*** HANS-ÅKE PERSSON, BO STRÅTH (sous la dir. de): Reflections on Europe. Defining a Political Order in Time and Space. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Multiple Europes", n° 37. 2007, 426 p., 37,50 €. ISBN 978-90-5201-065-6.
Les ouvrages s'interrogeant sur la nature de l'Europe ne manquent pas. Qu'est ce que l'Europe, d'où vient-elle et où va-t-elle ? Autant de questions fréquemment posées par des auteurs. Certains de ces livres font parfois double emploi, mais nombre d'entre eux apportent leur pierre à la compréhension de l'Europe en adoptant des angles d'approche moins usités et plus novateurs. C'est sans conteste le cas de celui-ci. Son sous-titre aurait pourtant pu laisser craindre qu'il s'agisse d'un ressassement de la définition de l'Europe comme la partie du monde qui a hérité de la philosophie grecque et d'une organisation fondée sur le droit romain, le tout complété par une bonne dose de judéo-christianisme. Heureusement, Hans-Åke Persson et Bo Stråth ne font pas dans ce genre de simplisme, eux qui pointent d'emblée le fait que définir les frontières de l'Europe par rapport à l'idée d'un héritage chrétien spécifique ou d'un "noyau de valeurs" dérivées de la Grèce antique et de Rome sont inexactes - ou, à tout le moins, très insuffisantes - par rapport à la réalité historique du continent. Pour eux, l'Europe serait plutôt "caractérisée par l'appropriation de l'altérité". En contraste aux versions édulcorées de la "naissance" de l'Europe qui donnent l'impression qu'elle est le résultat naturel d'une continuité historique (une tendance qui a d'ailleurs largement été d'application dans la formation des Etats nations…), les coordinateurs de l'ouvrage trouvent urgent "que la construction des frontières de l'Europe dans le temps et l'espace soit faite sur la base d'une confrontation avec les côtés sombres du passé de l'Europe par le biais d'une déconstruction et une reconstruction historiques critiques"
Cet ouvrage collectif parle de l'Europe en général, mais l'Union européenne est évidemment très présente en tant que construction politique majeure de notre temps. Cela dit, s'il fait ressortir, chemin faisant, les problèmes qui bloquent l'intégration européenne, il n'a toutefois pas pour objet d'avancer des solutions claires pour la situation présente, mais plutôt d'offrir une perspective historique sur l'état des choses actuel. C'est que, comme l'écrivent les coordinateurs, "dans la situation de perplexité européenne actuelle, il y a de bonnes raisons de créer une distance critique au travers du rétablissement d'exemples passés de coordination politique européenne antérieurs et postérieurs à la Paix westphalienne de 1648". Il porte donc un regard a posteriori sur de nombreux points de la construction de l'Union. Par exemple, l'Union monétaire européenne - au sujet de laquelle Bo Stråth écrit que, "dès qu'elle fut activée, la croyance émergea que la machine tournait par elle-même, avec la BCE comme superviseur" - ou le traité de Maastricht qui était vu à ses débuts "comme le commencement d'une nouvelle ère" alors que, ajoute le même auteur, "presque vingt ans plus tard, le passage des Communautés européennes à l'Union européenne est plutôt vu comme la fin d'une ère". Et d'ajouter à ce propos: "Avec Maastricht, l'UE a été tirée dans l'impossible entreprise de créer un monde sans frontières". On y trouvera donc des tirades un peu provocantes et qui poussent à la réflexion.
De manière générale, l'ouvrage plaide également pour "une distinction plus claire entre le politique et le culturel lorsque nous parlons d'Europe et d'intégration européenne". Et, en parlant d'intégration européenne et de questions contemporaines épineuses, comme l'adhésion de la Turquie, Bo Stråth et Hans-Åke Persson tiennent à souligner que "toute définition stricte des frontières de l'Union doit être basée sur des estimations de la capacité politique [de l'Union] et non sur des rêves de cohésion culturelle". Toutefois, la dimension culturelle n'est pas mise de côté pour autant et cette dichotomie entre politique et culture se retrouve dans la structure du livre dont les contributions se subdivisent en deux parties. La première est intitulée "Europe as a Political Order: Between Polity and Cosmopolity". En effet, l'option retenue par les coordinateurs de l'ouvrage est de confronter la "Polity" (le terme est dérivé du grec ancien pour désigner les cités-Etats et est actuellement utilisé pour décrire une organisation ou un groupement politique au sens large) et la "Cosmopolity" plutôt que les notions de confédéralisme et de fédéralisme, par exemple. Cette première partie propose un ensemble de contributions qui, pour faire bref, retracent l'évolution de l'idée de l'Europe. On part de la Renaissance pour rappeler notamment les évolutions que des hommes comme Erasme, Grotius ou Juste Lipse ont apportées au domaine de la gouvernance et de la sphère publique. Elle retrace aussi le mouvement paneuropéen de l'entre-deux guerres, également teinté des relents dictatoriaux de l'époque et mené par des hommes comme Coudenhove-Kalergi. D'autres contributions abordent, par exemple, le facteur de taille dans l'évolution de l'Europe de l'après-guerre qu'est la relation transatlantique. Dans son chapitre "Europe in the American Mirror", Sophie Huber montre comment les relations transatlantiques ont non seulement profondément influé sur le devenir de l'Europe, mais aussi qu'elles constituent un point d'entrée pour mieux comprendre la nature d'une Europe et d'une Communauté européenne qui se cherchent encore. La deuxième partie, intitulée "Borders in Time and Space" - ouverte par Fania Oz-Salzberger qui livre ses impressions d'ex-européenne juive sur le continent aimé mais quitté - regroupe des contributions qui se penchent plus précisément, comme son titre l'indique, sur la façon dont la conception des frontières de l'Europe évoluent. Ceci tant au niveau interne, comme l'illustrent le cas du pays basque ou le mouvement de balancier historique des territoires germano-polonais, que sur le plan externe, à la lumière notamment des changements d'attitude par rapport aux pays méditerranéens.
