Bruxelles, 26/08/2009 (Agence Europe) - La visite à Londres, et ensuite à Berlin, du Premier ministre israélien - y compris sa rencontre avec l'envoyé spécial américain George Mitchell- et l'annonce formelle mardi 25 août par le Premier ministre palestinien, Salam Fayyadh, d'un programme d'action prévoyant la création d'un État palestinien d'ici 2011, sans attendre l'issue des négociations avec Israël, paraissent accélérer le cours des évènements au Proche-Orient. Israël y ajoute l'urgence de traiter plus fermement le dossier du nucléaire iranien pour en faire la première priorité, une question vitale, selon la presse du pays, en échange de concessions dans le dossier des colonies en Cisjordanie. L'Union européenne suit de près cette évolution et la rentrée à Bruxelles, dès la semaine prochaine, sera marquée par les préparatifs du voyage en Israël du président en exercice du Conseil des ministres de l'UE, Carl Bildt, sans exclure la possibilité d'une tournée dans la région du Haut représentant pour la PESC Javier Solana. Officiellement, ne figurent pour l'heure sur l'agenda que deux réunions, le 3 septembre, de groupes de travail, l'un sur les droits de l'Homme et l'autre sur la collaboration UE-Israël dans le domaine des organisations internationales.
Dans ce contexte, l'Autorité palestinienne paraît douter ouvertement des possibilités de relance des négociations de paix qu'elle estime menacées par la poursuite de la politique d'expansion des colonies, laquelle compromettrait la solution des deux États appuyée par les États-Unis et l'UE. Un point de vue partagé par Wasington et par l'UE. Israël a vite rejeté toute proclamation unilatérale d'un État palestinien. Youval Steinitz, ministre israélien des Finances, a déclaré sur les ondes de la radio publique qu' « il n'y a aucune place pour des décisions unilatérales ni des menaces ». « Un État palestinien, quelle que soit sa forme, ne verra pas le jour si les impératifs de sécurité d'Israël ne sont pas pris en compte ». Rappelons cependant que M. Netanyahu avait accepté le 14 juin le principe de la création d'un État palestinien à la condition qu'il soit démilitarisé.
Durant sa visite à Londres, M. Netanyahu, qui a rencontré mardi le Premier ministre britannique, s'est officiellement montré confiant sur la possibilité d'une relance du processus de paix. Mais, sur le fond, Israël paraît ne pas modifier sa position et M. Netanyahu a souligné dans la capitale britannique, au cours d'une conférence de presse, qu'il n'a pas l'intention d'évoquer, de près ou de loin, le statut de Jérusalem avec ses partenaires européens ou américains. Depuis Israël, la presse assure que M. Netanyahu compte insister auprès de ses interlocuteurs sur la nécessaire survie des implantations israéliennes. Un relatif assouplissement serait toutefois attendu en Israël, lequel devrait favoriser un réchauffement des relations avec Washington. Selon le quotidien Haaretz, rendant compte des entretiens qu'a eus à Londres M. Netanyahu, Israël pourrait se départir de sa position en échange d'une plus grande fermeté américaine et occidentale sur le dossier du nucléaire iranien. Sa marge de manœuvre est cependant réduite. Avigdor Lieberman s'est montré particulièrement pessimiste avant les rencontres de Londres et Berlin, selon le Jerusalem Post qui relève que lors d'une conférence de presse récente, le ministre des Affaires étrangères a affirmé qu' « il n'y aucune chance de parvenir à un accord entre Palestiniens et Israéliens à moyen terme (...). Ceux qui parlent d'une solution à deux États n'ont absolument aucune idée de ce dont ils parlent, ou ont été trompés ». Dan Meridor, ministre chargé des Renseignements, cité par le Jerusalem Post daté du 26 août, affirme que « personne n'attend plus de faveurs de la part du Premier ministre Netanyahu que n'en a offert son prédécesseur (Ehoud Olmert) ». Ces propos ont été repris dans une interview accordée par le ministre au magazine allemand Der Spiegel « peu de temps avant la visite de Netanyahu à Berlin », après Londres, précise le journal israélien. « Nous n'avons construit aucune nouvelle implantation. Nous remplissons nos engagements. Maintenant les discussions visent à trouver un compromis », a affirmé M. Meridor. Il souhaite, écrit le Jerusalem Post, « définir une certaine ligne rouge, à ne surtout pas franchir: la Vieille Ville, son quartier juif et le Mur occidental ne feront jamais partie d'un État arabe. Il pourrait y avoir un compromis sur les terres de Judée et de Samarie (Cisjordanie, NdlR) ». M. Meridor souligne néanmoins la disposition du gouvernement israélien à reprendre les négociations avec les Palestiniens, tout en craignant que l'interlocuteur palestinien ne soit affaibli: « La position d'Abbas est aujourd'hui très affectée par des problèmes internes », précise le ministre. « Peut-être [Abbas] réagit-il comme cela parce qu'il ne contrôle pas la bande de Gaza, où vit 40 % de la population des territoires et dans laquelle il ne peut même voyager », a-t-il expliqué. « Nous sommes ouverts à toute discussion sur les frontières définitives, mais nous ne reviendrons pas à la ligne de 1967 », a ajouté le ministre.
Sur l'Iran, le ministre chargé des Renseignements a déclaré: « Je ne pense pas que le Premier ministre a pris sa décision (d'attaquer les installations nucléaires de l'Iran), mais je ne veux pas entrer dans les détails (…). Selon moi, l'Iran ne devrait pas être autorisé à devenir une puissance nucléaire. Ce n'est pas seulement un problème pour Israël, mais pour le monde entier ». (F.B.)