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Bulletin Quotidien Europe N° 9942
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les répercussions du projet Nabucco dépassent de loin le domaine de l'énergie

La signature de l'accord intergouvernemental sur le projet Nabucco (voir notre bulletin d'hier N° 9941 pour la cérémonie et le contenu de l'accord) a une énorme importance pour la sécurité de l'approvisionnement énergétique de l'UE ; mais sa signification va largement au-delà. À la cérémonie d'Ankara, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a souligné que Nabucco ouvre une nouvelle ère dans les relations entre l'UE et la Turquie, qui « cimente les liens » entre les peuples respectifs. Mais les répercussions dépassent de loin les relations UE/Turquie ; ce commentaire y reviendra plus loin. Passons en revue d'abord les caractéristiques essentielles de Nabucco en lui-même.

Les services de la Commission européenne ont fourni informellement les indications suivantes:

1. Divergences surmontées. La médiation active de la Commission a permis de clarifier tous les aspects juridiques (souvent très complexes) et réglementaires de l'accord signé. Le compromis sur l'aspect qui avait soulevé des difficultés jusqu'à la dernière minute, c'est-à-dire la demande de la Turquie de pouvoir prélever des quantités significatives du gaz transporté, avait fait l'objet, la semaine dernière, d'interprétations divergentes: selon les uns, ce droit avait été reconnu ; selon d'autres, il n'existe pas. D'après les clarifications obtenues, le principe de la Charte de l'énergie selon lequel il ne peut pas exister formellement un droit, pour un pays de transit, à prélever du gaz au passage, est respecté. Mais l'« accord de transport » indique qu'il sera tenu compte des préoccupations légitimes de la Turquie pour son approvisionnement, ce qui est un concept généralement reconnu. En outre, le principe de la « réversibilité du flux » permettra à Nabucco de transporter vers la Turquie, le cas échéant, du gaz originaire de l'Ouest.

2. Pays signataires, entreprises participantes. L'accord a été signé par la Turquie et les quatre États communautaires de transit: Autriche, Hongrie, Roumanie, Bulgarie. L'Allemagne a apporté son appui politique au projet, et l'entreprise allemande RWE fait partie du consortium chargé de réaliser le projet, à côté des entreprises des cinq pays signataires (voir notre bulletin d'hier). Les services de la Commission contestent que Gaz de France n'ait pas été accepté dans le consortium pour des raisons politiques (veto de la Turquie); ils affirment que cette entreprise n'avait pas été retenue sur la base des critères normaux d'admission. Il semble à première vue étrange qu'un colosse tel que Gaz de France ne remplisse pas les conditions technologiques, ou commerciales, ou économiques, ou financières ou autres, pour être admis…

3. Financement assuré. Selon les services de la Commission, la rentabilité économique de Nabucco est une certitude, ce sera un bon investissement pour quiconque y participera, au-delà de la subvention du budget communautaire et du prêt envisagé de la Banque européenne d'investissement (BEI).

4. Approvisionnement sans problèmes. Les services de la Commission démentent que Nabucco ait besoin du gaz iranien pour être viable, d'autant plus qu'en ce moment l'Iran est importateur net de gaz. Les sources disponibles ou déjà prévues sont largement suffisantes ; par exemple, les réserves du Turkménistan pourraient « approvisionner quatre Nabucco ». Il revient de toute manière aux compagnies pétrolières d'acheter le gaz, de conclure les contrats avec les pays producteurs (y compris l'Azerbaïdjan, quels que soient ses accords avec la Russie). Les disponibilités sont déjà garanties pour plusieurs années de fonctionnement. Voir notre bulletin d'hier pour les différentes sources d'approvisionnement.

5. Nabucco n'est pas un projet antirusse. La réalisation de Nabucco n'est d'aucune manière dirigée contre la Russie. Elle représente un aspect de la diversification des approvisionnements, qui est l'un des piliers de la politique énergétique européenne. Nabucco est complémentaire, pas en conflit, avec d'autres projets tels que South Stream ou ITGI.

Perplexités qui subsistent, portée stratégique. Malgré l'optimisme officiel, des doutes subsistent sur la réalisation effective de Nabucco. La diminution de la demande mondiale de gaz, premier recul depuis un demi-siècle, renforce les perplexités. Mais les raisons de croire à ce projet paraissent plus fortes. Les répercussions peuvent être colossales non seulement pour la sécurité de l'approvisionnement énergétique européen, mais aussi sur le plan stratégique et politique: création de nouveaux liens très forts entre l'UE et la Turquie (quel que soit le résultat de la marche vers l'adhésion) ; exigence accrue de renforcer les relations UE/Russie en surmontant les obstacles ; nouvelles perspectives concrètes pour les liens de l'UE avec l'Irak, la Syrie et même, à terme, l'Iran, ainsi que bien entendu avec les républiques issues de la disparition de l'URSS… L'enjeu est colossal pour l'avenir de l'Europe et au-delà. Pourquoi ne pas y croire ?

(F.R.)

 

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