Bruxelles, 06/02/2008 (Agence Europe) - Face à l'intransigeance du Premier ministre serbe Vojislav Kostunica, la signature de l'Accord politique intérimaire entre l'UE et la Serbie a été reportée. Le commissaire chargé de l'élargissement Olli Rehn a dénoncé, mercredi 6 février, « l'obstruction de certains politiciens à Belgrade » qui ont empêché la signature prévue ce jeudi à Bruxelles. « A mon avis, ils n'ont pas été à l'écoute de la population serbe », qui, en réélisant Boris Tadic, a lancé « un message très clair » en faveur d'un avenir européen du pays. Rappelant que 70% de citoyens serbes sont pour l'adhésion de la Serbie à l'UE, « il est vraiment important que tous les politiciens serbes respectent cette vocation européenne du peuple serbe ». Prête à offrir à la Serbie un cadre général pour un dialogue politique sur le commerce, les visas ou l'éducation, l'UE maintient néanmoins sa proposition, en attendant de pouvoir signer l'Accord de stabilisation et d'association (ASA).
Devant la presse, M. Rehn a fustigé la position de M. Kostunica, qui a rejeté mardi l'offre de l'UE sous prétexte qu'elle reviendrait à accepter l'indépendance du Kosovo (EUROPE n° 9595). Si le vice-Premier ministre serbe Bozidar Djelic, un proche du président Tadic, dispose d'un mandat pour signer l'Accord de stabilisation et d'association (ASA), il n'en a pas pour signer l'Accord politique intérimaire. Le parti de
M. Kostunica (Parti démocrate de Serbie - DSS), membre de la coalition gouvernementale, refuse de lui en attribuer un et a renvoyé la question au parlement serbe, bloquant donc toute avancée. Il n'y a pas si longtemps, le Premier ministre avait demandé de ne pas établir de lien entre le rapprochement avec l'UE et le statut du Kosovo, « je suis désolé qu'il n'ait pas tenu ses promesses », a critiqué le commissaire, pour qui les deux processus restent totalement séparés.
« L'engagement de l'UE est ferme et l'invitation reste sur la table », a martelé le commissaire, qui se dit « prêt à signer cet accord politique dès que la Serbie le sera ». De même pour l'ASA, lorsque les conditions seront réunies, ce qui est le cas à ses yeux: « J'avais dit avant la réunion du Conseil du 28 janvier que sur base de mon expérience des trois dernières années et grâce à la coopération renforcée de la Serbie au cours des huit derniers mois, depuis la formation du nouveau gouvernement, que la Serbie était tellement proche d'une coopération pleine avec le TPIY, que je ne voyais pas pourquoi on ne pouvait pas signer tout de suite l'ASA, tout en maintenant la conditionnalité de la coopération pour la ratification de cet accord. Je suis toujours du même avis, je pense que ça devrait intervenir très bientôt et c'est ce que je continuerai à dire lors du prochain Conseil ». Le Conseil Affaires générales et Relations extérieures examinera à nouveau la question lors de sa prochaine réunion, lundi 18 février, a indiqué M. Rehn, espérant que le procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), Serge Brammertz, pourra se rendre à Belgrade d'ici là. Vingt des vingt-quatre criminels de guerre inculpés par le TPIY ont été transférés à La Haye, mais, en l'absence de Ratko Mladic, les Pays-Bas s'opposent toujours à la signature de l'ASA.
Les querelles au sein de la coalition gouvernementale en Serbie ne devraient en tout cas pas conduire l'UE à reporter la mission civile qu'elle planifie au Kosovo, et qui nécessite encore certaines décisions avant de pouvoir être officialisée, a par ailleurs observé M. Rehn. Un sentiment partagé par le ministre slovène des Affaires étrangères, pour qui la mission de police de l'UE sera déployée « quoi qu'il se produise dans les prochains jours, semaines, ou mois ». Dans un entretien au quotidien autrichien Die Presse paru mercredi, Dimitrij Rupel rappelle que la décision politique a été prise et les quelques points restant à résoudre (adoption de l'OPLAN et de la décision de lancer la mission) ne poseront pas de difficultés. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a déjà annoncé qu'il accueillera favorablement cette mission, ajoute-t-il. (A.B.)