J'achève aujourd'hui mon tour d'horizon sur l'actualité financière, monétaire et fiscale de l'Union.
La hausse de la TVA en Allemagne n'a soulevé aucune tempête. Les accusations de certains économistes à l'Allemagne pour l'augmentation (de 16 à 19%) du taux de la TVA sont injustes et sans fondement, parfois au point de friser l'impudence. N'a-t-on pas écrit que l'Allemagne exporte ainsi ses problèmes dans les autres Etats membres, et que «c'est comme si Berlin avait dévalué le Deutsche Mark» ?
En fait, le taux allemand reste inférieur à la moyenne européenne ; il a été aligné sur celui de la plupart des Etats membres, et il demeure légèrement inférieur à celui de l'Italie (20%) et de la France (19,6%). L'objectif de Berlin n'était aucunement de réduire la demande interne et par là les exportations des autres Etats membres, mais de financer les réformes tout en sauvegardant les acquis sociaux. Les enquêtes indiquent que les effets du nouveau taux sont insignifiants aussi bien sur la demande interne allemande (les consommateurs n'avaient pas anticipé à la fin 2006 leurs achats pour éviter la TVA plus élevée, et la concurrence est telle que les fabricants ont souvent évité de répercuter la hausse) que sur les importations en provenance d'autres Etats membres. Certaines analyses préliminaires étaient infondées ou du moins largement exagérées.
L'euro en Slovénie, une opération tranquille. L'extension de la zone euro à la Slovénie s'est déroulée sans heurts, car les autorités avaient tout préparé pour éviter les dérapages: contrôle des prix avec des mesures pour traquer et dénoncer les hausses injustifiées et les arrondissements abusifs (avec la coopération active des organismes des consommateurs) ; affichage des doubles prix (en monnaie nationale et en euro) depuis le mois de mars dernier ; consensus des syndicats pour modérer les revendications salariales. 93% des entreprises avaient indiqué au préalable qu'elles n'auraient pas augmenté leurs prix lors du basculement. D'ailleurs, l'euro était déjà très largement utilisé non seulement pour le tourisme et pour les achats des étrangers, mais aussi pour les emprunts des entreprises: il faisait déjà « partie du paysage » slovène.
Les autorités ont considéré le passage à l'euro comme le couronnement du processus d'adhésion à l'Europe, et les sondages ont mis en relief la satisfaction, pour ne pas dire l'enthousiasme, des milieux économiques, et aussi de la population en général, pour cet aboutissement et pour les perspectives qui s'ouvrent grâce à l'élimination du risque de change et à l'expansion attendue des investissements étrangers. C'est une jolie réponse aux lamentations d'autres populations qui méconnaissent les avantages de l'euro.
L'entrée dans la zone euro devrait aussi faciliter et accélérer certaines réformes économiques restées en retard. Ce petit pays de deux millions d'habitants, qui n'existe que depuis quinze ans, semble bien parti pour présider l'UE au premier semestre 2008, premier des nouveaux Etats membres à assumer cette tâche.
Rôle de la BEI dans la politique extérieure de l'UE. L'accord entre les Etats membres sur les financements de la Banque européenne d'investissement dans les pays tiers jusqu'en 2013 (voir notre bulletin n° 9316) permet à la BEI de jouer un rôle de plus en plus significatif dans les relations extérieures de l'UE. Les montants sont en hausse: 27,8 milliards d'euros, contre 20,7 pour la période 2000-2006. Ce n'est pas un vrai budget, car les financements dépendent de la collecte des ressources par la BEI sur les marchés et surtout de la qualité des projets à financer. Ce dernier point est essentiel: seuls les projets valables sont retenus, ce qui garantit que les gaspillages et la corruption ne peuvent pas jouer le rôle dévorateur de ressources qui détériore trop souvent les dons et les subventions (même dans certaines zones de l'UE, d'ailleurs).
Le président de la BEI, Philippe Maystadt, a estimé que la Banque européenne doit maintenir ses règles de «conditionnalité» dans l'octroi des prêts, y compris à propos des droits de l'homme et de la bonne gouvernance, malgré l'attitude des banques chinoises qui ne posent aucune condition. À son avis, la conditionnalité est bénéfique à long terme pour les pays bénéficiaires des financements, en Afrique comme ailleurs, parce qu'elle les encourage et les aide à procéder aux réformes internes nécessaires. M. Maystadt préconise même des règles internationales de conditionnalité.
L'essentiel des crédits extérieurs de la BEI est destiné aux pays de la «politique de voisinage» de l'UE: pays méditerranéens, pays balkaniques, pays du Sud-Caucase et de l'Est (les Etats ACP, on le sait, bénéficient d'une enveloppe spéciale). Des montants plus modestes mais significatifs sont réservés à l'Amérique latine et à l'Asie. L'éventail des interventions (avec la possibilité, par l'instrument FEMIP, de prendre des participations dans des entreprises des pays partenaires) et leur signification sont bien illustrés par les trois opérations conclues à la fin décembre en Egypte et en Israël, annoncées dans notre bulletin n° 9336.
(F.R.)