*** CÉLINE BELOT, CHRISTOPHE BOUILLAUD (sous la dir. de): Amours et désamours entre Européens. Vers une communauté politique de citoyens ? L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Internet: http://www.editions-harmattan.fr ). Revue "Politique européenne", n° 26. 2008, 260 p., 22,50 €. ISBN 978-2-296-07486-6.
Avec ses dix ans d'existence et ses trois numéros par an, la jeune revue "Politique européenne" est encore peu connue en dehors des milieux de l'enseignement et/ou de la recherche en science politique intéressés par la construction européenne. Le n° 1 (avril 2000) portait sur "La recherche en science politique et l'Union européenne" ; le n° 28 (printemps 2009) traite des "Élections européennes". Mais c'est le n° 26 qui retient ici notre attention par l'originalité de son sujet. Dirigé par la directrice de la revue, Céline Belot, et Christophe Bouillaud, tous deux de Sciences Po Grenoble, ce numéro contient neuf contributions, toutes intéressantes, qui avaient, dans une première version, été présentées et discutées lors d'un colloque organisé en décembre 2007 à Grenoble, sous les auspices de la Section d'études européennes de l'Association française de Science politique.
Pour faire bref, nous nous contenterons de présenter ici l'excellente contribution introductive de Céline Belot et Christophe Bouillaud, incitant le lecteur - voire l'électeur - à aller plus loin. Tout d'abord, un constat: "Pendant longtemps, la question de la place des citoyens dans le processus d'intégration européenne n'a suscité que peu d'intérêt parmi les acteurs et observateurs de ce dernier". Et "rares sont les travaux consacrés à l'étude de la formation d'une communauté de citoyens au niveau européen". Ensuite, une question: "Une communauté politique: pour quoi faire ?" Réponse: "Si l'on fait l'Europe, si l'Europe se construit, c'est très officiellement parce qu'il s'agit de créer les Européens". Et nos auteurs de rappeler les mots de Jean Monnet, que l'on oublie parfois: "Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes". Enfin, une orientation de recherche: les obstacles structurels à l'existence d'une communauté de citoyens (langues diverses, espaces médiatiques étanches) ; les valeurs communes des Européens ; la mobilité des personnes et la rencontre de l'Autre ; les sentiments, et notamment "le sentiment de dépendance mutuelle fondée sur la conscience d'un intérêt commun". Sur ce dernier point, nos auteurs soulignent l'importance des recherches rendues possibles par l'Eurobaromètre, notamment par les enquêtes sur la "confiance entre les peuples".
La place manque ici pour présenter comme il conviendrait les neuf contributions présentées par des auteurs de diverses nationalités, sur des sujets tels que: l'apport d'Habermas et du modèle de "patriotisme institutionnel" ; l'importance des programmes européens transnationaux pour une meilleure connaissance de l'Étranger ; le rôle des activités transfrontalières (expériences des villes de Mulhouse et de Perpignan) ; le regard porté par les nationaux sur les clandestins comme facteur d'intégration des premiers ; le potentiel affectif des stéréotypes nationaux et européens ; l'indifférence des Français et des Belges francophones pour leurs voisins européens ; la relation entre proximité géo-historique, confiance et sympathie entre les peuples (d'après les indicateurs de l'Eurobaromètre) ; enfin - pourquoi pas ? - l'importance du football comme passion partagée ou encore de la coopération internationale en matière d'armement… Le lecteur appréciera la valeur actuelle et prospective de ce numéro de "Politique européenne". Nous laisserons les derniers mots aux directeurs du colloque et de cette publication qui se sont demandé - et demandent à leurs lecteurs - "s'il existe entre les Européens (de l'UE) autre chose que la cohabitation tranquille de nationalités diverses sur les autoroutes de France, dans un camping de la Mer Méditerranée ou devant la vitrine d'un H&M". La réponse est peut-être incertaine, mais l'Amour - même entre Européens - est souvent imprévisible.
Jacques-René Rabier
*** FRANÇOIS BAFOIL, TIMM BEICHELT (sous la dir. de): L'européanisation d'Ouest en Est. Éditions L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920- fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.editions-harmattan.fr ). Collection "Logiques politiques". 2008, 328 p., 29,50 €. ISBN 978-2-296-06684-7.
