment la capacité d'une société à gérer des problématiques telles que le changement climatique, l'utilisation efficace des ressources ou l'intégration sociale, il faut de toute évidence compléter cet indicateur par d'autres statistiques couvrant ces thématiques aussi essentielles au bien-être des populations. C'est ce que souligne la Commission européenne, dans une communication adoptée le 20 août, en proposant d'intensifier les travaux qui ont lieu sur le sujet depuis plusieurs années. Intitulée « Le PIB et au-delà: Mesurer le progrès dans un monde en mutation », ce texte propose d'enrichir le débat public d'autres grands repères permettant de mesurer ce que les gens souhaitent réellement: mesurer les progrès accomplis en atteignant, sur une base durable, les objectifs établis dans le domaine social, économique et environnemental.
La réflexion n'est pas vraiment nouvelle et le PIB reste la référence. Des études ont toutefois montré les limites de ce type d'informations statistiques pour les citoyens. Ainsi, le PIB peut augmenter, mais le revenu disponible et les services publics n'en sont pas moins perçus comme diminuant. De même, les indicateurs reposant sur des moyennes ou sur « le consommateur typique » ne suffisent pas, selon la Commission, à satisfaire le besoin d'information des citoyens et des décideurs. Elle estime que l'ajout au PIB de critères de mesure concis reflétant les préoccupations plus larges du public, permettrait aussi de rapprocher la politique de l'UE des préoccupations des citoyens.
Dans sa communication, la Commission propose donc cinq actions pour développer des indicateurs plus riches et plus fiables afin de fournir des informations plus détaillées à l'appui des décisions politiques: (a) l'ajout d'indicateurs environnementaux et sociaux au PIB. Les services de la Commission ont notamment l'intention de développer un indice environnemental global et d'améliorer les indicateurs relatifs à la qualité de la vie. Si aucun indicateur environnemental global n'existe actuellement, les services de la Commission prévoient de présenter une version pilote d'un indice de pression environnementale en 2010. Cet indice reflètera la pollution et toute autre atteinte à l'environnement sur le territoire de l'Union européenne, afin d'évaluer les résultats des efforts de protection environnementale. Une baisse de la valeur de l'indice signifiera que des progrès sont accomplis en matière de protection environnementale. Cet indice inclura les grands axes de la politique environnementale (changement climatique et utilisation de l'énergie, nature et biodiversité, pollution atmosphérique et effets sur la santé, utilisation de l'eau et pollution aquatique ou production de déchets et utilisation des ressources). De même, pour la mesure directe de la qualité de vie et du bien-être, la Commission a lancé des études sur la faisabilité d'indicateurs de bien-être et sur la responsabilisation du consommateur ; (b) l'amélioration de l'actualité des données environnementales et sociales. La Commission intensifie ses efforts en vue de concrétiser ce potentiel que représentent les satellites, les stations de mesure automatiques et internet qui permettent de plus en plus d'observer l'environnement en temps réel. Elle fera de même, chaque fois que cela sera possible et rentable, pour améliorer l'actualité des données sociales, par exemple grâce au nouveau système européen de modules d'enquête statistique sociale ; (c) la précision accrue des rapports sur la distribution des inégalités. Des données permettant de tenir compte de la répartition équitable entre les pays, régions, groupes économiques et catégories sociales sont nécessaires, insiste la Commission, qui rappelle que des indicateurs d'égalité d'accès à un logement de qualité, aux transports et à d'autres services et infrastructures sont en passe d'être développés ; (d) l'élaboration d'un tableau de bord européen du développement durable. Les services de la Commission prévoient de présenter une version pilote du tableau de bord du développement durable en 2009. Ce tableau de bord reposerait sur l'ensemble des Indicateurs du développement durable (IDD) de l'UE et pourrait également inclure d'autres informations publiques quantitatives et qualitatives, relatives par exemple aux entreprises et aux mesures politiques ; (e) l'extension des comptes nationaux aux thématiques environnementales et sociales. Une fois que les méthodes auront été approuvées et que les données seront disponibles, les comptes nationaux seront complétés par une comptabilité économico-environnementale intégrée fournissant des données cohérentes. De même, le système européen des comptes existant comprend d'ores et déjà des indicateurs mettant en avant les thématiques importantes d'un point de vue social, mais les services de la Commission prévoient d'intensifier l'utilisation de ces indicateurs (tels que le revenu disponible des ménages et les chiffres ajustés du revenu des ménages) qui reflètent mieux que le PIB par habitant ce que les gens peuvent consommer et épargner.
Les réflexions relatives aux indicateurs contenues dans cette communication pourraient contribuer à la définition de nouveaux objectifs stratégiques pour la stratégie de Lisbonne de l'après-2010, indique aussi la Commission, qui prévoit de dresser un rapport sur la mise en œuvre et les résultats des actions présentées d'ici à 2012 au plus tard. (A.B.)