Bruxelles, 08/01/2008 (Agence Europe) - Le gouvernement grec accuse Ankara de négliger le problème de l'immigration clandestine. « Nous avons un flux d'immigrés illégaux venant de Turquie de plus en plus important, à bord de bateaux turcs, commandés par des capitaines turcs », a récemment déploré le ministre grec de l'Intérieur Prokopis Pavlopoulos. « Les Turcs ne surveillent pas leurs frontières, il y a beaucoup de trafic organisé chez eux, par de puissants réseaux mafieux », a-t-il déclaré, dans l'édition du Figaro du lundi 7 janvier. De son côté, la Turquie avance que les garde-côtes grecs font tout pour obliger les clandestins à rebrousser chemin et à revenir sur ses côtes. Les autorités grecques dénoncent par ailleurs le non respect de l'accord de réadmission, signé en novembre 2001, qui stipule que toute personne interceptée en Grèce en provenance de Turquie doit être réadmise par cette dernière. Mais sur 26 697 immigrés clandestins refoulés depuis l'application de cet accord jusqu'en septembre 2007, la Turquie n'en a accepté que 2 087. Le ministre fustige l'attitude des autorités turques: « Ce laisser-aller, bien connu des clandestins, les incite à passer par la Turquie pour entrer en Europe. Ils savent parfaitement qu'on ne les renverra pas ». Selon le ministère grec de l'Intérieur, 66 351 immigrés clandestins ont été arrêtés dans le pays en 2005, 95 239 en 2006 et 83 153 pour les neuf premiers mois de 2007. Le gouvernement en appelle aussi à l'UE afin qu'elle l'aide à aboutir à la signature d'un accord global de réadmission entre la Turquie et l'Union et pour obtenir une aide afin de construire d'autres centres de rétention. Un nouveau centre doit ouvrir en Crète courant 2008.
La Commission a conscience de la montée du problème de l'immigration clandestine à la frontière des deux pays. « Il existe en effet une nouvelle route empruntée par les immigrés via la Turquie et les îles grecques », a reconnu Friso Roscam Abbing, le porte-parole du commissaire européen chargé de l'Immigration. Pour venir en aide à la Grèce, plusieurs fonds européens sont disponibles, notamment lorsqu'il s'agit d'assister les pays subissant de fortes pressions migratoires et de construire des centres de rétention, a rappelé le porte-parole. La Commission soutiendra aussi la probable extension en 2008 de l'opération de Frontex aux frontières Sud-Est de l'UE (Poseidon). Quelque 15 Etats membres avaient participé à cette opération en 2007, pour un montant total de 2 millions d'euros. Concernant l'accord de réadmission UE-Turquie, les négociations sont « bloquées » depuis décembre 2006 à cause du refus des Turcs de faire toute concession, a indiqué à EUROPE une source européenne. « C'est une situation inacceptable et il va nous falloir trouver rapidement une solution», a souligné cette source. La Grèce est aussi préoccupée par le nombre de plus en plus important de demandeurs d'asile en provenance d'Irak, d'Afghanistan, du Soudan. Les statistiques d'Eurostat montrent que, pour la période de janvier à juillet 2007, 16000 demandes ont été introduites, soit quatre fois plus qu'en 2006 sur la même période. De fortes responsabilités reposent sur la Grèce compte tenu de sa situation géographique, mais Athènes n'en a pas moins des devoirs vis-à-vis du respect des droits de l'Homme et du cadre juridique communautaire. En juin dernier, la publication d'un rapport accablant de l'ONG allemande Pro Asyl sur les agissements de la police avait déclenché une polémique car des témoins avaient raconté avoir subi des mauvais traitements par les garde-côtes. Sur le plan législatif, la Commission a lancé en juin 2007 une procédure d'infraction contre la Grèce pour non respect du règlement Dublin II. L'affaire pourrait bientôt être portée devant la Cour si Athènes refuse de remédier à la situation (EUROPE n° 9158). De même, la Grèce a été condamnée en avril 2007 pour non respect de la directive sur les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. Selon les informations communiquées par la Commission, la Grèce ne lui aurait toujours pas envoyé sa notification de transposition, si bien qu'Athènes pourrait de nouveau se retrouver devant la Cour. (B.C.)