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Bulletin Quotidien Europe N° 9596
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Marchés financiers: confirmation des abus et des divergences sur les remèdes

Les pertes hallucinantes d'une grande banque française et la rencontre entre les chefs d'Etat ou de gouvernement des quatre plus grands pays de l'UE pour parler de la crise financière et monétaire ont retenu, la semaine dernière, l'attention de l'opinion publique. En fait, ces deux événements ont surtout confirmé ce qui était connu, c'est-à-dire: a) les abus d'une partie du monde de la finance et l'opacité inadmissible des marchés financiers ; b) une identité de vues générique dans l'UE sur la nécessité d'introduire davantage de transparence et de surveillance, mais avec des divergences sur la manière d'agir.

Aspects positifs des échecs de la spéculation. Je continue à estimer que les modifications radicales qui devront intervenir dans le fonctionnement des marchés financiers permettront de réduire la spéculation et d'introduire davantage d'équité dans la distribution des fruits de la croissance. La crise de 2007 sera considérée un jour comme inévitable et même positive. Aucun regret ne serait justifié pour l'échec de quelques opérations spéculatives ni pour les pertes de ceux qui en étaient responsables. Miser de l'argent théorique pour en tirer des gains astronomiques, c'est un jeu qui a trop souvent réussi ; pour une fois qu'il échoue, on ne va pas plaindre les spéculateurs. Je pense à peu près de même à propos des actionnaires qui considéraient comme normaux et presque obligatoires des rendements de 20 ou 30% par an, au détriment des autres acteurs économiques ; il est sain de revenir à des rendements équitables permettant de mieux répartir les bénéfices, étant entendu que les institutions bancaires doivent faire face à leurs engagements à l'égard des épargnants (avec le soutien déjà constaté des autorités financières). Les titres à sensation de la presse sur les milliards et milliards «brûlés» en Bourse ne doivent pas être pris à la lettre: c'est en bonne partie de l'argent fictif.

Si le tremblement de terre intervenu amène à placer à nouveau l'accent sur l'économie réelle (ce que l'on crée, que l'on invente, les biens qu'on produit), et si le monde de la spéculation purement financière s'effondre parmi les pertes et les scandales, ce sera mieux pour tous. Les banques sont évidemment indispensables pour recueillir l'épargne et financer les projets, en prenant parfois des risques et en tirant des bénéfices justifiés. Mais les opérations artificielles sur les futures, sur les produits dérivés, qui consistent le plus souvent à engager des capitaux inexistants sur des évolutions espérées, ne profitent qu'aux spéculateurs ; ils ont souvent gagné au-delà de l'imaginable, ils doivent accepter aussi de perdre. Une spéculation ratée mérite un soupir de soulagement, surtout lorsque des soupçons de «délits d'initiés» l'accompagnent (ce qui, d'après les chroniques, est assez souvent le cas).

Les banalités des chefs. Que dire à propos du deuxième thème évoqué ? La réunion de la semaine dernière entre les chefs d'Etat ou de gouvernement des quatre pays les plus «gros» de l'UE a surtout fait du bruit dans les médias, après avoir suscité dans quelques Etats membres des polémiques internes fondées sur les susceptibilités nationales: d'abord en Italie (pays qui avait été au départ exclu et puis repêché) et ensuite en Espagne. On aurait dit, en lisant certains journaux ou certaines déclarations, que l'honneur national était en jeu. Il est curieux que ces rencontres soient vigoureusement condamnées lorsqu'on n'y participe pas ; dès qu'on est invité, elles se transforment en un sujet de fierté. L'oubli des procédures communautaires n'est condamné que si l'on est absent. Á la rencontre de Londres, l'honneur européen a été sauvé en invitant la Commission et en expliquant que l'objectif était de réunir les pays du G7 et du G8: il était opportun que ces pays coordonnent ce qu'ils diront dans ces enceintes. En fait, la rencontre de Londres a confirmé ce que l'on savait déjà, ainsi que les différences d'approche. L'hypothèse d'une récession en Europe a été écartée: il y aura simplement un «ralentissement». Quant aux mesures à prendre, les Quatre, à défaut d'accord, en sont restés au stade des souhaits: la transparence et les contrôles doivent être renforcés, mais la responsabilité et la capacité d'intervenir resteront essentiellement nationales ; l'hypothèse d'une responsabilité européenne plaît à quelques-uns mais pas à tous. Les banques sont tenues à une divulgation prompte et complète de leurs pertes. Les agences de notation doivent être rapides et claires, dans le sens de la transparence, Nicolas Sarkozy ajoutant toutefois: « nous fixons un rendez-vous aux agences de notation, si elles ne font rien, nous réglementerons ». Angela Merkel paraissait d'accord, les autres pas (voir notre bulletin n° 9591).

Le lecteur pourrait observer qu'il n'y a presque rien de nouveau dans ce commentaire. Je serais assez d'accord avec lui. Il a fallu attendre une interview de Jean-Claude Juncker pour que le stade des banalités soit dépassé. Cette rubrique en rendra compte demain.

(F.R.)

 

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