login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9818
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La vraie signification de l'euro, ses effets pour l'Europe et ses citoyens, le chemin encore à parcourir

Nos lecteurs disposent d'un compte rendu détaillé des déclarations faites au sein du Parlement européen, aussi bien par les personnalités invitées que par les parlementaires eux-mêmes, à l'occasion du dixième anniversaire de l'euro, ainsi que ce que Jacques Delors aurait déclaré s'il avait été présent (voir notre bulletin d'hier). Sans revenir sur la vue d'ensemble, je voudrais mettre l'accent sur quelques idées fondamentales exprimées et surtout sur quelques suggestions pour l'avenir qui méritent réflexion.

1. L'euro n'est pas un simple instrument monétaire ou économique, mais une réalisation essentiellement politique. Selon Valéry Giscard d'Estaing, il représente « la plus grande contribution à la construction européenne après l'élection directe du Parlement européen ». Pour le président du PE Hans-Gert Pöttering, il constitue « un pas irréversible vers l'intégration de l'Europe (…) l'euro est lié à l'identité culturelle des Européens ». Pour Pervenche Berès, présidente de la commission parlementaire des questions économiques et financières, l'euro n'est pas le fait du marché mais « le résultat de la volonté politique ; il n'appartient pas aux banquiers mais aux citoyens » ; lesquels le reconnaissent progressivement comme l'un de ces symboles de l'Europe que certains politiciens ont voulu rejeter. Selon le commissaire Joaquín Almunia, l'euro est une réalisation dont les Européens peuvent être fiers.

2. L'euro ne doit pas aspirer à devenir une monnaie mondiale de réserve. Valéry Giscard d'Estaing a insisté sur ce point. Après avoir souligné que la réussite de l'euro a « dépassé les prévisions et les espérances » (en moins de dix ans, il est devenu la deuxième monnaie mondiale et l'une des plus respectées, et il représente un bouclier contre les crises monétaires et économiques), il a estimé que le rôle de monnaie de réserve « flatterait notre vanité mais multiplierait nos risques » ; l'euro « est la monnaie du continent européen et doit exprimer sa culture de raison et de stabilité, dans le concert des monnaies mondiales ».

3. Il faudrait confier à la Banque centrale européenne (BCE) la responsabilité de définir et surveiller les nouvelles règles monétaires et financières européennes. Selon Valéry Giscard d'Estaing, « il ne faut pas faire attendre trop longtemps à l'opinion la remise en ordre de la régulation bancaire de la zone euro ». La tâche de conduire cette mise en ordre et de superviser son application devrait être confiée à la BCE, qui pourrait donner l'impulsion nécessaire et établir un calendrier de décisions, en soumettant le tout à l'approbation de M. Juncker, président du groupe de l'euro. On parlait depuis quelque temps d'une telle initiative; elle est lancée, et au niveau le plus approprié.

4. Renforcer et rendre plus efficace la représentation extérieure de l'euro. Jean-Claude Juncker a mis l'accent sur ce point, car il vit au jour le jour le caractère illogique (et égoïste de la part de certains ministres des Finances…) de la situation actuelle. La représentation actuelle est « trop fragmentée », elle a besoin d'une refonte totale, afin de renforcer les instances politiques qui représentent l'euro et d'améliorer la cohérence de leur action.

5. Compléter l'Union économique et monétaire (UEM) en la dotant du volet économique. Ce sont les parlementaires qui ont surtout insisté sur cet aspect. Pour Pervenche Berès, il représente le nouveau chantier de l'UE à « ouvrir d'urgence », car il est absurde que des pays qui ont la même monnaie et les mêmes taux d'intérêt ne se concertent pas régulièrement sur leurs politiques économiques. Pour Wolf Klinz, une monnaie unique sans concertation des politiques budgétaires est déraisonnable. Au nom du groupe socialiste, Robert Goebbels a affirmé l'exigence que les pays de l'euro organisent la coordination réelle de leurs politiques économiques.

Une seule exception. Inutile de rappeler les affirmations soulignant l'effet de protection que joue l'euro pour la stabilité monétaire de l'Europe et mettant en relief à quel point la situation serait aujourd'hui plus dangereuse (et pour quelques pays ruineuse) en son absence. C'était une remarque unanime, avec une exception: selon le parlementaire eurosceptique Nigel Farage, il n'y aura pas de vingtième anniversaire car l'euro sera mort avant. On sait combien d'experts, à Londres et aux États-Unis en particulier, avaient annoncé à sa naissance que l'euro n'aurait même pas vécu deux ans. Mais nous devons avoir un peu de compréhension, mélangée avec une certaine commisération, pour qui est obligé à proférer des insanités pour défendre ses opinions politiques face à la réalité. En souhaitant bien entendu à M. Farage d'être encore parlementaire européen dans dix ans pour la célébration du vingtième anniversaire de l'euro.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES