Strasbourg, 14/01/2009 (Agence Europe) - Dramatique, insoutenable, consternante, les mots ne manquent pas pour décrire la situation humanitaire à Gaza. Réunis mardi 13 janvier en soirée, les membres des commissions des affaires étrangères et du développement du Parlement européen ont vigoureusement dénoncé les violations du droit international par Israël. Tous ont appelé les Israéliens et les combattants du Hamas à la fin des combats, mais beaucoup de questions restent sans réponse, notamment sur l'attitude à adopter par l'UE.
Devant les députés, Benita Ferrero-Waldner est revenue sur la séquence de progrès souhaitables: la cessation des combats, l'évacuation des blessés et le libre passage des travailleurs humanitaires et enfin, dès le cessez-le-feu obtenu, la mise en place d'un processus politique pour résoudre le conflit israélo-palestinien. « L'UE est disposée à envoyer une mission de l'UE à Rafah » afin de permettre la réouverture de ce point de passage, car il est « nécessaire de faire tout notre possible pour aider la population civile à Gaza », a notamment indiqué la commissaire aux Relations extérieures. Pour les ONG humanitaires, en effet, « le problème le plus important est celui de la distribution à Gaza même » et l'arrêt des attaques pendant trois heures par jour n'est de loin pas suffisant.
Le droit international bafoué. De retour d'un déplacement dans la Bande de Gaza, dimanche 11 janvier, Véronique de Keyser (PSE, belge) a pu constater, avec sept de ses collègues, « la situation insoutenable » qui est celle des populations de cette enclave coupée du monde. Nous ne sommes pas des diplomates, « ce qui se passe à Gaza est inqualifiable » et on ne peut pas mettre sur le même pied une organisation comme le Hamas et l'État démocratique d'Israël. « Nous sommes dans une situation absolue de non droit », assure-t-elle, en appelant les Européens à « exiger » d'un partenaire comme Israël le respect du droit humanitaire et de la résolution 1860 de l'ONU. « Israël est le seul gouvernement au monde à se permettre des crimes contre l'humanité en toute impunité », a jugé Willy Meyer Pleite (GUE-NGL, espagnol). Le moment est venu de lancer des initiatives concrètes, comme le gel de la vente d'armes par les pays européens. Pierre Schapira (PSE, français) rappelle que Gaza est soumise à un double blocus (du côté israélien et du côté égyptien) et qu'il faut insister auprès du Caire, d'une part, pour que les populations puissent quitter ce territoire et, d'autre part, pour que des médecins puissent y entrer. Un dernier point sur lequel la commissaire insistera avec l'aide des organisations d'aide humanitaire. Pragmatique, Karl von Wogau (PPE-DE, allemand) a souhaité savoir quels moyens seront mis en œuvre pour développer l'opération EUBAM Rafah. La Baroness Nicholson of Winterbourne (ADLE, britannique) s'est inquiétée de la possible extension du conflit, s'étonnant presque que le Hezbollah ne soit pas intervenu jusqu'à maintenant. Si c'était le cas, que ferions-nous ?
« J'ai dit moi aussi que la réaction israélienne était disproportionnée, mais le Hamas a provoqué cela » en ne renouvelant pas le cessez-le-feu, a précisé Mme Ferrero-Waldner. « Dans la réalité, il y a deux partenaires qui ne voulaient pas la paix ». Quant à la possibilité d'organiser une conférence des donateurs, la commissaire préfère envisager une conférence humanitaire à ce stade.
L'impuissance de l'UE. Luisa Morgantini (GUE-NGL, italienne) a fustigé « l'impuissance », « l'incapacité » de l'UE à régler le problème. Alors que les Gazaouis sont piégés, bloqués sur leur territoire, on ne peut pas continuer à attendre et à dire à Israël de respecter le droit international. « Un État comme Israël devrait être tenu pour responsable de ses actes », or, dans cette affaire, « nous ne sommes pas à la hauteur de nos principes et de nos valeurs », estime Ana Gomes (PSE, portugaise). « La réponse de l'UE a été un échec », conclut Vittorio Agnoletto (GUE-NGL, italien) qui, comme beaucoup, n'imagine pas que les relations avec Israël peuvent se poursuivre comme si de rien n'était alors que les opérations militaires continuent dans la Bande de Gaza. « Êtes-vous prête à nous dire que l'approfondissement des relations UE-Israël sera suspendu, pour qu'au moins il y ait une réaction de notre part », a demandé sans ambigüité Gay Mitchell (PPE-DE, irlandais), rejoint en cela par de nombreux collègues. « Le fait est que l'action israélienne est hors de proportion et que nous ne faisons rien », a-t-il constaté. « L'Europe donne l'image d'être absolument impuissante », confirme Josep Borrell (PSE, espagnol), avec cette question qui sonne comme une réponse cinglante: « Que va faire l'UE ? Payer pour réparer les dégâts ? ».
Tout en confiant elle aussi son « sentiment de frustration », au moins avons-nous pu obtenir une solution politique de principe (qui n'est pas respectée), souligne la commissaire. « Il n'y avait rien avant que nous intervenions », il y a éventuellement une esquisse d'un début de quelque chose. Mais si l'UE peut faire plus, notamment en termes d'observateurs, « que peut-on demander de plus qu'une résolution du Conseil de sécurité ? Dites-le moi ! », interroge-t-elle à son tour. Concernant le renforcement des relations avec Israël, « j'ai donné des instructions. Pour le moment, nous devons voir cela dans le contexte du conflit », mais ce renforcement s'inscrit dans le cadre plus général de la politique de voisinage, avance Mme Ferrero-Waldner. Surtout, au bout du compte, c'est aux États membres qu'il revient de décider de la marche à suivre. (A.B.)