Bruxelles, 23/06/2006 (Agence Europe) - Comme on pouvait s'y attendre, certains Etats membres producteurs et les organisations professionnelles ont vivement protesté contre le projet de réforme du secteur du vin dévoilé le 22 juin par la Commission européenne (EUROPE n° 9217).
La France juge « inacceptable » le projet de réforme du secteur, et même le Premier ministre Dominique de Villepin a indiqué qu'il entendait modifier ses éléments les plus contestables, en particulier « l'arrachage massif de milliers d'hectares de vignes ou la réduction du budget de l'organisation commune du marché du vin ». « Les propositions de la Commission européenne sont à côté de la plaque et la France avec les grands pays viticoles de l'UE va mettre tout son poids pour qu'elles soient modifiées », a déclaré, à l'AFP, le ministre de l'Agriculture, Dominique Bussereau. Le ministère français de l'Agriculture indique dans un communiqué que « la viticulture européenne ne doit pas devenir la variable d'ajustement du marché mondial ». Le gouvernement français, soutenu par l'ensemble des organisations professionnelles et des syndicats agricoles du pays, conteste également « la libéralisation des droits de plantation » qui « serait une erreur majeure alors que le marché souffre déjà d'une surproduction européenne et mondiale ».
L'Espagne a manifesté aussi son opposition au projet de réforme proposé, surtout en ce qui concerne l'approche d'arrachage des vignes. Le secrétaire général espagnol de l'Agriculture, José Puxeu, a souligné que l'objectif de la réforme du secteur devrait être de retrouver un marché équilibré entre les intérêts des producteurs et ceux de l'industrie, un objectif qui ne se trouve pas dans la communication de la Commission. L'Espagne salue tout de même la possibilité qui est offerte à l'Etat membre de conserver une enveloppe nationale avec des ressources suffisantes pour « articuler » les mesures de réforme.
Les deux plus importantes organisations européennes de producteurs de vins d'appellation d'origine contrôlée (AOC), la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à AOC (CNAOC) et la Confederazione nazionale dei consorzi volontari per la tutela delle denominazione di origine (FEDERDOC) regrettent « l'incohérence et le manque de dynamisme des propositions » de la Commission. « La consommation mondiale du vin progresse chaque année et les perspectives sont encourageantes (…) Pour permettre à l'offre européenne d'être compétitive, il faut bien plus qu'un plan social comprenant l'arrachage de 400.000 ha et un budget de 2,4 milliards d'euros sur 5 ans comme le propose la Commission. Il faut mobiliser l'essentiel des moyens vers la promotion et la commercialisation pour valoriser les vins européens, comme nous le réclamons depuis longtemps », déclare Christian Paly, président de la CNAOC. Selon ces deux organisations, la compétitivité du secteur passe par une politique permettant d'améliorer la protection et la promotion des vins de qualité européens. Elles s'opposent au projet de la Commission visant à autoriser le coupage des vins communautaires avec des vins de pays tiers et la vinification des moûts importés sur le territoire européen.
Le Comité des organisations professionnelles agricoles de l'UE (Copa) et la Confédération générale des coopératives agricoles de l'UE (Cogeca), profondément « déçus » par ce projet, contestent aussi « l'arrachage massif de vignobles » qui risque de « déstabiliser » plusieurs régions viticoles de l'UE. Les organisations craignent que la diminution de la production de vin dans l'UE ne soit rapidement remplacée par des importations de vins en provenance des pays tiers. Le Copa et la Cogeca s'opposent aussi à la vinification des moûts provenant des pays tiers et au mélange des vins européens avec des vins issus des pays tiers.
Favorable pourtant à une réforme « en profondeur » du secteur, le Comité européen des entreprises vins (CEEV), qui défend les intérêts de l'industrie, estime que la proposition de la Commission manque d'ambition. Il demande notamment davantage de fonds pour la promotion d'une « consommation responsable », un redéploiement des moyens budgétaires pour la conquête de nouveaux consommateurs ou de nouveaux marchés, en particulier à l'exportation et la mise en place des instruments de connaissance des marchés (observatoire économique). Enfin, le CEEV estime que l'OCM vin ne doit pas être privée de tous moyens financiers par des transferts vers le développement rural et par des renationalisations de mesures « ouvrant la voie à des distorsions de concurrence et à des discriminations entre les structures de production et de commercialisation des Etats membres ».
Le Conseil européen des jeunes agriculteurs (CEJA) est d'accord avec l'urgence de revoir l'instrument de distillation pour utiliser les crédits ainsi économisés à d'autres fins. Mais il critique la volonté de la Commission d'organiser un arrachage de vignes pour réduire la production de faible qualité. Le CEJA demande de réduire les quantités de vin non en utilisant d'autres moyens, comme les « vendange au vert » (un outil permettant de détruire préventivement une partie de la récolte, avant les vendanges, pour réduire les volumes de vins excédentaires qu'il faut ensuite distiller) ou encore une politique offensive permettant d'augmenter les ventes.
Début avril, la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal avaient rédigé un mémorandum présentant leur vison de la réforme, très différente de celle de la Commission (EUROPE n° 9166). Ils préconisent un renforcement des mesures structurelles et de gestion de marché.