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Bulletin Quotidien Europe N° 9695
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Angela Merkel réclame un poids accru du « système euro » dans la définition des nouvelles règles internationales de gestion des marchés financiers

Je me demande si les déclarations récentes d'Angela Merkel sur la gestion des marchés financiers internationaux ont reçu l'attention qu'elles méritent. Les milieux bancaires et financiers les ont sans doute remarquées (et méditées), mais je n'ai pas constaté de réactions de responsables politiques ni de discussions au Parlement européen (ou dans la commission parlementaire compétente, pourtant présidée par une personnalité très attentive). Qu'a-t-elle dit, en substance, la chancelière allemande ?

Tenir compte du poids industriel et commercial. Dans une interview publiée la semaine dernière in extenso dans la version allemande du Financial Times, Mme Merkel a explicitement critiqué le fonctionnement trop anglo-saxon des marchés financiers ; et le contexte indiquait clairement qu'elle se référait en même temps aux États-Unis et au Royaume-Uni, considérés en pratique comme une entité unique. Elle estime que le rôle et la place de l'euro sont insuffisamment reconnus. Le système-euro, qui est pourtant de plus en plus solide, n'exerce pas l'influence à laquelle il a droit sur les règles qui régissent les marchés financiers. Elle revendiquait en particulier le poids de son pays dans l'industrie et dans le commerce, et donc le droit pour la zone-euro (à laquelle, on le sait, le Royaume-Uni ne participe pas) à avoir davantage de pouvoir dans la définition des nouvelles règles en discussion au niveau mondial. Ce n'est pas un poids purement juridique qu'elle réclame, mais un poids politique, si bien que, selon l'organe de la City, elle s'est ainsi affirmée comme le principal leader politique européen. Sans rentrer dans des détails techniques, la chancelière a réclamé la transparence des marchés financiers, en dénonçant leur opacité par rapport aux marchés industriels. Dans l'industrie, les clients connaissent les produits qui leur sont proposés, ils peuvent les évaluer ; pour les produits financiers, ce n'est pas le cas. La puissance industrielle qui exporte le plus au monde (son pays) et la monnaie la plus solide (l'euro) doivent compter davantage. Et Mme Merkel a indiqué explicitement le prochain Sommet du G8 au Japon come le moment où ces réalités doivent être prises en considération.

Un projet immédiat, divergences sur d'autres points. Sur un point, Mme Merkel a formulé une revendication explicite: la création d'une agence européenne de rating ayant un poids analogue à celui des américaines Moody et Standard and Poor et de la britannique Fitch. Les polémiques à propos de l'indépendance réelle de ces trois organismes (qui sont parfois juge et partie) et de leur responsabilité éventuelle dans la crise des crédits immobiliers à risques (subprimes) sont bien connues. Et ce n'est sans doute pas par hasard que le commissaire européen Charlie McCreevy a annoncé deux jours plus tard sa nouvelle position en ce domaine. Il avait estimé auparavant que les agences de notation devaient se donner elles-mêmes une réglementation, et que la Commission ne serait intervenue sur le plan législatif qu'en l'absence d'une autoréglementation satisfaisante des agences elles-mêmes. Le 16 juin, en se disant déçu par leurs projets, il a annoncé que des mesures réglementaires sensées et ciblées sont nécessaires pour les agences opérant en Europe, et que la Commission le proposera dans les mois qui viennent (voir notre bulletin n° 9683). On annonce que le Conseil Écofin en discutera déjà la semaine prochaine, sans attendre le projet de la Commission.

Mme Merkel n'a pas parlé d'un autre sujet brûlant qui sera à l'ordre du jour du Sommet du G8, à savoir le poids de la spéculation financière dans la hausse du prix du pétrole. Ce n'était pas nécessaire, car le Fonds monétaire international (FMI) a déjà été invité à établir à ce sujet un rapport qui sera prêt en octobre. En attendant, les responsables politiques européens multiplient les évaluations. Après l'attaque frontale du ministre américain de la Justice (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9676) et la dénonciation du ministre italien Giulio Tremonti (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9685), le président du groupe de l'euro, Jean-Claude Juncker, a situé les effets de la spéculation entre 20 et 30% du prix du baril, et le secrétaire d'État français aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, à 20%. Le commissaire européen Andris Piebalgs reste très prudent, en se limitant à réclamer un approfondissement des études (voir notre bulletin n° 9689), ce qui, selon les parlementaires européens, est insuffisant. Mais l'UE et l'OPEP ont au moins annoncé une étude conjointe sur l'impact des marchés financiers sur les prix et sur leur volatilité (voir notre bulletin n° 9689).

Le Sommet du G8 évoquera d'autres sujets sur lesquels l'UE ne dispose pas encore de positions uniformes, comme le régime d'investissement à appliquer à la participation des Fonds souverains de pays tiers dans des entreprises européennes, et peut-être l'idée d'une représentation unifiée de la zone euro dans le FMI. Il serait urgent que les travaux communautaires sur ces deux sujets progressent.

(F.R.)

 

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