Pour Vivienne Boon et Gerard Delanty, l'histoire est toujours écrite dans la perspective du jour présent. Nul doute que ce livre aidera, par son éclairage rétrospectif, à dégager des perspectives d'avenir.
Frederik Ronse
*** KATHRIN BÖHLING: Opening up the Black Box. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "European University Studies - Europäische Hochschulschriften - Publications Universitaires Européennes", n° 416. 2007, 168 p., 31,80 €. ISBN 978-3-631-55691-7.
La connaissance des institutions européennes par le grand public est plutôt fragmentaire et souvent sujette à des représentations assez fantaisistes. C'est particulièrement le cas pour la Commission européenne qui est régulièrement perçue dans l'imaginaire collectif comme un kraken bureaucratique ou comme, en reprenant les mots de Kathrin Böhling, "une institution supranationale corrompue, complaisante et surpayée". Bien sûr, les observateurs plus avertis reconnaîtront qu'une telle vue ne fait pas justice à l'institution. Mais même pour ceux qui s'y frottent régulièrement et connaissent son rôle et son fonctionnement, la Commission - au même titre que d'autres grandes institutions et administrations - peut garder des allures de boîte noire à certains égards. C'est à ouvrir le couvercle de cette boîte que nous invite Kathrin Böhling: elle se propose de comprendre comment la Commission apprend à travers ses interactions avec l'extérieur et comment cet apprentissage et cette mise en "mémoire institutionnelle" influent sur sa façon de fonctionner. A cette fin, elle utilise une approche sociologique faisant alterner les constatations empiriques et les postulats théoriques. Comme beaucoup de travaux issus d'une thèse de doctorat, ce livre garde des reliquats de ses origines, comme une présentation poussée de la méthodologie qui ne sera pas forcément très utile aux administrateurs de terrain, mais ceux-ci, comme tous ceux qui sont concernés par les "outils récalcitrants" dotés "d'une vie propre", pourront tout de même profiter de l'analyse détaillée de ce mécanisme tel qu'il s'exprime plus particulièrement dans la Direction générale "Société de l'information".
(FRo)
*** NICOLAS SAUGER, SYLVAIN BROUARD, EMILIANO GROSSMAN: Les Français contre l'Europe? Les sens du référendum du 29 mai 2005. Presses de Sciences Po (117 bd Saint-Germain, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 45483602 - Courriel: presses@sciences-po.fr - Internet: http://www.sciences-po.fr/edition/ ). Collection "Fait politique". 2007, 155 p., 17 €. ISBN 978-2-7246-1026-0.
Chercheurs au Centre de recherches politiques de Sciences Po, les auteurs de cet ouvrage s'emploient à donner scientifiquement un sens au référendum négatif sur le Traité constitutionnel et, partant, à explorer le rapport des Français à l'Europe. Ils analysent tour à tour le pourquoi d'un référendum en France, la dynamique de campagne référendaire ("En plaçant la question sociale au centre des débats, cette campagne a connu une transformation indiscutable de l'enjeu européen", observent-ils notamment), les sens du vote et les conséquences de celui-ci au plan européen. L'une de leurs conclusions est que, si le "non" a été, pour certains, l'expression d'un euroscepticisme classique, souverainiste, mais que cette réponse négative fait référence, pour beaucoup d'autres, "à un UE-scepticisme relatif à l'absence d'Europe sociale et à ses conséquences ainsi qu'à un élargissement problématique de l'Europe". C'est le niveau et l'intensité de cet autre euroscepticisme qui aurait notamment motivé la défection d'une fraction marginale mais décisive de l'électorat de gauche.
(MT)
*** PHILIPPE J. MAAREK (sous la dir. de): Chronique d'un "non" annoncé: la communication politique et l'Europe (juin 2004 - mai 2005). L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.editions-harmattan.fr ). Collection "Communication et Civilisation". 2007, 243 p., 21 €. ISBN 978-2-296-02756-5.
