Paris, 04/07/2008 (Agence Europe) - Le groupe PPE-DE au Parlement européen a débattu, jeudi 3 juillet à Paris, à l'occasion de ses journées d'études, de la promotion des sources d'énergie pauvres en émission de CO2. Les membres de ce groupe et les experts se sont montrés divisés sur ce thème et ont généralement défendu l'objectif de la Commission de doter l'UE d'une politique étrangère commune pour sécuriser les approvisionnements.
Le Suédois Gunnar Hökmark, vice-président du groupe du PPE-DE au PE, a déclaré qu'à l'heure où l'UE discute de la façon de réduire les émissions de CO2, en Arabie Saoudite les gens préconisent d'explorer davantage le pétrole, ce qui a pour effet d'augmenter les émissions de CO2. Les prix élevés du pétrole peuvent être considérés comme une taxe sur le CO2 encaissée par un certain de nombre de régimes (Russie, certains pays arabes…). Il faut nous assurer que les alternatives au pétrole soient commercialement viables. Faut-il réduire de 10 à 8% l'objectif (à atteindre à l'horizon 2020) de la part minimum des biocarburants dans la consommation totale de carburants utilisés dans le secteur des transports pour chaque État membre ? Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, il convient de déréglementer le marché, voir si on peut importer davantage, tout en veillant à ce que les biocarburants ne soient pas produits au détriment des forêts. Il faut aussi veiller à ce que la fiscalité sur les énergies renouvelables soit judicieusement adaptée aux critères de CO2. Enfin, il faut s'assurer que le marché de l'énergie puisse fonctionner pour utiliser toutes les sources d'énergie dont nous disposons. Y compris le nucléaire. En Allemagne et en Suède, un projet de sortie du nucléaire est programmé, ce qui ne fera qu'aggraver les problèmes dépeints par les experts sur le réchauffement climatique.
L'Allemande Angelika Niebler (CSU), la présidente de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie du PE, a parlé surtout des économies d'énergie et de l'efficacité énergétique. En Europe, nous sommes dans une meilleure situation que les États-Unis dans ce domaine, mais nous pouvons faire bien mieux. Il faut: - encourager la recherche (2,4 milliards d'euros disponibles au titre du 7ème programme cadre de recherche, plateformes technologiques…) ; - accroître l'efficacité énergétique (isolation des maisons, remplacement des ampoules traditionnelles, carburants plus propres dans les moteurs des voitures) et réfléchir à ce qui pourrait être imposé aux citoyens et aux industries; - réfléchir à comment convaincre nos entreprises de protéger l'environnement et d'assurer la sécurité d'approvisionnement ; - apprendre à nos jeunes une utilisation économe de l'énergie.
Le Britannique John Bowis a fait part de son scepticisme sur les biocarburants. Il faut se concentrer sur les énergies renouvelables, et en particulier sur la biomasse qui peut être transformée en électricité. L'Autrichien Paul Rübig s'est demandé comment obtenir une bonne tarification du carbone.
Hans Joachim Schellnhuber, directeur de l'Institut de recherche sur les impacts du changement climatique de Potsdam (PIK), a estimé qu'il fallait une plateforme pour un projet d'énergie solaire entre l'Europe et l'Afrique. Sur le changement climatique, il a dit qu'il fallait convaincre la Chine et l'Inde de faire des progrès en matière de réduction des émissions. Les biocarburants, même de deuxième génération, ne permettent d'utiliser que 10% de l'énergie primaire. « Je n'ai rien contre l'énergie nucléaire, je pense qu'on peut l'utiliser de manière sûre », a-t-il ajouté.
La Française Françoise Grossetête a estimé que la crise du prix du pétrole offre à l'Europe une occasion d'essayer de sortir du « tout énergies fossiles ». Mais il va falloir 25, 30 ou 40 ans pour arriver à des nouvelles technologies efficaces, l'éolien n'est pas la panacée, le piégeage du carbone n'est pas encore au point. Le nucléaire est indispensable pour ne pas dépasser les 2 degrés que nous nous sommes fixés d'augmentation de la température d'ici la fin du siècle. Que mettre comme critères de satisfaction pour dire qu'un accord international sera un bon accord. Sinon, il va falloir fixer le prix du carbone et en tenir compte.
La Finlandaise Eija-Riitta Korhola, membre de la commission temporaire sur le changement climatique du PE, a conclu le débat sur ce thème en déclarant: - le système d'échange de quotas d'émissions (ETS) en cours de révision peut nous aider tant que nous arriverons à nous mettre d'accord sur les besoins en énergie propre (il faut éviter un système unilatéralement décidé par l'UE qui pénaliserait nos entreprises) ; - l'énergie nucléaire n'est pas la solution, mais elle fait partie de la solution.
Une politique étrangère commune pour sécuriser les approvisionnements. Benita Ferrero-Waldner, la commissaire responsable des Relations extérieures, a souligné l'importance du projet d'inscrire la sécurité énergétique dans la stratégie de sécurité européenne. La Présidence française « jouera un rôle clé » en la matière, s'est félicitée la commissaire, pour qui, « nous devons travailler ensemble pour une transparence accrue entre les pays de l'UE en matière d'échange d'informations et il faut développer les principes communautaires pour garantir la sécurité de nos approvisionnement ». Elle a précisé que le paquet sur l'énergie et le climat devrait permettre de réduire nos dépenses énergétiques de près de 50 milliards d'euros en 2020 (en tenant compte d'un baril de pétrole à 60 dollars). « Il ne faut pas se faire d'illusion », même lorsque le paquet de mesures sera appliqué, il nous faudra encore importer en 2020 plus de 50% de notre énergie sous diverses formes, mais surtout des hydrocarbures. Ces approvisionnements proviennent de Norvège, de Russie, du Moyen-Orient et de l'Afrique. Dès lors, le problème pour l'UE reste et restera la gestion de la dépendance et la sécurité des approvisionnements (surtout en gaz), a expliqué Mme Ferrero-Waldner. Cette dernière a rappelé les accords signés avec les partenaires à l'Est (Azerbaïdjan, Kazakhstan), le soutien que l'UE apporte au développement du corridor énergétique transcaspien et à la réhabilitation des infrastructures de transit du gaz russe par l'Ukraine. Au Sud, des accords existent avec l'Algérie, l'Égypte, le Maroc et la Jordanie (en vue d'un marché euro-méditerranéen de l'énergie). En outre, l'UE examine de nouveaux projets d'interconnexion au Moyen-Orient (Irak, pays du Golfe). Ces efforts de diversification ne pourront être efficaces que s'ils trouvent des débouchés au sein de l'UE (comme le projet de gazoduc Nabucco).
Le Polonais Jacek Saryusz-Wolski, président de la commission des affaires étrangères au PE, a estimé en concluant les discussions que « la dimension externe de la sécurité énergétique est sous-estimée ». Les efforts réalisés dans ce domaine existent, la commissaire en a parlé, mais ils sont insuffisants. Les accords bilatéraux prolifèrent, « nous sommes confrontés à une vraie offensive russe, mais nous sommes perdants, alors que les prix montent », a-t-il dit. On ne peut pas soutenir le projet Nabucco et South Stream (gazoduc russo-italien South), a-t-il ajouté en estimant que « l'un exclut l'autre ». (L.C.)