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Bulletin Quotidien Europe N° 9557
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La Commission continue à ignorer les questions agricoles essentielles

La Commission européenne a fait son petit devoir d'école, et elle est satisfaite. Sa communication sur le bilan de santé de la Politique Agricole Commune (PAC) a sans doute son utilité pour les professionnels et elle regroupe des données intéressantes, mais elle manque de vision à propos de ce que signifie l'activité agricole pour l'Europe et pour le monde. Sous cet angle, elle est nulle, et on comprend que certains ministres de l'Agriculture aient mis en garde: aucun rapport n'existe entre ce texte (reproduit dans le N° 2470 de notre publication EUROPE/Documents) et le débat attendu sur l'avenir de la PAC.

La Commission ignore, dans son «bilan», les trois questions fondamentales: 1) une activité agricole significative, voire même en expansion, est-elle nécessaire pour l'équilibre naturel de l'Europe ? 2) L'UE a-t-elle le droit de maintenir un degré élevé d'autonomie alimentaire ? 3) L'agriculture européenne est-elle indispensable dans un monde menacé par les famines et la désertification ?

Objectifs originaires trahis. On pourrait dire: ce n'est pas le rôle d'un bilan de santé de répondre à ces questions. Mais les mesures «techniques» influencent l'essentiel. En se prononçant pour le découplage total entre la production agricole et les soutiens aux agriculteurs, la Commission détermine le rôle de ces derniers dans la société. En évitant soigneusement de s'exprimer sur le maintien de la préférence communautaire (donc, d'une protection aux frontières), elle condamne le maintien de l'activité agricole en Europe. Elle trahit les objectifs originaires de la PAC qui sont: garantir la sécurité et l'autonomie de l'approvisionnement alimentaire des peuples européens ; améliorer la productivité ; assurer un de vie équitable aux agriculteurs ; sauvegarder l'équilibre territorial des Etats membres en luttant contre la désertification des campagnes ; stabiliser les marchés en offrant des prix raisonnables aux consommateurs. Au cours des années, ces objectifs ont été précisés, en y ajoutant notamment le principe de la pérennité de l'activité agricole dans tous les Etats membres. Les évolutions mondiales et les prévisions pour l'avenir invitent à insérer, dans la liste des obligations, la contribution européenne à la lutte contre les pénuries alimentaires dans d'autres continents.

Rappeler ces objectifs, ce n'est pas de la démagogie. J'ai plutôt tendance à considérer que leur oubli constituerait, dans les circonstances actuelles, un crime contre l'humanité.

Deux faux objectifs ruineux. La PAC avait commencé à se détériorer lorsque les objectifs originaires avaient été progressivement remplacés par: la recherche illimitée de la productivité en agriculture ; la concurrence mondiale sans conditions. L'Europe a payé très cher sa soumission à ces principes, dont les conséquences ont été notamment: a) la «vache folle», résultat des efforts pour réduire à tout prix le coût de l'élevage, en nourrissant les vaches, herbivores depuis toujours, par des farines animales ; b) les excès dans l'utilisation d'engrais chimiques, herbicides, etc. qui empoisonnent l'eau par les nitrates ; c) l'élimination d'un nombre incalculable de variétés végétales, remplacées par les variétés à croissance rapide ou plus rentables. Heureusement, les semences ont été en bonne partie sauvées par des instituts universitaires, et elles commencent ici ou là à réapparaître. Mais les dangers subsistent, par exemple pour le miel, donc pour les abeilles, donc pour la reproduction des fleurs, donc pour le printemps.

Compter sur les Etats membres. Jusqu'à quel point l'UE peut-elle compter sur la Commission européenne pour défendre son autonomie alimentaire, sa nature, ses paysages et ses traditions ? Le couple agriculture/commerce extérieur, qui était composé il y a quelques années par Franz Fischler et Pascal Lamy (qui signaient à l'occasion des prises de position communes), n'a pas eu d'héritiers: le couple actuel Mariann Fischer Boel/Peter Mandelson est, pour ces aspects, péniblement inadéquat. Il faut alors compter sur les Etats membres, dont certains prouvent avoir compris l'enjeu, alors que d'autres oscillent. La position des pays nordiques est pour moi incompréhensible: ils s'efforcent de sauvegarder leurs agricultures marginales (indispensables, à mon avis, du point de vue culturel et naturel), mais ils appuient en général l'ouverture totale des frontières agricoles de l'UE. Ils mériteront l'appui à leurs revendications nationales le jour où ils seront solidaires de l'agriculture européenne dans son ensemble. J'en dirai de même pour les fleurs néerlandaises, la viande irlandaise, les fruits rouges allemands, les bananes des territoires britanniques.

L'UE ne doit pas confondre les aspects de la PAC sur lesquels elle doit céder (comme les subventions à l'exportation) avec ce qui est vital. Pour le moment, le débat se concentre sur quelques aspects de gestion, comme le plafonnement éventuel des subventions (exemple d'une proposition formulée sans réflexion suffisante). Ensuite, c'est la survie de l'agriculture européenne qu'il faudra avoir à l'esprit.

(F.R.)

 

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