Attention, l'interprétation d'un concept, celui d'européanisation en l'occurrence, peut en cacher bien d'autres. Ce concept, la Russie le connaît bien depuis Pierre le Grand, lorsqu'il ouvrit grandes les fenêtres de Saint Pétersbourg aux influences occidentales. Il va sans dire que cette européanisation n'avait rien à voir avec le phénomène engendré par l'intégration européenne. De même, dans les pays d'Europe centrale à l'histoire nationale tourmentée, l'européanisation a toujours été perçue comme une menace de nature à modifier, voire à gommer, les identités spécifiques, ce qui les a amenés tout à la fois à développer un nationalisme exacerbé pour s'en protéger ou à nouer, notamment par le biais des communautés juives, des relations économiques et culturelles transnationales. Mais qu'en est-il aujourd'hui, pour ces pays, du phénomène d'européanisation vécu sous le couvert de l'Union européenne ? Fruit d'un séminaire de recherche, cet ouvrage réunit des scientifiques - politologues et sociologues, pour la plupart - qui s'emploient à comprendre le processus d'européanisation qui est en cours en Europe de l'Est, à discerner en quoi il se distingue de celui qui s'est développé à l'ouest du continent et, enfin, à voir quels enseignements en tirer pour l'Union des Vingt-sept et au-delà. Une recherche académique largement inédite qui, entre autres, a permis d'unifier le champ européen en appliquant d'Ouest en Est les mêmes catégories et approches théoriques, le résultat en étant de montrer que, dans les pays de l'Est, l'impact de l'européanisation a concerné l'ensemble de la polity et pas seulement les politiques, mais aussi qu'elle s'y confond avec les phénomènes de globalisation et de modernisation. (PBo)
*** FRANÇOIS CHARBONNEAU, MARTIN NADEAU (sous la dir. de): L'histoire à l'épreuve de la diversité culturelle. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Diversitas", n° 1. 2008, 173 p.., 25,90 €. ISBN 978-90-5201-452-4.
La diversité culturelle et le pluralisme bouleversent bien des cadres établis, y compris celui des récits historiques traditionnellement développés dans le contexte des États-nations. Le brassage de populations qui, de plus en plus, caractérise le monde du XXIème siècle conduit les États, en tout cas occidentaux, à considérer que chaque individu est égal à son prochain, quand bien même il chérit les particularismes - religieux, linguistiques, culturels, ethniques - qui le distinguent. Si l'on y ajoute la montée en puissance d'un doute sur la possibilité même de la vérité, on a les ingrédients qui alimentent une nouvelle sensibilité historiographique appelant à dépasser le cadre national, voire à le rejeter purement et simplement en ce que, ainsi que l'indiquent François Charbonneau et Martin Nadeau dans leur introduction, "l'histoire nationale est une barrière, soit à l'accueil des immigrants, soit à la réconciliation entre les peuples là où les événements passés ont divisé les hommes". Prolongement d'un symposium organisé par la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes en collaboration avec la Chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec et la Chaire Unesco d'étude des fondements philosophiques de la justice et des sociétés démocratiques, ce livre voit une vingtaine de chercheurs réfléchir aux défis que posent la diversité culturelle et le pluralisme à l'enseignement de l'histoire. Ils se demandent, entre autres, comment articuler la reconnaissance du pluralisme des sociétés actuelles sans que les fondements mémoriels de cultures substantielles soient récusés. L'ouvrage fait la part belle à la controverse qui a accueilli un nouveau programme d'histoire du Québec et du Canada, mais l'Europe n'en est pas absente: partant du fait que l'interprétation de l'histoire a été une source de conflits ethniques en Europe centrale et de l'Est, Magdalena Dembinska montre ainsi que les politiques ouvertes et inclusives de ces régions ont permis le développement de communautés politiques partagées, plutôt que d'une forme cosmopolitique de l'État. (PBo)
*** SEMIH VANER, DANIEL HERADSTVEIT, ALI KAZANCIGIL (sous la dir. de): Sécularisation et démocratisation dans les sociétés musulmanes. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Dieux, Hommes et Religions", n° 15. 2008, 335 p., 32,90 €. ISBN 978-90-5201-451-7.
Dédié à Semih Vaner qui en a été le maître d'œuvre mais est décédé avant sa sortie, ce très bel ouvrage explore le rapport des sociétés musulmanes à la modernité à travers l'analyse des processus de sécularisation et de démocratisation à l'œuvre dans les pays musulmans saisis dans leur pluralité et dans leur complexité. Aux antipodes des stéréotypes et autres idées reçues que véhiculent trop souvent les responsables politiques et les médias occidentaux ("Au sein de l'Union européenne, il y a, depuis quelques années, une périlleuse tendance à vouloir construire l'identité européenne contre le monde musulman, devenu pour certains le nouvel ennemi, après la disparition du précédent, le communisme", observe le politologue Ali Kazancigil dans sa contribution introductive), l'analyse scientifique des auteurs - des politologues, sociologues, anthropologues et historiens venant de divers pays et travaillant à partir de perspectives théoriques et comparatistes - montre de manière rigoureuse et, surtout, dépassionnée que les rapports difficiles des sociétés musulmanes à la sécularité et à la démocratie ne sont pas de nature essentialiste et que la communauté islamique ne constitue en rien un bloc monolithique, mais doit se raisonner en termes "des mondes de l'islam" et "des islams". À noter, en particulier, la contribution que Franck Frégosi consacre aux musulmans en Europe occidentale, ce chercheur au CNRS et à l'Université Robert Schuman Strasbourg 1 y contestant l'assertion récurrente selon laquelle cette communauté constituerait un ensemble homogène d'individus aux comportements prédéterminés par le religieux et voyant en ses membres, tout au contraire, "les principaux acteurs de leur propre sécularisation". (MT)
*** EDWARD BEST, THOMAS CHRISTIANSEN, PIERPAOLO SETTEMBRI (sous la dir. de): The Institutions of the Enlarged European Union. Continuity and Change. Edward Elgar Publishing (The Lypiatts, 15 Lansdowne Road, Cheltenham, Glos GL50 2JA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2008, 262 p.. ISBN 978-1-84720-345-8.