Les "non" français et néerlandais à la Constitution étaient en partie annoncés par les caractéristiques des campagnes de communication développées à l'occasion des élections européennes de 2004. Tel est l'un des principaux enseignements tirés par les auteurs de cet ouvrage fort utile, chercheurs du Centre d'études comparées en communication politique et publique que préside le Pr. Maarek (Université Paris 12 Val de Marne) et venus d'autres pays européens. Ils s'accordent notamment sur le fait que l'espace public européen reste virtuel et que, par conséquent, la communication politique qui accompagne les échéances électorales liées à l'Europe en est obérée. D'ailleurs, relève le Pr. Maarek, "en une sorte de revanche inconsciente de la crise de l'Etat-nation exposée par Habermas, jamais les enjeux purement nationaux n'auront été omniprésents de façon aussi lancinante" que lors des dernières européennes, la Nation apparaissant implicitement, du coup, comme plus rassurante que "l'Europe". Même la campagne "européenne" des Verts ne constitue pas vraiment une exception qui confirmerait la règle dans la mesure où les thèmes retenus, effectivement transversaux et transposables par nature par delà les frontières, n'ont que rarement à voir avec l'idée d'Europe en tant que telle. Au passage, les faibles moyens communicationnels du Parlement européen et de la Commission sont relevés, sans compter qu'ils butent sur une "difficulté qualitative", les différences culturelles qui viennent grever l'effectivité de messages soumis à autant de variations dans leur compréhension qu'il y a de sociétés dans l'Union. Autant d'éléments - et d'autres encore - qui incitent le Pr. Maarek à craindre que les "non" n'aient pas été un "accident électoral".
(MT)
*** WOLFGANG BÖHM, OTMAR LAHODYNSKY: EU for YOU ! So funktioniert die Europäische Union. Öbvhpt (4 Frankgasse, 1090 Wien. Tél.: (43-0800) 202303 - fax: 01-4013660 - Internet: http://www.oebvhpt.at ). 2005, 128 p., 16,80 €. ISBN 978-3-209-05007-6.
En leur qualité de membres de l'Association des journalistes européens, Wolfgang Böhm et Otmar Lahodynsky - qui ont tous deux été, à un moment donné de leur carrière, correspondants auprès des institutions européennes à Bruxelles - se sont attelés avec succès à rédiger le premier manuel scolaire autrichien sur l'Europe. L'ouvrage se veut un outil pédagogique permettant le rapprochement entre les jeunes citoyens et l'Union, tant il est vrai, expliquent-ils d'emblée, que celle-ci "ne peut être forte que lorsque les citoyens sont derrière elle (…), la compréhension de son histoire et de son fonctionnement" étant "nécessaires à cette fin". Quatre chapitres éclairent le lecteur sur le fonctionnement de l'Union, ses tâches, son histoire et ses figures importantes, finalement le parcours de l'Autriche vers et dans l'Europe. Chaque chapitre est ponctué par un questionnaire permettant de faire le point sur la matière vue. La présentation des institutions s'appuie sur des schémas, illustrations et cas concrets. Les auteurs abordent, dans le même esprit, la réalité économique de l'Union et sa force démocratique, le parcours de l'euro, la politique régionale, la politique agricole commune ainsi que la sécurité interne et externe, le tout étant rendu compréhensible pour les plus petits, les écoliers, comme les plus grands, l'ouvrage pouvant se révéler précieux pour tout citoyen en quête de compréhension de l'action européenne. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit avant tout d'un manuel scolaire convaincant dont José Manuel Barroso souligne d'ailleurs l'importance en préface: "Je félicite les auteurs et leurs éditeurs pour cette idée: la jeune génération a le droit d'apprendre sur l'Europe et d'en rassembler les expériences".
(GDe)
*** JOSEF LANGER: Euroregions - The Alps-Adriatic Context. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2007, 259 p., 42,50 €. ISBN 978-3-631-55357-2.
Quel avenir pour l'intégration européenne ? S'inspirant d'un symposium de sociologues et d'experts tenu en Autriche voici deux ans, cet ouvrage fait le point sur le concept d'Eurorégion. Outre sa définition et l'étude des différentes formes qu'il a pu prendre dans l'histoire du continent, il s'est agi, pour l'auteur, de s'interroger sur l'avenir de ce concept. Chef du département de sociologie de l'Université autrichienne de Klagenfurt, Josef Langer explique ainsi que l'objectif principal est "une meilleure compréhension de la coopération transfrontalière, en la plaçant dans le contexte plus large de l'intégration européenne et des politiques de l'Union européenne". Les Eurorégions sont donc appréhendées comme des "mini-modèles d'intégration européenne". Dans la seconde partie, l'auteur s'intéresse de manière fouillée aux coopérations transfrontalières propres au territoire des Alpes Adriatiques, ainsi qu'aux perspectives dans lesquelles elles s'inscrivent.
(TBa)