Lors des deux derniers élargissements, une des questions qui ont le plus préoccupé de nombreuses personnes aura été celle de l'impact qu'allaient avoir les nouveaux arrivants sur les institutions européennes: comment accueillir les nouveaux États membres de la meilleure manière tout en étant sûr que les structures institutionnelles seraient capables de supporter le choc ? Les mois et les années qui ont suivi mai 2004 ont mis en avant non pas la problématique institutionnelle, mais carrément la crise constitutionnelle ayant découlé des "non" français et néerlandais. Du coup, la majeure partie des débats et des négociations se sont focalisés sur cette dernière, reléguant au second plan les institutions. Néanmoins, conscients de l'importance du sujet, un groupe de chercheurs en provenance de plus de cinquante institutions académiques de par l'Europe s'est attelé, dans le cadre du projet de recherche "EU-Consent" (qui fait partie du 6ème Programme-cadre de R&D), à surveiller la manière dont les institutions de l'Union répondaient à l'arrivée des nouveaux membres. Les auteurs examinent ainsi l'évolution d'institutions telles que le Conseil, le Parlement, la Banque centrale européenne ou la Commission, en cherchant à définir les acteurs majeurs à l'œuvre, ainsi que les tendances juridiques et les mesures mises en place pour assurer le fonctionnement de ces institutions. Les auteurs - parmi lesquels figurent de hauts fonctionnaires et des représentants du monde académique spécialistes de la fonction publique - mettent en exergue le fait que, si le monde institutionnel communautaire est parvenu à éviter l'effondrement à travers une combinaison de techniques d'assimilation des nouveaux membres et d'adaptation du système sans changement fondamental des institutions, une préoccupation grandissante liée à la légitimité démocratique du processus se manifeste. À n'en pas douter, elle restera en haut de l'agenda politique de l'Union au lendemain des élections européennes de juin prochain. (NDu)
*** DAVID TURNOCK: The Transition from Communism to the European Union. Restructuring Romania Industry and Agriculture since 1990. Edward Elgar Publishing (voir coordonnées supra). 2009, 361 p.. ISBN 978-1-84064-046-5.
Au lendemain de la révolution de 1989 qui l'a libérée de la poigne de fer de Ceausescu, la Roumanie s'est retrouvée face à son avenir. Devant choisir entre la voie du capitalisme néolibéral et celle du communisme de l'ère pré-Gorbatchev, il était clair qu'une éventuelle troisième voie n'était pas praticable. C'est pourquoi, dès 2001, son rapprochement avec l'Union était plus que palpable, débouchant en 2007 sur l'adhésion en bonne et due forme. Toutefois, des années de contrôle centralisé ayant laissé les sphères économiques, industrielles et agricoles à l'époque du Moyen âge, ou presque, un sérieux travail de réforme et de restructuration économique était indispensable. Et il ne pouvait être, de l'avis de la plupart des spécialistes, que radical et traumatisant pour le pays. À l'œuvre depuis une décennie, qu'en est-il réellement ? Dans quelle mesure ces réformes ont-elles porté leurs fruits et quelles en ont été les conséquences au niveau social et politique ? Voilà quelques-unes des questions que David Turnock avait en tête lorsqu'il a entamé l'étude consignée dans cet ouvrage. Ce professeur de géographie à l'Université de Leicester y étudie en détail les transformations dans les domaines de l'industrie, de l'énergie et de l'agriculture, ainsi que les effets de l'établissement d'un système de marché libre après des décennies de planification centrale. De la sorte, il dresse un portrait de l'état actuel de la Roumanie et défriche d'éventuelles pistes pour mener plus avant ces transformations tout en tenant compte du facteur social, facteur qui a tendance à être oublié lorsqu'un pays connaît des taux de croissance économique importants. Un livre qui intéressera avant tout les économistes et spécialistes du postcommuniste, ainsi que, bien sûr, toute personne voulant mieux connaître la Roumanie et, à travers elle, les Balkans. (NDu)